Maroc : pourquoi le prix des dattes a augmenté
À l’approche du mois sacré, la question du prix des dattes revient avec insistance dans les foyers marocains. Produit emblématique de la rupture du jeûne, elles occupent une place centrale sur les tables du Ramadan. Cette année, la hausse observée sur les étals suscite une vive inquiétude chez les consommateurs, entre crainte de pénurie, flambée incontrôlée des prix et interrogations sur la qualité des produits proposés.
🌙 Ramadan 2026 : hausse du prix des dattes sous surveillance
Le marché marocain des dattes connaît une tension inhabituelle à l’approche du Ramadan, période où la demande atteint son pic annuel. Dans plusieurs villes du Royaume, les consommateurs constatent une augmentation sensible des tarifs, parfois brutale, sur un produit pourtant considéré comme un aliment de base de la tradition religieuse et culturelle. Cette situation alimente les interrogations sur la capacité du marché à garantir à la fois l’accessibilité des prix et la disponibilité suffisante des stocks.
Derrière cette hausse se cache une décision administrative récente qui a modifié les règles du jeu pour les importateurs. Depuis le 24 décembre dernier, l’obtention d’une Licence d’importation est devenue obligatoire pour toute cargaison de dattes entrant sur le territoire national. Cette mesure, adoptée par les autorités, vise à renforcer le contrôle des flux commerciaux et à mieux structurer un marché souvent soumis à des déséquilibres saisonniers.
🛃 Une régulation douanière pour protéger la production nationale
La nouvelle procédure douanière répond à une double ambition stratégique. D’une part, elle cherche à protéger la production marocaine des oasis, qui a été particulièrement abondante cette année grâce à des conditions climatiques favorables et à l’amélioration progressive des rendements agricoles. D’autre part, elle vise à préserver les réserves en devises du Royaume en limitant l’importation massive de produits étrangers lorsque l’offre locale est suffisante.
Selon le président de la Fédération marocaine de valorisation des dattes, cette régulation permet d’ajuster plus finement les volumes importés aux besoins réels du marché. Elle évite ainsi les situations de surabondance observées les années précédentes, où des cargaisons entières restaient invendues, provoquant pertes financières et gaspillage alimentaire. Toutefois, l’entrée en vigueur de cette mesure a provoqué une perturbation temporaire, avec plusieurs lots bloqués dans les ports en attente de validation administrative.
Cette phase d’ajustement explique en grande partie la tension actuelle sur les prix. Les professionnels assurent néanmoins que la situation est transitoire et que l’arrivée imminente de nouvelles cargaisons en provenance de Tunisie et d’Égypte devrait rééquilibrer rapidement l’offre sur le marché national.
📦 Des stocks suffisants, aucune pénurie en vue
Malgré l’inquiétude perceptible chez les consommateurs, les autorités et les opérateurs du secteur se veulent rassurants. Un recensement exhaustif des stocks disponibles, notamment ceux conservés dans les chambres froides, indique que les volumes actuels couvrent largement les besoins du mois de Ramadan, et même au-delà. Les réserves seraient équivalentes à près du double de la consommation estimée pour cette période.
Cette abondance relative permet d’écarter tout scénario de pénurie. En revanche, la question du prix reste plus délicate. Officiellement, l’augmentation serait limitée à environ un dirham par kilogramme. Sur le terrain, la réalité apparaît parfois plus contrastée. Certains distributeurs évoquent des hausses plus nettes, notamment pour les dattes importées conditionnées en boîtes, dont les prix seraient passés de 100 à 125 dirhams dans certaines zones urbaines.
Cette divergence entre les chiffres officiels et la perception du marché alimente un sentiment de méfiance et renforce la vigilance des consommateurs, particulièrement sensibles au pouvoir d’achat en période de forte consommation alimentaire.
⚠️ Qualité, traçabilité et risques de fraude
Au-delà de la question tarifaire, les professionnels alertent sur un autre enjeu majeur : la qualité des dattes et leur origine réelle. Des pratiques de fraude sont régulièrement signalées. Certaines dattes importées, notamment d’Égypte, seraient reconditionnées localement et commercialisées comme des produits marocains afin de bénéficier de l’image positive associée aux productions des oasis du Royaume.
Par ailleurs, des stocks anciens issus de la récolte 2024 seraient parfois écoulés sous l’étiquette de produits frais. Ces pratiques portent atteinte à la confiance du consommateur et fragilisent les efforts de structuration du secteur. Elles soulignent l’importance de renforcer les mécanismes de contrôle et de traçabilité, afin de garantir une information transparente sur l’origine et la qualité des produits.
🌴 Une filière locale prometteuse mais encore fragile
Si la production nationale de dattes a connu une année favorable, plusieurs experts estiment que la filière souffre encore de faiblesses structurelles. Les capacités de stockage, de conditionnement et de valorisation restent insuffisantes pour assurer une offre régulière et homogène tout au long de l’année. Cette situation explique pourquoi le marché marocain demeure partiellement dépendant des importations pour répondre à la demande, notamment en période de forte consommation comme le Ramadan.
Le défi pour les autorités consiste donc à trouver un équilibre délicat entre la protection du producteur marocain, la stabilité des prix pour le consommateur et la garantie d’une qualité irréprochable. À l’approche du mois sacré, cette équation devient un enjeu économique, social et symbolique, révélateur de la capacité du pays à concilier souveraineté alimentaire et justice sociale.
