samedi, janvier 24, 2026
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Une fake news d’un directeur général de la télévision sénégalaise

Dans un climat encore chargé par les émotions de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, une nouvelle vague de polémiques médiatiques vient raviver les tensions autour du Maroc, de la CAF et même de la FIFA. Alors que le Sénégal a remporté le titre continental face au Maroc, certains journalistes sénégalais multiplient les accusations de corruption et de collusion, alimentant un récit conspirationniste qui dépasse largement le cadre sportif. Au cœur de cette controverse, une vidéo détournée de son contexte et relayée massivement sur les réseaux sociaux illustre les dérives d’une désinformation devenue virale.

🏆 CAN 2025 : quand la victoire sportive ne suffit plus à calmer les soupçons

La Coupe d’Afrique des Nations 2025 aurait dû se refermer sur une célébration du football africain et sur la reconnaissance du parcours victorieux du Sénégal. Pourtant, dans les jours ayant suivi la finale, une partie de la sphère médiatique sénégalaise s’est engagée dans une entreprise visant à démontrer l’existence supposée d’une corruption généralisée impliquant le Maroc, la CAF et la FIFA. Ce paradoxe interpelle : malgré un sacre continental, le discours dominant dans certains médias s’est orienté vers la recherche de preuves d’un « complot » plutôt que vers l’analyse sportive de la compétition.

Cette dynamique traduit une difficulté manifeste à accepter l’idée que les tensions de la finale puissent relever d’incidents de jeu et de décisions arbitrales discutables, mais réglementaires. Elle installe progressivement une lecture politique et idéologique de l’événement sportif, transformant la CAN en champ de bataille médiatique.

📰 Le rôle controversé de Pape Alé Niang dans la propagation de la polémique

La controverse a pris une ampleur particulière après la publication, sur le réseau X, d’un message du journaliste sénégalais Pape Alé Niang, directeur général de la chaîne publique RTS1 depuis 2024. Son post, visionné plus de 69 000 fois, montrait une vidéo où l’on voit le président de la FIFA, Gianni Infantino, posant avec un maillot des Lions de l’Atlas aux côtés de Fouzi Lekjaa, président de la FRMF, de Walid Regragui et de l’ancien international marocain Houssine Kharja.

Avec assurance, le journaliste a affirmé que cette scène aurait été filmée « la veille de la finale », y voyant la preuve d’un soutien direct de la FIFA au Maroc et d’un « manque flagrant de neutralité ». Il est allé jusqu’à appeler publiquement à l’éviction de Gianni Infantino de la présidence de l’instance mondiale, accusant la CAF d’être impliquée dans une « collusion » contre le Sénégal et concluant que les Lions avaient triomphé malgré un vaste complot.

⏳ Une vidéo sortie de son contexte réel

Cette affirmation s’est pourtant rapidement heurtée à une réalité factuelle incontestable. La vidéo ne date nullement de la veille de la finale de la CAN, mais du 20 décembre 2025, lors de la cérémonie de remise du Ballon d’Or africain à Achraf Hakimi. L’événement était public, largement couvert par les médias, et sans aucun lien avec la finale Maroc–Sénégal.

Le récit construit par Pape Alé Niang apparaît ainsi comme une relecture totalement erronée des faits, voire comme une fabrication délibérée de contexte. Cette manipulation temporelle transforme une scène protocolaire classique en une prétendue preuve d’ingérence politique et sportive, révélant une instrumentalisation manifeste de l’image au service d’un narratif accusatoire.

📢 La propagation rapide d’une fake news médiatique

Malgré l’évidence, plusieurs médias sénégalais ont relayé cette information sans la moindre vérification, parmi lesquels Senenews et Dakarmatin, ce dernier étant fondé par Pape Alé Niang lui-même. Ce phénomène met en lumière une défaillance grave des principes fondamentaux du journalisme, notamment la vérification des sources et la contextualisation des documents visuels.

La viralité a été amplifiée par des chaînes YouTube spécialisées dans l’actualité footballistique, telles que Soccer Football et World Foot Actu, qui ont repris la vidéo dès le 21 janvier, sans investigation préalable. En quelques heures, cette fake news a dépassé le seuil du million de vues, prouvant la puissance de diffusion des récits sensationnalistes dans l’écosystème numérique actuel.

🧭 Une source initiale politiquement marquée

Un élément particulièrement troublant réside dans l’origine même de cette information. Le directeur général de la télévision publique sénégalaise se serait appuyé uniquement sur un post d’un compte connu pour ses positions pro-Polisario, sans aucun travail de recoupement. Ce compte, identifié sous le nom de Rashid Lehbib, est réputé pour diffuser régulièrement des contenus hostiles au Maroc et des informations erronées à caractère politique.

Le fait qu’un haut responsable médiatique national s’appuie sur une source militante et partisane, sans aucune validation journalistique, pose une question majeure sur la crédibilité institutionnelle de l’information publique au Sénégal et sur la frontière désormais floue entre militantisme politique et pratique journalistique.

⚖️ Une polémique aux résonances diplomatiques

Cette séquence intervient dans un contexte diplomatique sensible, à quelques jours de la réunion de la Haute commission mixte Maroc–Sénégal, prévue à Rabat les 26 et 27 janvier. La concomitance entre cette échéance politique et la diffusion massive de contenus accusatoires interroge sur les intentions réelles de certains acteurs médiatiques.

La collusion apparente entre des relais pro-Polisario et des responsables de médias nationaux sénégalais nourrit l’hypothèse d’une instrumentalisation politique de l’espace sportif, visant à fragiliser l’image du Maroc sur la scène africaine et internationale à travers des accusations indirectes de corruption et de manipulation institutionnelle.

🌍 Sport, médias et responsabilité éthique

Cette affaire dépasse largement la question d’une simple vidéo mal interprétée. Elle met en lumière les dérives contemporaines de l’information sportive, lorsqu’elle se transforme en vecteur de conflits politiques et identitaires. Le football, censé incarner un espace de rassemblement et de fraternité africaine, devient ici un prétexte à la polarisation et à la défiance institutionnelle.

Elle rappelle également l’importance cruciale de la responsabilité éthique des journalistes, en particulier lorsque ceux-ci occupent des fonctions publiques. La crédibilité des médias repose sur la rigueur, la vérification et la neutralité, autant de principes mis à mal par cette séquence.