dimanche, janvier 25, 2026
EconomieInternationalNational

Maroc : un record inédit des réserves de change à fin octobre 2025

Les réserves de change du Maroc ont atteint un niveau record de 431,24 milliards de dirhams fin octobre 2025. Une performance portée par le tourisme, les IDE et la résilience de l’économie nationale, qui redessine les équilibres extérieurs du Royaume et ouvre la voie à de nouvelles perspectives.

Réserves de change : le Maroc franchit un cap historique et ouvre un nouveau cycle économique

À la faveur d’une combinaison de facteurs conjoncturels et structurels, le Maroc vient de franchir un seuil inédit dans son histoire financière : ses réserves de change ont atteint un sommet jamais égalé. Derrière ce chiffre spectaculaire se cache une transformation plus profonde de l’économie nationale, marquée par la robustesse de ses secteurs clés, la confiance renouvelée des investisseurs internationaux et une capacité grandissante à absorber les chocs extérieurs. Ce tournant, qui intervient dans un contexte mondial instable, illustre la nouvelle position du Royaume parmi les économies les plus résilientes de la région.

Un niveau record qui reflète une solidité financière inédite

À fin octobre 2025, les réserves de change du Maroc ont culminé à 431,24 milliards de dirhams, enregistrant une hausse de près de 20 % sur un an. Un montant colossal — équivalent à environ 47 milliards de dollars — qui démontre une nette amélioration de la position extérieure du pays. Pour Bank Al-Maghrib, qui publie régulièrement ces indicateurs, ce chiffre symbolise plus qu’une performance ponctuelle : il s’agit du résultat d’une dynamique soutenue, portée par la vigueur des recettes touristiques, la reprise affirmée des investissements directs étrangers et une gestion prudente des équilibres macroéconomiques.

Le tourisme et les IDE, moteurs puissants de la hausse

La première impulsion est venue du secteur touristique, dont les recettes ont progressé de 16,7 % pour atteindre 113,26 milliards de dirhams. Une manne alimentée par une hausse spectaculaire des arrivées, qui ont dépassé les 18 millions de visiteurs au 30 novembre 2025, un record historique battant déjà celui de l’année précédente. Le Maroc confirme ainsi son rang parmi les destinations les plus attractives de la Méditerranée, renouant avec une croissance vigoureuse après les turbulences de la pandémie.

Dans le même mouvement, les investissements directs étrangers ont grimpé à 45,4 milliards de dirhams à fin octobre, en hausse de plus de 28 %. Cette envolée illustre un regain de confiance des investisseurs mondiaux et une attractivité renforcée du pays, tirée par l’industrie automobile, les énergies renouvelables, l’offshoring et les technologies de pointe. L’entrée dans une nouvelle phase de partenariat avec de grands groupes internationaux contribue également à ce repositionnement stratégique.

Un équilibre extérieur encore fragile mais mieux maîtrisé

Si les exportations n’ont progressé que marginalement — +2,6 % — elles participent néanmoins à la consolidation des avoirs extérieurs. Quant aux transferts des Marocains résidant à l’étranger, ils demeurent l’une des sources les plus stables d’entrées de devises, même si leur hausse reste contenue à 1,5 %.

Cette combinaison permet au pays de maintenir un déficit courant faible, autour de 2 % du PIB selon les projections de Bank Al-Maghrib, confirmant une gestion rigoureuse des équilibres extérieurs. Dans un monde marqué par les tensions géopolitiques, l’inflation importée et la volatilité financière, cette performance constitue un atout stratégique majeur pour garantir la stabilité du dirham et la confiance des marchés.

Dix années de transformation et une montée en puissance continue

Pour mesurer pleinement la portée de la performance de 2025, il faut remonter une décennie en arrière. En octobre 2014, les réserves de change s’élevaient à 180 milliards de dirhams. Leur progression d’environ 140 % en dix ans illustre une transformation structurelle profonde.

Le pays a certes connu quelques phases de tension, notamment entre 2016 et 2018, lorsque les réserves ont glissé jusqu’à 227,53 milliards. Mais cette période a été suivie d’un rebond puis d’une consolidation, avant l’accélération fulgurante des dernières années. La crise sanitaire de 2020, paradoxalement, a renforcé ces réserves grâce à la chute des importations et aux transferts massifs de la diaspora.

IDE : des fluctuations, mais une tendance haussière affirmée

Les investissements directs étrangers offrent un autre indicateur de cette progression. Après un pic de 46 milliards de dirhams en 2018, le flux avait reculé, avant de repartir nettement à la hausse en 2022 et surtout en 2024, où il a atteint 43,8 milliards. L’année 2025 enfonce le clou, confirmant que l’économie marocaine occupe désormais une place centrale dans la stratégie africaine de nombreux investisseurs.

Selon les projections, les IDE devraient représenter environ 3,3 % du PIB en 2025 et 3,5 % en 2026, des niveaux élevés pour une économie émergente.

Des projections 2026 orientées vers une poursuite du cycle haussier

Bank Al-Maghrib anticipe une poursuite du mouvement ascendant des réserves, qui pourraient atteindre 434,5 milliards de dirhams à fin 2026, soit l’équivalent de cinq mois et demi d’importations. Une marge de sécurité plus que confortable, qui permet au pays d’absorber d’éventuels chocs.

Cette progression dépendra toutefois de trois leviers principaux :
la relance des exportations industrielles, la solidité du secteur touristique et la hausse anticipée des transferts des MRE.

L’industrie automobile, colonne vertébrale des exportations marocaines, devrait rebondir de 20 % en 2026, atteignant 187,6 milliards de dirhams. Cette performance attendue contribuera à renforcer le socle industriel du pays et à accroître les entrées de devises.

Le tourisme, lui, devrait poursuivre sa trajectoire ascendante, avec une croissance estimée à plus de 4 % en 2026. Quant aux transferts de la diaspora, leur reprise en 2026 (+4,8 %) viendrait consolider davantage cet édifice financier.

Une nouvelle ère pour la stabilité macroéconomique du Maroc

Le seuil symbolique des 431 milliards de dirhams n’a rien d’anecdotique. Il incarne la maturité d’une économie qui, en dépit des secousses mondiales, a su se restructurer, diversifier ses sources de devises et bâtir des amortisseurs solides. Le pays se dote ainsi d’un véritable bouclier financier, capable d’amortir les crises, d’assurer la stabilité du dirham et d’offrir aux investisseurs un climat de confiance durable.

En bref…

À l’heure où les économies émergentes naviguent entre opportunités et turbulences, le Maroc semble avoir pris une longueur d’avance. Le niveau inédit de ses réserves de change ouvre un nouveau chapitre, porteur d’ambitions et d’enjeux. Reste à savoir comment le Royaume convertira cette solidité financière en leviers de transformation durable, et comment ces réserves record accompagneront les mutations industrielles, sociales et technologiques qui s’annoncent. Le Maroc a posé les fondations ; l’avenir dira jusqu’où ce socle peut le propulser.