Maroc : position du CNDH sur les relations sexuelles hors mariage
Amina Bouayach, présidente du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), s’est clairement positionnée contre la criminalisation des relations sexuelles consenties en dehors du mariage, estimant que la réponse pénale, et plus particulièrement l’emprisonnement, ne saurait constituer une solution appropriée à ce type de situation.
Intervenant lors d’une conférence organisée par la Maison de la presse de Tanger, elle a mis en question la logique qui consiste à traiter les libertés individuelles par la voie répressive. « Peut-on vraiment répondre aux enjeux des libertés individuelles par l’emprisonnement ? Je ne le pense pas, car dans ce cas, de nombreux hommes seraient aujourd’hui derrière les barreaux », a-t-elle souligné, mettant en lumière l’absurdité et l’inefficacité d’une telle approche.
Pour Amina Bouayach, les libertés sont par nature indissociables et doivent être envisagées comme un tout cohérent. On ne peut, selon elle, défendre certains droits fondamentaux tout en en restreignant d’autres, en particulier lorsqu’il s’agit de choix relevant de la sphère privée et du consentement entre adultes.
Au Maroc, les relations sexuelles hors mariage et l’adultère demeurent pénalement réprimés par le Code pénal, exposant les personnes concernées à des peines d’emprisonnement. Ces dispositions sont régulièrement dénoncées par de nombreuses associations et organisations de défense des droits humains, qui les qualifient de liberticides et contraires à l’évolution des libertés individuelles. Le collectif 490-Moroccan Outlaws, notamment, milite ouvertement pour l’abrogation de plusieurs articles jugés attentatoires aux droits fondamentaux et à la vie privée.
La présidente du CNDH considère que ce débat est non seulement légitime, mais urgent. Elle insiste sur la nécessité d’ouvrir un espace de discussion serein et inclusif autour de ces questions, afin de répondre aux attentes d’une société en mutation. « Les jeunes aspirent à davantage de libertés. Il y a un besoin de respirer, en particulier chez les nouvelles générations. La question des libertés individuelles est centrale et doit être abordée avec la même ouverture que d’autres sujets majeurs au Maroc, dans une démarche participative », a-t-elle affirmé.
Elle a enfin averti que l’absence de débat franc et structuré sur ces enjeux risquerait de creuser le fossé entre les institutions et l’opinion publique. Ne pas aborder ces questions, selon elle, revient à ignorer les préoccupations réelles de la société et à manquer une occasion de faire évoluer le cadre juridique en phase avec les transformations sociales en cours.
