Sahara : les États-Unis veulent obtenir un accord-cadre d’ici 3 mois
Sahara marocain : Washington accélère la cadence
Dans une atmosphère de discrétion absolue, les discussions engagées à Madrid autour de la question du Sahara marocain, dit occidental, entrent dans une phase décisive. Sous l’impulsion directe des États-Unis, les pourparlers entre le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le groupe séparatiste qui se fait appeler polisario ont été prolongés au-delà du calendrier initial, traduisant la volonté de Washington d’imposer un tempo diplomatique inédit à un dossier enlisé depuis des décennies.
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🇺🇸 Des négociations prolongées sous étroite supervision américaine
Initialement prévues pour s’achever dimanche 8 février 2026, les discussions confidentielles organisées à Madrid ont été officiellement prolongées jusqu’à ce lundi 9 février 2026. Sur instruction de Massad Boulos, conseiller spécial du président Donald Trump pour les affaires africaines et arabes, les délégations ont été conviées à poursuivre les échanges dans le cadre feutré de la résidence de l’ambassadeur des États-Unis. Ce choix du huis clos illustre la sensibilité extrême du dossier et la détermination américaine à contrôler étroitement le processus.
Selon des sources diplomatiques concordantes, l’administration américaine considère cette séquence comme une fenêtre stratégique rare pour arracher un compromis sur le conflit artificiel autour du Sahara marocain, dans un contexte international marqué par des recompositions géopolitiques et une volonté affichée de stabilisation régionale en Afrique du Nord.
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⏱️ Un calendrier serré imposé par la Maison-Blanche
Washington ne cache plus son ambition. La Maison-Blanche entend obtenir la signature d’un accord-cadre sur le Sahara marocain dans un délai maximal de trois mois, avec une cérémonie officielle envisagée à Washington. Pour le président Donald Trump, un tel résultat constituerait un succès diplomatique majeur, susceptible de solder un conflit qualifié par plusieurs responsables américains d’« artificiel ».
Ce calendrier particulièrement contraignant rompt avec les longues séquences de négociations onusiennes du passé, souvent étalées sur plusieurs années sans avancées substantielles. Désormais, la pression américaine s’exerce de manière directe sur l’ensemble des parties mais surtout sur l’Algérie et le polisario, sommés de dépasser leurs postures idéologiques pour entrer dans une logique de compromis pragmatique.
📄 L’offre marocaine d’autonomie au cœur des discussions
Au centre des échanges figure une nouvelle proposition marocaine d’autonomie, présentée par Rabat comme l’unique base de travail crédible. Contrairement au plan de 2007, qui se limitait à quelques pages (3 pour être exact), le nouveau document soumis par la délégation marocaine s’étend sur une quarantaine de pages, détaillant de manière approfondie les mécanismes institutionnels, juridiques, économiques et culturels d’une autonomie élargie des provinces du Sud sous souveraineté marocaine.
Cette version enrichie vise à répondre aux critiques passées sur le manque de précision du projet initial et à offrir aux partenaires internationaux une vision structurée et opérationnelle. Les diplomates marocains insistent sur le caractère réaliste et immédiatement applicable de cette solution, compatible avec les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.
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⚖️ Alger et le polisario en difficulté sur l’autodétermination
Face à cette offensive diplomatique, l’Algérie et le groupe séparatiste armé polisario peinent à maintenir leur revendication traditionnelle autour d’un référendum d’autodétermination. Selon plusieurs observateurs, cette position apparaît de plus en plus isolée sur la scène internationale, alors que la majorité des partenaires influents privilégient désormais une solution politique négociée et durable basée la proposition du Maroc.
Les discussions s’orientent progressivement vers la mise en place d’un comité technique permanent, composé d’experts juridiques des différentes parties, chargé d’examiner les modalités pratiques de mise en œuvre d’un accord. Ce mécanisme serait placé sous supervision américaine et onusienne, signe supplémentaire de l’implication directe de Washington dans le pilotage du dossier.
🔥 Un climat politique toujours sous tension entre Rabat et Alger
Malgré ces avancées procédurales, le climat politique demeure extrêmement tendu entre les deux grandes puissances du Maghreb. Symbole fort de cette crispation, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a refusé toute photographie officielle avec son homologue marocain, Nasser Bourita, tant que les relations diplomatiques entre les deux pays ne seront pas rétablies.
Ce geste, lourd de sens, rappelle que la question du Sahara marocain (de quoi se mêle l’Algérie ?) reste indissociable d’un contentieux bilatéral plus large, marqué par la fermeture des frontières terrestres et une rivalité stratégique persistante.
🌍 Au-delà du Sahara, l’ambition d’une recomposition régionale
Pour Washington, l’enjeu dépasse largement le seul règlement du dossier des provinces du Sud du Maroc. Le plan américain vise une réconciliation régionale globale, incluant la normalisation des relations maroco-algériennes, la réouverture des frontières terrestres et la relance du gazoduc Maghreb-Europe, infrastructure stratégique pour l’approvisionnement énergétique de l’Espagne et, plus largement, du marché européen.
Cette approche intégrée traduit la volonté des États-Unis de stabiliser durablement l’Afrique du Nord, perçue comme un maillon clé entre l’Europe, l’Afrique subsaharienne et le bassin méditerranéen.
🇪🇸 L’Espagne active en coulisses mais absente de la table
Officiellement écartée des négociations directes, l’Espagne n’en demeure pas moins très active en arrière-plan. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, de l’Union européenne et de la Coopération, José Manuel Albares, multiplie les consultations bilatérales avec les délégations marocaine, algérienne et mauritanienne. Madrid cherche ainsi à préserver ses intérêts stratégiques et énergétiques, tout en soutenant les efforts américains.
En revanche, le chef de la diplomatie espagnole a clairement exclu tout contact officiel avec le groupe séparatiste polisario dans l’enceinte de son ministère, confirmant la ligne adoptée par l’Espagne depuis son soutien explicite au plan d’autonomie marocain.
🔎 Une séquence diplomatique à haut risque
À mesure que l’échéance fixée par Washington approche, les négociations de Madrid s’apparentent à un moment charnière pour l’avenir du conflit artificiel autour du Sahara marocain. Si l’accélération américaine ouvre une opportunité historique de règlement, elle comporte également des risques, tant les positions restent marquées par des décennies de défiance. L’issue de cette séquence dira si la pression internationale peut enfin transformer un conflit savamment gelé par l’Algérie depuis plus d’un demi-siècle en compromis politique durable.
