Maroc : l’Algérie grignote des territoires marocains
Maroc – Algérie : Frontière maroco-algérienne : des images satellitaires montrent des marqueurs au sol à Ich, ravivant les tensions à Figuig
Des images satellitaires récemment diffusées ont ravivé les tensions latentes le long de la frontière orientale du Royaume. Dans la région d’Ich, relevant de la province marocaine de Figuig, l’apparition de marqueurs visibles au sol suscite une vive inquiétude parmi les populations locales. Selon des sources spécialisées en imagerie satellitaire et observation géospatiale, ces repères auraient été installés par des éléments de l’armée algérienne à l’intérieur du territoire marocain, réveillant le spectre d’un contentieux territorial sensible, cinq ans après l’affaire toujours douloureuse de l’expulsion des agriculteurs marocains de la zone d’Arja.
🛰️ Des images satellitaires qui relancent les interrogations à la frontière maroco-algérienne
Les clichés en question, relayés par plusieurs comptes spécialisés et cités par le média Barlamane, se concentrent sur la localité d’Ich, précisément située aux coordonnées 32°30′ Nord et 1°00′ Ouest, dans une zone historiquement agricole et frontalière. Les images révèlent une série de points blancs alignés au sol, visibles au cœur de la palmeraie et en bordure de la vallée de l’oued Zouzfana. Ces éléments contrastent nettement avec la teinte naturelle du sol environnant, ce qui a conduit des analystes à les interpréter comme des marqueurs provisoires de délimitation territoriale.
Selon ces sources, il s’agirait de repères installés récemment, dont la disposition et la régularité suggèrent une opération organisée. Bien que les images ne montrent aucun déploiement de véhicules militaires, ni de mouvements de troupes visibles, la simple présence de ces marqueurs dans une zone considérée comme marocaine alimente les inquiétudes sur de possibles initiatives unilatérales à la frontière maroco-algérienne.
📍 La région d’Ich et l’oued Zouzfana, un espace sensible et stratégique
La zone concernée ne constitue pas un simple no man’s land désertique. Elle englobe une palmeraie vivante, exploitée depuis des générations par les habitants de Figuig, et dépend largement des ressources hydriques de l’oued Zouzfana. Cette vallée représente un espace agricole vital, dans une région aride où l’accès à la terre et à l’eau conditionne directement la survie économique des familles locales.
L’apparition de marqueurs dans cet environnement fertile est perçue comme un signal inquiétant, d’autant plus que cette activité présumée n’a, à ce stade, fait l’objet d’aucune réaction officielle de Rabat. Ce silence institutionnel, temporaire ou stratégique, renforce les interrogations et nourrit un climat d’incertitude parmi les habitants.
🕊️ Un traumatisme encore vif : le précédent de la zone d’Arja
Pour les populations de Figuig, ces développements ravivent un souvenir encore profondément ancré dans les mémoires. En mars 2021, les autorités algériennes avaient interdit l’accès des agriculteurs marocains à la zone d’Arja, pourtant exploitée depuis des décennies par des familles de Figuig. Cette décision unilatérale avait entraîné la perte de près de 1.450 hectares de terres agricoles, ainsi que l’abandon forcé d’environ 33.000 palmiers dattiers.
Le préjudice économique avait été évalué à plus de dix millions de dirhams, sans compter l’impact social et psychologique sur une population dont l’agriculture oasienne constitue l’unique source de revenus. Depuis cet épisode, Arja est devenue un symbole de ce que les habitants qualifient de fragilité de la situation frontalière et de vulnérabilité des communautés rurales face aux décisions géopolitiques.
⚠️ Contrôle frontalier ou redéfinition implicite des limites ?
Alger justifie régulièrement le durcissement de son contrôle à la frontière par la nécessité de lutter contre le trafic de stupéfiants, la criminalité transfrontalière et les réseaux de contrebande. Cet argument sécuritaire est toutefois fermement contesté par les associations locales de Figuig, qui estiment qu’il sert de couverture à une politique de pression territoriale progressive.
Ces organisations dénoncent ce qu’elles qualifient de « dépossession collective », affirmant que les premières victimes de ces mesures sont des civils sans implication dans les circuits criminels évoqués. Elles soulignent que toute restriction d’accès à la terre dans cette région enclavée équivaut à une asphyxie économique, dans un contexte déjà marqué par la sécheresse, l’exode rural et la raréfaction des ressources.
🌍 Une frontière figée politiquement, mais mouvante sur le terrain
La frontière maroco-algérienne, officiellement fermée depuis 1994, demeure l’une des plus longues frontières terrestres closes au monde. Si elle est juridiquement définie, son gestion quotidienne sur le terrain reste sujette à interprétations, notamment dans les zones rurales éloignées des grands centres urbains. L’apparition de marqueurs physiques, même temporaires, est donc perçue comme un acte lourd de sens, susceptible de créer des faits accomplis difficiles à inverser.
Dans ce contexte, les images satellitaires deviennent un outil central de veille et de documentation, révélant des évolutions que les populations locales observent parfois sans disposer des moyens institutionnels pour y répondre.
🔎 Entre vigilance citoyenne et attente d’une clarification officielle
Alors que les analyses se multiplient sur les réseaux spécialisés, les habitants de Figuig attendent avant tout une clarification officielle et des garanties sur la protection de leurs terres. L’absence de réaction immédiate des autorités marocaines alimente autant les spéculations que l’anxiété, dans une région où chaque précédent a laissé des traces durables.
À l’heure où les tensions régionales persistent et où la question des frontières demeure hautement sensible, ces nouveaux développements rappellent que, au-delà des discours diplomatiques, ce sont souvent les communautés locales qui subissent en première ligne les conséquences des rapports de force géopolitiques. La manière dont cette situation évoluera pourrait bien constituer un nouveau test pour la gestion d’un dossier frontalier aussi ancien que complexe.
