Le juge refuse la libération des 18 sénégalais et de l’algérien
⚖️ CAN 2025 : la justice marocaine ferme la porte à la liberté provisoire pour les auteurs des violences du stade Prince Moulay Abdellah
La justice marocaine a tranché avec fermeté. Lors de la deuxième audience consacrée aux incidents survenus pendant la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, le tribunal de première instance pénale de Rabat a rejeté toutes les demandes de liberté provisoire présentées par la défense des supporters sénégalais et du citoyen algérien impliqués dans les actes de hooliganisme, de violences et de dégradations commis au stade Prince Moulay Abdellah. Cette décision marque une étape clé dans un dossier suivi de près par l’opinion publique, tant pour sa portée judiciaire que pour son impact sur l’image du football africain et la sécurité lors des grandes compétitions sportives.
🏟️ Une affaire née du chaos de la finale Maroc–Sénégal
Les faits remontent à la nuit de la finale opposant le Maroc au Sénégal, un match censé être une célébration du football continental, mais qui a basculé dans la violence. Des scènes d’intrusion sur la pelouse, de vandalisme, d’agressions contre les forces de l’ordre et de jets d’objets ont profondément marqué cette rencontre. À la suite de ces événements, dix-neuf personnes, principalement des supporters sénégalais, accompagnées d’un citoyen algérien, ont été interpellées par les services de sécurité.
Ces arrestations sont intervenues après l’exploitation des enregistrements vidéo et des images diffusées en direct, qui ont permis d’identifier formellement plusieurs individus impliqués dans les troubles. Présentés devant la police judiciaire, puis devant le parquet, les mis en cause ont été poursuivis en état de détention, une décision confirmée par le procureur du Roi près le tribunal de première instance de Rabat.
🚨 Des chefs d’accusation lourds et multiples
Les ressortissants sénégalais sont poursuivis pour une série d’infractions graves liées à la violence dans les stades, notamment la participation à des actes de violence lors d’une rencontre sportive, l’intrusion sur la pelouse par usage de la force, la dégradation d’équipements sportifs, les violences à l’encontre des forces de l’ordre et le jet volontaire d’objets solides ayant causé des dommages à autrui.
Le citoyen algérien, pour sa part, fait face à des accusations similaires, auxquelles s’ajoute le jet volontaire de substances liquides ayant entraîné des dommages. Dans les deux cas, le ministère public considère que les faits sont suffisamment établis pour justifier le maintien en détention provisoire, au regard de leur gravité et de leur impact sur l’ordre public.
🌍 Une audience marquée par la question linguistique et la présence d’un traducteur
Dès l’ouverture de l’audience, la formation du tribunal s’est assurée que les accusés comprenaient bien les procédures engagées contre eux. La majorité des prévenus a déclaré ne pas maîtriser la langue arabe, indiquant parler uniquement le français, certaines langues locales sénégalaises ou encore l’espagnol. Cette situation a conduit le tribunal à recourir à un traducteur assermenté, garantissant ainsi le respect des droits de la défense et le caractère équitable du procès.
Cette étape procédurale a souligné la dimension internationale de cette affaire, où se croisent des ressortissants de plusieurs nationalités dans un cadre judiciaire marocain, renforçant l’importance du respect des standards juridiques en matière de procès équitable.
🧑⚖️ Les tentatives de la défense pour obtenir une liberté provisoire
Les avocats des accusés ont multiplié les arguments pour tenter d’obtenir la mise en liberté provisoire de leurs clients. Pour les ressortissants sénégalais, la défense a invoqué les garanties juridiques prévues par la législation marocaine en faveur des étrangers, soulignant que l’ambassade du Sénégal pouvait servir d’adresse officielle pour toute convocation judiciaire.
Une avocate du barreau de Rabat a également proposé des mesures alternatives, telles que le versement d’une caution financière, la confiscation des passeports ou encore l’interdiction de quitter le territoire marocain, estimant que ces dispositifs permettraient de garantir la présence des accusés aux prochaines audiences sans recourir à la détention.
Concernant le citoyen algérien, qui possède également la nationalité française, son avocat, membre du barreau de Casablanca, a expliqué que son client se trouvait au Maroc pour soutenir son frère, lequel travaillerait au sein du staff technique de l’équipe nationale sénégalaise. Il a ajouté que l’ambassade de France suivait attentivement l’évolution de ce dossier, insistant sur les garanties diplomatiques et personnelles offertes par son client.
🏛️ Le rejet ferme de la Cour et la position du ministère public
Malgré ces plaidoiries, le tribunal a rejeté l’ensemble des demandes de liberté provisoire. Pour la Cour, la gravité des faits, leur caractère collectif et leur impact direct sur la sécurité publique justifient pleinement le maintien en détention. Le représentant du ministère public a été particulièrement ferme, rappelant que ce dossier relève avant tout de la justice pénale et qu’il doit être traité selon les règles strictes de la loi, indépendamment de toute considération diplomatique ou sportive.
Il a souligné que les actes commis ont été observés en direct par des millions de téléspectateurs et que, sans la retenue et la sagesse du public marocain, les conséquences auraient pu être dramatiques. Cette déclaration vise à rappeler que la responsabilité pénale des accusés est engagée non seulement pour leurs actes matériels, mais aussi pour le risque majeur qu’ils ont fait peser sur la sécurité collective.
🩺 La présence d’une victime au cœur de l’audience
L’audience a également été marquée par la présence d’un agent de sécurité du stade Prince Moulay Abdellah, agressé et blessé lors des incidents. Sa comparution symbolise la dimension humaine de cette affaire et rappelle que derrière les images de violence, il y a des victimes directes, dont l’intégrité physique a été mise en danger dans l’exercice de leurs fonctions.
Cette présence a renforcé le poids émotionnel et judiciaire du dossier, soulignant que les violences dans les stades ne sont jamais des actes anodins, mais des délits aux conséquences réelles et parfois durables.
🗓️ Un report d’audience dans un contexte de mobilisation des avocats
Le juge d’instruction a décidé de reporter l’audience à une date ultérieure. Toutefois, les avocats ont indiqué qu’ils seraient en grève ce jour-là, dans le cadre du mouvement de protestation lancé par l’Association des barreaux du Maroc contre le projet de loi encadrant la profession. Cette situation pourrait entraîner un nouveau report, prolongeant ainsi la durée de la procédure.
Ce contexte met en lumière l’enchevêtrement entre actualité judiciaire et dynamique institutionnelle, dans un dossier déjà sensible par sa portée nationale et internationale.
🌐 Une affaire judiciaire, au-delà des relations diplomatiques
La défense des accusés sénégalais a tenté d’invoquer la profondeur historique des relations entre le Maroc et le Sénégal, appelant la Cour à faire preuve de clémence au nom de l’amitié entre les deux peuples. Elle a même rappelé la tenue prochaine de rencontres officielles entre responsables marocains et sénégalais.
Le ministère public a toutefois balayé cet argument, réaffirmant que la justice ne peut être influencée par des considérations diplomatiques. Pour l’accusation, il s’agit d’un dossier pénal fondé sur des preuves vidéo claires, où chaque accusé a été filmé en pleine action, ce qui rend toute tentative de relativisation juridiquement irrecevable.
🔍 Une jurisprudence forte contre la violence dans les stades
À travers cette décision, la justice marocaine envoie un message sans équivoque : la violence dans les stades, les atteintes à la sécurité publique et les agressions contre les forces de l’ordre ne resteront pas impunies. La Coupe d’Afrique des Nations 2025, organisée au Maroc, doit rester associée à une image d’excellence organisationnelle, de respect des lois et de tolérance zéro face aux dérives violentes.
Ce dossier pourrait constituer une référence jurisprudentielle en matière de traitement judiciaire des actes de hooliganisme en Afrique, en rappelant que les stades ne sont pas des espaces d’exception où la loi cesse de s’appliquer.
