Belgique: transfert difficile des personnes décédées vers le Maroc
Crise des rapatriements à Bruxelles : le retour des corps vers le Maroc et d’autres pays reste bloqué, entre restrictions sanitaires et vols limités
Rapatriements en impasse à Bruxelles
Face à la fermeture des frontières et à la raréfaction des liaisons aériennes, le rapatriement des corps des personnes décédées à l’étranger est devenu une épreuve logistique et humaine majeure. À l’aéroport de Bruxelles-Zaventem, le Mortuary Brussels Airport se retrouve en première ligne d’une crise silencieuse qui touche particulièrement les familles souhaitant le retour des dépouilles vers des pays comme le Maroc ou la Tunisie, aujourd’hui difficilement accessibles.
⚰️ Un centre funéraire sous tension permanente
Au cœur de l’aéroport de Zaventem, le Mortuary Brussels Airport, géré par le groupe funéraire Dela, assure habituellement la coordination des rapatriements internationaux de corps. Mais depuis la multiplication des restrictions sanitaires liées à la pandémie de Covid-19, cette mission s’est transformée en véritable casse-tête. Selon Greta Plas, responsable du site, les procédures classiques sont profondément bouleversées par l’arrêt ou la limitation drastique des vols internationaux, rendant certaines destinations tout simplement inaccessibles.
La situation est particulièrement critique pour les familles originaires du Maghreb, et notamment celles souhaitant rapatrier leurs proches décédés vers le Maroc. Les autorités locales de plusieurs pays refusent ou limitent l’entrée des dépouilles, invoquant des raisons sanitaires, administratives ou logistiques. Résultat : le centre funéraire bruxellois n’est actuellement plus en mesure d’assurer ces transferts, laissant de nombreuses familles dans l’attente et l’incompréhension.
🌍 Des frontières fermées, des familles désemparées
Au-delà des contraintes techniques, la dimension humaine de cette crise est omniprésente. Pour de nombreuses familles, le rapatriement du corps vers le pays d’origine représente un impératif culturel, religieux et émotionnel. L’impossibilité d’accomplir ce dernier voyage constitue une épreuve douloureuse supplémentaire, dans un contexte déjà marqué par le deuil et l’éloignement.
Greta Plas souligne combien cette situation est difficile à vivre pour les proches des défunts, contraints d’accepter des inhumations loin de la terre natale. Le rapatriement des corps vers le Maroc, en particulier, est aujourd’hui totalement bloqué, tout comme vers la Tunisie, accentuant le sentiment d’injustice et d’impuissance chez les familles concernées.
✈️ Des opérations possibles, mais au compte-gouttes
Si certaines destinations restent inaccessibles, d’autres commencent timidement à rouvrir. Après une période de refus catégorique, l’Espagne autorise de nouveau les transferts funéraires. Ces derniers jours, le Mortuary Brussels Airport a ainsi pu organiser des rapatriements de victimes du Covid-19 depuis plusieurs pays européens comme l’Italie, la Roumanie ou les Pays-Bas, ainsi que depuis les États-Unis.
Cependant, ces opérations se font au prix d’une logistique extrêmement complexe. Les équipes doivent composer avec un nombre très limité de vols commerciaux ou cargo encore en activité, des autorisations spécifiques à obtenir en urgence et des protocoles sanitaires renforcés. Chaque rapatriement devient une opération sur mesure, longue et incertaine, mobilisant de multiples acteurs à l’échelle internationale.
🌐 Des dépouilles bloquées aux quatre coins du monde
La crise ne concerne pas uniquement les victimes du Covid-19. Des citoyens belges décédés à l’étranger avant l’instauration des mesures de confinement se retrouvent eux aussi dans une impasse administrative. Certains corps sont toujours bloqués dans des destinations lointaines, notamment en République dominicaine ou dans les Caraïbes, où les liaisons aériennes restent suspendues ou fortement réduites.
Ces situations illustrent l’ampleur mondiale du problème et la difficulté pour les autorités funéraires de garantir la continuité d’un service pourtant essentiel. Le rapatriement international des corps, souvent invisible dans le débat public, apparaît aujourd’hui comme l’un des nombreux dommages collatéraux de la crise sanitaire mondiale.
🔍 Une crise révélatrice de nouveaux enjeux
Au fil des semaines, cette situation met en lumière la nécessité de repenser les mécanismes internationaux de gestion des décès à l’étranger en période de crise. Elle soulève également des questions sur la coordination entre États, compagnies aériennes et services funéraires, ainsi que sur l’accompagnement psychologique et administratif des familles endeuillées.
Alors que certaines frontières commencent à s’entrouvrir, l’incertitude demeure. Le retour progressif des vols suffira-t-il à résorber les retards accumulés et à permettre aux familles de retrouver un semblant de sérénité ? Pour le Mortuary Brussels Airport, comme pour des milliers de proches à travers le monde, la normalisation des rapatriements reste un espoir fragile, suspendu à l’évolution de la situation sanitaire internationale.
