vendredi, janvier 30, 2026
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Développement de projets conjoints entre le Maroc et le Sénégal

À Casablanca, le Forum économique Maroc-Sénégal a marqué une étape charnière dans l’évolution des relations entre Rabat et Dakar. Loin d’un cadre classique centré sur les flux commerciaux et les investissements bilatéraux, la rencontre a consacré une ambition plus profonde : bâtir un partenariat africain fondé sur la coproduction, l’intégration des chaînes de valeur et une vision partagée du développement économique du continent.

🌍 Un partenariat stratégique appelé à changer d’échelle

Réunis mardi 27 janvier à Casablanca, responsables politiques, dirigeants d’entreprises et représentants institutionnels marocains et sénégalais ont affiché une volonté commune de repositionner la coopération bilatérale comme un modèle africain de partenariat structurant. Selon Finances News, l’objectif n’est plus seulement d’intensifier les échanges commerciaux ou d’attirer des investissements ponctuels, mais de poser les bases d’une alliance économique durable, reposant sur la coproduction industrielle, la complémentarité énergétique et l’intégration régionale.

Cette approche traduit une maturité nouvelle des relations maroco-sénégalaises, longtemps caractérisées par une forte proximité diplomatique et culturelle, et désormais appelées à se traduire par des projets économiques conjoints à forte valeur ajoutée, capables de rayonner au-delà des deux pays.

🤝 Une vision politique assumée au plus haut niveau

Dès l’ouverture des travaux, le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a donné le ton en soulignant la profondeur historique, spirituelle et humaine des liens entre Rabat et Dakar. Pour lui, ces relations sont arrivées à un moment décisif, où la coopération doit franchir un seuil qualitatif. Le Sénégal et le Maroc, a-t-il insisté, ont vocation à conquérir ensemble les marchés ouest-africains, maghrébins et internationaux, en s’appuyant sur des joint-venturescapables de mutualiser capital, expertise industrielle et accès aux marchés.

Le chef du gouvernement sénégalais a plaidé pour un changement de paradigme clair. « Nous ne voulons pas seulement acheter, nous voulons produire ensemble, exporter ensemble et consommer ensemble », a-t-il déclaré, résumant l’esprit d’une coopération fondée sur la création de valeur partagée plutôt que sur des relations asymétriques.

⚡ L’énergie comme catalyseur de la coproduction africaine

Cette orientation stratégique s’inscrit dans une nouvelle donne économique sénégalaise, marquée par l’entrée prochaine du pays dans le cercle des producteurs de pétrole et de gaz. Cette évolution est appelée à garantir une énergie plus abondante et plus compétitive, condition essentielle à l’industrialisation, à l’attractivité des investissements et à la montée en gamme de l’économie sénégalaise.

Le message adressé aux investisseurs et industriels marocains est explicite : le Sénégal ne recherche plus de simples implantations isolées, mais des partenariats de long terme, capables de structurer des filières industrielles complètes. Dans cette logique, la complémentarité avec le Maroc, fort de son expérience industrielle, logistique et financière sur le continent, apparaît comme un levier naturel.

📊 Des investissements marocains déjà structurants

Les chiffres témoignent de la solidité du socle existant. Les investissements marocains au Sénégal dépassent aujourd’hui 560 millions de dollars, couvrant des secteurs clés tels que la banque, les assurances, le BTP, la pharmacie, l’agro-industrie et l’immobilier. Cette présence économique s’inscrit pleinement dans la stratégie africaine du Royaume, notamment à travers l’initiative de l’Afrique atlantique, qui vise à structurer des corridors économiques Sud-Sud reliant l’Afrique de l’Ouest, le Maghreb et, à terme, les marchés internationaux.

Cette vision rejoint les grands chantiers d’intégration continentale, au premier rang desquels figure la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Dans ce cadre, la coproduction maroco-sénégalaise est perçue comme un outil concret pour transformer l’ouverture des marchés africains en opportunités industrielles réelles.

🏭 Le rôle central du secteur privé et de la Confédération générale des entreprises du Maroc

La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a renforcé cette lecture stratégique en soulignant la portée concrète du Forum. Elle a rappelé la proximité exceptionnelle entre les deux pays et la maturité d’un partenariat déjà générateur de valeur et d’emplois. En 2024, les exportations marocaines vers le Sénégal ont dépassé 4 milliards de dirhams, tandis que les importations sénégalaises ont enregistré une progression notable, illustrant un échange de plus en plus équilibré.

Pour la Confédération générale des entreprises du Maroc, l’enjeu est désormais de franchir une nouvelle étape, en lançant des projets communs à forte valeur ajoutée, tirant pleinement parti des complémentarités industrielles et énergétiques des deux économies. Le renforcement de la coopération énergétique, notamment autour du Gazoduc Afrique Atlantique Nigeria-Maroc, est cité comme un levier structurant, susceptible de renforcer l’intégration régionale et la souveraineté économique africaine.

🏛️ Un cadre politique et institutionnel consolidé

Cette dynamique économique repose sur un socle politique clairement affirmé. Depuis la visite du Premier ministre sénégalais à Rabat, une nouvelle phase du partenariat stratégique a été actée lors de la 15e session de la Grande Commission mixte de coopération Maroc-Sénégal. Les deux pays y ont réaffirmé leur engagement à maintenir un dialogue régulier, à coordonner leurs positions sur les grandes questions régionales et internationales et à assurer un suivi rigoureux des engagements bilatéraux.

Ils ont également insisté sur le rôle moteur du secteur privé dans la consolidation des échanges et appelé à une mobilisation accrue des opérateurs économiques autour de projets conjoints structurants. Cette articulation entre volonté politique et initiative entrepreneuriale apparaît comme la clé d’un partenariat appelé à dépasser le cadre bilatéral pour s’inscrire dans une vision panafricaine.

🌐 Vers un modèle africain de coproduction et d’intégration

À travers ce Forum économique, le Maroc et le Sénégal ont clairement affiché leur ambition de bâtir un modèle africain de coopération fondé sur la coproduction, la complémentarité des ressources et l’intégration des marchés. Dans un contexte continental marqué par la recherche de souveraineté économique et de croissance inclusive, cette approche pourrait faire école, en démontrant que les partenariats Sud-Sud peuvent devenir de véritables moteurs de développement durable.