Qui est Sarah Knafo, la juive marocaine proche d’Éric Zemmour?
Depuis qu’Éric Zemmour a fait part de son intention de briguer la présidence de la République en 2022, une figure revient systématiquement dans son entourage le plus proche : Sarah Knafo. Discrète mais influente, cette haute fonctionnaire est présentée comme sa principale conseillère, sa stratège politique et celle qui pourrait diriger sa future campagne. À seulement 28 ans, son parcours intrigue autant qu’il suscite des débats.
Jusqu’à récemment, son nom n’évoquait rien pour le grand public. Sa soudaine médiatisation, marquée notamment par une couverture de Paris Match et un long portrait publié par Le Monde, a propulsé cette jeune énarque sur le devant de la scène. Les deux médias ont retracé l’itinéraire d’une femme à l’ascension rapide, naviguant entre la haute administration et les cercles de la droite souverainiste.
Sarah Knafo est issue d’une famille de confession juive originaire du Maroc. Ses grands-parents avaient quitté le pays en 1967, dans le contexte régional tendu qui a suivi la guerre des Six Jours, pour s’installer en France. Elle grandit en Seine-Saint-Denis, où elle est scolarisée dans un établissement privé juif aux Pavillons-sous-Bois. À sa majorité, elle s’installe dans le quartier parisien de Saint-Germain-des-Prés, symbole d’un certain milieu intellectuel et culturel.
Son environnement familial est marqué par une forte diversité de profils. Sa mère exerce comme hypnothérapeute, son père est entrepreneur, tandis que sa sœur Cindy Knafo s’est fait un nom comme photographe de mode au style affirmé. Cette pluralité d’influences contribue à façonner une personnalité que ses proches décrivent comme déterminée et ambitieuse.
Très tôt attirée par la politique, elle s’intéresse à la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 et adhère à l’UMP. Elle se lie alors d’amitié avec Louis Sarkozy, le fils de l’ancien président. Deux ans plus tard, elle rejoint une structure critique vis-à-vis de la construction européenne, « Critique de la raison européenne », ce qui renforce son ancrage dans les milieux souverainistes.
Parallèlement, elle élargit son cercle relationnel en se rapprochant de plusieurs figures politiques et intellectuelles, parmi lesquelles Henri Guaino, Jean-Pierre Chevènement, Hubert Védrine, Jacques Sapir, Marie-France Garaud ou encore Alain Finkielkraut. Ce réseau devient l’un de ses principaux atouts dans son ascension.
Après plusieurs tentatives infructueuses, elle parvient à intégrer l’École nationale d’administration. En marge de ce parcours académique classique, elle s’inscrit également au Cours Cochet, une école de théâtre réputée, révélant un intérêt prononcé pour l’art dramatique. Avant cela, elle avait rejoint Sciences Po en 2014, après avoir échoué au concours d’entrée de l’École normale supérieure. Sur les réseaux sociaux, elle se définit elle-même comme « obsédée par le texte », « comédienne », et se revendique « séguiniste et bonapartiste », une manière d’affirmer son positionnement idéologique.
Son profil n’est toutefois pas exempt de controverses. Certains observateurs lui reprochent d’avoir enjolivé certains aspects de son parcours. Elle aurait notamment laissé entendre qu’elle fut collaboratrice parlementaire d’Henri Guaino, ce qui aurait surpris l’assistante officielle en poste. Elle aurait également affirmé avoir rédigé un rapport sur l’immigration clandestine pour l’administration compétente, document dont aucune trace formelle n’a été retrouvée.
Ses ambitions au sein de la haute fonction publique, notamment son souhait d’intégrer l’Inspection générale des finances, ne se sont pas concrétisées. Selon un membre de cette institution, son intérêt principal n’était pas tant la carrière administrative que l’utilisation de celle-ci comme tremplin pour une activité politique plus large.
Sa relation avec Éric Zemmour remonte à près de dix ans. Le polémiste est un proche de longue date de sa famille. Un spécialiste du Maghreb aurait même souligné une origine géographique commune de leurs ancêtres : les Zemmour seraient issus d’une région berbère d’Algérie, tandis que les Knafo se seraient installés sur la côte marocaine, à Mogador, l’actuelle Essaouira, où repose le grand-père de Sarah et où elle s’est rendue à plusieurs reprises.
Pour accompagner Zemmour dans son projet présidentiel, elle a demandé une mise en disponibilité de ses fonctions après plusieurs rappels à l’ordre. Le premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, a expliqué avoir encouragé cette démarche afin de préserver la neutralité de l’institution. Selon lui, il ne s’agit pas de contrôler les opinions, mais d’éviter toute confusion entre l’administration et une campagne électorale.
Son engagement politique ne fait cependant pas l’unanimité parmi ses collègues. Certains critiquent son attitude et sa communication, l’accusant d’un rapport approximatif à la vérité. L’un d’eux la décrit comme capable d’affirmer n’importe quoi avec aplomb, mettant en doute sa crédibilité.
Forte de son réseau, de son association « Alexandre & Aristote », de son site de recommandations littéraires et de sa proximité avec Éric Zemmour, Sarah Knafo se retrouve aujourd’hui face à un défi majeur. Si la candidature du polémiste venait à être officiellement confirmée, elle jouerait un rôle clé dans l’organisation et la stratégie de la campagne. Reste à savoir si cette jeune figure de l’ombre saura transformer son influence intellectuelle et relationnelle en une force politique capable de porter un projet présidentiel jusqu’au succès.
