Maroc – Royaume-uni : accélération des échanges économiques
Commerce Royaume-Uni Maroc en forte hausse : échanges, services, rééquilibrage et enjeux d’investissement au cœur du partenariat post-Brexit
En pleine recomposition des échanges internationaux depuis la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, la relation économique entre Londres et Rabat connaît une accélération spectaculaire. Portée par une hausse à deux chiffres du commerce bilatéral, une diversification rapide des flux et une montée en gamme des services, cette dynamique dépasse désormais la simple logique d’ajustement post-Brexit. Elle révèle l’émergence d’un partenariat économique Royaume-Uni–Maroc plus structuré, plus équilibré et résolument tourné vers le long terme.
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📈 Une accélération commerciale d’ampleur historique
Les derniers chiffres publiés par le Département britannique du Commerce et des Affaires témoignent d’une intensification rarement observée des échanges entre les deux pays. Sur les quatre trimestres clos à fin septembre 2025, le commerce bilatéral Royaume-Uni Maroc a atteint 4,8 milliards de livres sterling, soit une progression annuelle de 23,3 %. En valeur absolue, cela représente un gain de 916 millions de livres en seulement douze mois. Cette croissance rapide ne peut être réduite à un simple effet inflationniste ou conjoncturel. Elle traduit un approfondissement réel des relations industrielles, logistiques et de services, ainsi qu’une intégration croissante du Maroc dans les stratégies commerciales britanniques post-Brexit.
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🚢 L’envolée des exportations britanniques vers le Maroc
La dynamique est particulièrement marquée du côté britannique. Les exportations du Royaume-Uni vers le Maroc ont bondi de 46,5 % pour atteindre 2,2 milliards de livres sterling. Cette performance repose en premier lieu sur les biens industriels, avec une forte progression des ventes de pétrole raffiné, de générateurs mécaniques et de produits métallurgiques. Le secteur automobile constitue l’un des faits saillants de cette évolution, avec une hausse proche de 80 % des exportations de véhicules britanniques vers le marché marocain, confirmant l’intégration progressive du Royaume dans les chaînes d’approvisionnement automobiles nord-africaines.
Les services constituent un autre pilier de cette montée en puissance. Les exportations britanniques de services vers le Maroc progressent sensiblement, portées par le transport, les voyages d’affaires, les services aux entreprises et la propriété intellectuelle. Cette diversification confirme que la relation économique ne se limite plus à un échange de marchandises, mais s’oriente vers des segments à plus forte valeur ajoutée, en phase avec l’économie britannique.
🌍 Les exportations marocaines consolident leur position sur le marché britannique
Côté marocain, les exportations du Maroc vers le Royaume-Uni atteignent 2,6 milliards de livres sterling. Elles restent dominées par les produits agricoles, notamment les fruits et légumes frais, qui bénéficient d’une forte demande britannique et d’avantages logistiques compétitifs. L’électronique intermédiaire et le mobilier complètent ce panier d’exportations, illustrant une montée progressive de l’industrie marocaine dans des segments semi-transformés.
Les services jouent également un rôle central. Les flux touristiques et les services de voyage représentent à eux seuls près de 80 % des services marocains exportés vers le Royaume-Uni. Cette donnée souligne l’importance du tourisme marocain vers le marché britannique, mais aussi la capacité du Maroc à capter des revenus récurrents dans les échanges immatériels.
⚖️ Un rééquilibrage commercial révélateur d’une relation plus mature
L’un des indicateurs les plus révélateurs de cette transformation est la réduction rapide du déficit commercial britannique vis-à-vis du Maroc. En un an, celui-ci est passé de 911 millions à 423 millions de livres sterling. Cette amélioration traduit une relation moins asymétrique et davantage fondée sur des échanges croisés, où chaque partie trouve progressivement sa place dans la chaîne de valeur de l’autre.
Ce rééquilibrage est le signe d’un partenariat économique qui gagne en maturité. Le Maroc n’est plus seulement un fournisseur agricole ou un débouché marginal, mais un acteur intégré dans les flux commerciaux britanniques, tandis que le Royaume-Uni renforce sa présence sur un marché africain en pleine expansion.
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📊 Parts de marché et concurrence internationale
Les données de parts de marché confirment cette progression. La part du Royaume-Uni dans les importations marocaines atteint 2,9 % en 2024, en hausse continue, et s’élève à 4,5 % dans les services. Dans un contexte de concurrence intense avec l’Union européenne et la Chine, cette performance souligne la capacité britannique à préserver et à renforcer ses positions grâce à des accords commerciaux post-Brexit et à une offre plus ciblée.
💼 Investissements : le maillon faible du partenariat
Malgré cette dynamique commerciale, le volet des investissements directs étrangers Royaume-Uni Maroc reste en retrait. Le stock d’investissements britanniques au Maroc n’est pas publié pour des raisons de confidentialité statistique, tandis que les investissements marocains au Royaume-Uni demeurent limités, à environ 9 millions de livres sterling. Ce décalage entre commerce dynamique et investissements modestes constitue le principal point de fragilité de la relation actuelle.
Les données sur les chaînes de valeur mondiales (TiVA) montrent pourtant une interdépendance en progression. Environ 0,6 % de la valeur ajoutée des exportations marocaines provient du Royaume-Uni, contre moins de 0,1 % dans le sens inverse. Ces chiffres indiquent un potentiel largement sous-exploité pour une intégration productive plus profonde.
🌱 Un environnement macroéconomique marocain de plus en plus attractif
Sur le plan macroéconomique, le Maroc affiche des fondamentaux solides qui renforcent son attractivité. La croissance réelle se situe autour de 4 %, le PIB devrait atteindre près de 196 milliards de dollars en 2026, l’inflation reste maîtrisée et l’investissement total dépasse 30 % du PIB. Ces indicateurs renforcent l’intérêt des entreprises britanniques pour des secteurs clés tels que l’énergie, l’automobile, l’agro-industrie et les services numériques au Maroc.
🤝 Vers un axe économique structurant Londres–Rabat
Près de 2 200 entreprises britanniques exportent déjà des biens vers le Maroc, contre environ 900 importateurs. Ce déséquilibre pourrait progressivement se résorber à mesure que les chaînes logistiques se densifient et que les accords commerciaux post-Brexit produisent pleinement leurs effets. Les chiffres officiels britanniques dessinent ainsi une relation qui bascule d’un partenariat commercial classique vers un véritable axe économique stratégique Royaume-Uni Maroc, appelé à jouer un rôle croissant entre l’Europe, l’Afrique et l’Atlantique.
La prochaine étape de cette trajectoire dépendra de la capacité des deux pays à transformer cette dynamique commerciale en investissements productifs durables. C’est à ce prix que le rapprochement Londres–Rabat pourra franchir un nouveau palier et s’imposer comme l’un des partenariats économiques les plus structurants de l’ère post-Brexit.
