Sardines : comment le Maroc préserve les stocks
Maroc : suspension temporaire d’exportations de sardines (Sardina pilchardus), sous ses formes fraîche, réfrigérée ou congelée et réformes pour une pêche durable, traçabilité complète et protection des stocks d’Atlantique Sud.
À l’approche de la haute saison de consommation et alors que le marché halieutique national est sous pression, le Maroc intensifie sa gestion des ressources marines et prend des mesures sans précédent pour assurer la durabilité de la pêche des petits pélagiques dans l’Atlantique Sud. La suspension temporaire de l’exportation des sardines (fraîches, réfrigérées et congelées), entrée en vigueur le 1er février 2026 pour une durée de douze mois, marque le début d’une réforme en profondeur de la filière, visant à concilier sécurité alimentaire, préservation des stocks et traçabilité des captures.
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🐟 Un marché sous tension et la décision stratégique de suspension des exportations
La mesure temporaire de suspension des exportations de sardines n’est pas un acte isolé. Elle intervient dans un contexte où les prix des petits pélagiques connaissent une forte volatilité, accentuée par la demande intérieure, notamment à l’approche du mois sacré de Ramadan. Les autorités marocaines, conscientes des enjeux socio-économiques, ont choisi d’agir rapidement pour garantir l’approvisionnement du marché local, tout en répondant aux recommandations scientifiques sur l’état des stocks.
Le secrétariat d’État chargé de la Pêche maritime a ainsi entrepris une révision complète des mécanismes de gestion des ressources halieutiques, inscrivant la durabilité et la transparence au cœur de la stratégie nationale de pêche. Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la politique marocaine de développement de l’économie bleue, qui vise à concilier exploitation responsable et préservation des écosystèmes marins.
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📅 Révision du calendrier du repos biologique : une décision scientifique et stratégique
La décision n° PP-01/26 officialise le nouveau calendrier du repos biologique des petits pélagiques pour la campagne 2026. La période de protection a été fixée du 1er janvier au 15 février 2026, ce qui représente un ajustement significatif par rapport aux années précédentes. Selon l’Institut national de la recherche halieutique, cet ajustement est justifié par des observations scientifiques détaillées sur la biomasse et les cycles de reproduction des sardines et autres petits poissons pélagiques dans la zone allant du cap Boujdour au cap Blanc.
Cette stratégie traduit une volonté de prendre en compte les réalités biologiques et environnementales des stocks, tout en renforçant les mesures de préservation des espèces dans une zone particulièrement sensible. L’objectif est clair : assurer la durabilité des captures, protéger les écosystèmes marins et prévenir une surexploitation qui pourrait compromettre la filière sur le long terme.
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🚢 Limitation stricte du nombre de navires et critères d’accès renforcés
La campagne 2026 marque également un tournant dans la régulation de l’accès à cette pêcherie stratégique. Seuls 75 navires de pêche à la senne sont autorisés à opérer depuis le port de Dakhla. La sélection des navires repose sur des critères rigoureux, incluant la validité des agréments sanitaires, la propriété effective des unités et la conformité aux quotas individuels de capture, déterminés selon l’état réel de la ressource.
Ces mesures illustrent la volonté du Maroc de transformer l’accès à la pêche en un privilège conditionné à la responsabilité écologique et financière des opérateurs. La logique est double : garantir une exploitation durable et assurer la traçabilité totale des captures, condition sine qua non pour lutter contre la pêche illégale et le non-respect des quotas.
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📡 Renforcement du contrôle et traçabilité des captures
La réforme inclut des obligations strictes en mer et à terre. Chaque navire doit maintenir un système de surveillance satellite opérationnel, avec une fréquence de transmission maximale d’une heure. Les débarquements doivent impérativement se faire au port de Dakhla toutes les vingt-quatre heures. L’utilisation de contenants non conformes ou le stockage hors des cales est formellement interdit.
Ces dispositifs assurent une traçabilité complète, permettant aux autorités de suivre en temps réel les captures et de détecter toute tentative de fraude ou de non-déclaration. Ils s’inscrivent dans un effort global de modernisation et de transparence de la filière halieutique, renforçant la confiance des consommateurs et des partenaires internationaux.
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💰 Sanctions et obligations financières : un cadre strict pour les armateurs
Le volet coercitif de la réforme est tout aussi clair. Les armateurs bénéficiaires de licences doivent s’acquitter de leurs redevances avant le 15 février 2026. Tout manquement, qu’il s’agisse d’un retard de paiement ou de la violation des règles d’exploitation, expose à des sanctions sévères, allant jusqu’à l’exclusion de la pêcherie pour cinq ans, sans possibilité de remplacement du navire concerné.
Cette fermeté traduit la volonté des autorités de faire de la responsabilité financière et écologique des opérateurs un pilier central de la stratégie nationale de pêche. Le message est limpide : accéder aux ressources marines du Maroc est un privilège conditionné au respect strict des règles et à la préservation des équilibres naturels.
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🌊 Un tournant pour la durabilité de la filière et l’économie bleue
L’ensemble de ces mesures reflète une approche intégrée : protection des stocks, transparence, contrôle rigoureux et responsabilité économique. Elles s’inscrivent dans la vision stratégique du Maroc visant à positionner la pêche durable et l’économie bleue au cœur du développement national. En garantissant des ressources pérennes, ces décisions visent à sécuriser le marché intérieur, renforcer la compétitivité internationale et soutenir les communautés côtières dépendantes de cette filière.
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La suspension des exportations, le réajustement du calendrier biologique, la limitation du nombre de navires, la surveillance par satellite et la stricte régulation des débarquements constituent ainsi un ensemble cohérent de mesures préventives, répondant à la fois aux contraintes biologiques, économiques et sociales.
L’avenir de la pêche marocaine dans l’Atlantique Sud dépendra désormais de la capacité des autorités à maintenir ces standards et de la discipline des opérateurs à respecter les nouvelles règles. Cette réforme pourrait servir de modèle pour d’autres pêcheries stratégiques et témoigne de l’ambition du Maroc de conjuguer exploitation responsable et sécurité alimentaire, tout en affirmant son leadership en matière de gestion durable des ressources marines.
