Taxis au Maroc : appel à la création d’une application nationale
Face aux profondes mutations technologiques, économiques et sociales qui traversent le secteur du transport urbain, le débat sur sa réforme refait surface avec insistance au Parlement. En cause, un cadre juridique hérité des années 1960, aujourd’hui largement dépassé, et une montée des tensions provoquées par l’essor des applications mobiles de transport. Dans ce contexte, le groupe du Progrès et du Socialisme (PPS) appelle à une refonte globale du système, articulée autour de la fin de l’économie de rente dans le transport, de la régulation du numérique et de la modernisation du métier de chauffeur de taxi.
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🚕 Un cadre juridique hérité du passé, jugé inadapté aux réalités actuelles
Au cœur de cette offensive parlementaire, Rachid Hamouni, président du groupe PPS à la Chambre des représentants, a directement interpellé le ministère de l’Intérieur sur la nécessité urgente de réviser le dahir de 1963 régissant le transport urbain. Conçu à une époque où ni la mondialisation numérique ni les plateformes digitales n’existaient, ce texte est aujourd’hui considéré comme inapte à encadrer les mutations technologiques du secteur du transport au Maroc. Selon les élus, son maintien contribue à l’insécurité juridique, à la multiplication des conflits sur le terrain et à une dégradation progressive de la qualité du service offert aux citoyens.
⚖️ La remise en question du système des agréments et de la rente
L’un des axes centraux de la réforme défendue par le PPS concerne la restructuration en profondeur du système des agréments, communément appelés grimates. Les parlementaires dénoncent une logique de rente qui, selon eux, freine l’investissement, pénalise les chauffeurs et entretient des inégalités structurelles. La proposition vise à substituer aux agréments actuels des contrats d’exploitation encadrés par l’État, à durée indéterminée, avec des loyers fixés par l’administration afin de garantir plus de transparence et d’équité.
Dans cette même logique, les détenteurs de plusieurs agréments seraient tenus de se constituer en sociétés structurées, permettant d’assurer une meilleure gouvernance du secteur et, surtout, une protection sociale des chauffeurs de taxi, souvent absente dans le modèle actuel. Cette mesure ambitionne de transformer un secteur historiquement informel en une activité professionnelle pleinement reconnue.
📱 Applications de transport : vers une solution nationale encadrée
La question du numérique occupe une place centrale dans les revendications du PPS. Les applications de transport non autorisées, à l’origine de saisies de véhicules et de poursuites judiciaires pour transport illégal, ont accentué les tensions entre chauffeurs traditionnels et nouveaux acteurs. Pour sortir de cette confrontation permanente, le groupe parlementaire propose la création d’une application nationale unifiée de transport, exclusivement réservée aux taxis de première et de deuxième catégories.
Cette plateforme, pensée comme un outil souverain, viserait à encadrer l’usage du numérique tout en protégeant les professionnels du secteur contre une concurrence jugée déloyale. En filigrane, les élus défendent une approche qualifiée de protection du transport réglementé, estimant que la modernisation ne peut se faire au détriment des cadres légaux existants.
🎓 Professionnalisation du métier et montée en compétences
La réforme ne se limite pas à la dimension juridique ou technologique. Elle ambitionne également de revaloriser le métier de chauffeur de taxi à travers une professionnalisation accrue du transport urbain. L’octroi de la future « licence de confiance » serait conditionné à un niveau d’études minimal et à une formation continue, garantissant une meilleure maîtrise des outils numériques, des règles de sécurité et de la relation avec les usagers.
Cette montée en compétences est perçue comme un levier essentiel pour améliorer l’image du secteur, renforcer la qualité du service et répondre aux attentes croissantes des citoyens, mais aussi des visiteurs étrangers.
🌱 Transition écologique et enjeux internationaux
À l’approche de grands événements internationaux que le Royaume s’apprête à accueillir, la modernisation du transport urbain prend également une dimension stratégique. Le projet porté par le PPS insiste sur la nécessité d’accélérer la transition écologique du parc de taxis, en encourageant l’adoption de véhicules hybrides ou électriques. Cette orientation s’inscrit dans les engagements climatiques du Maroc et dans une volonté de présenter une offre de mobilité durable et moderne.
🌍 Un chantier structurant pour l’avenir du transport urbain
À travers ces propositions, le débat parlementaire dépasse la simple réforme technique pour poser une question plus large sur la place du transport urbain dans le modèle de développement national. Entre régulation du numérique, justice sociale, souveraineté économique et transition écologique, la réforme du secteur apparaît comme un chantier structurant, aux implications multiples pour les usagers comme pour les professionnels.
Reste désormais à savoir si ces propositions trouveront un écho favorable auprès de l’exécutif et si le consensus politique nécessaire pourra émerger pour transformer un système hérité du passé en un modèle de transport urbain moderne, équitable et durable, capable de répondre aux défis des prochaines décennies.
