Achat d’avions Su-57 russes : les États-Unis menacent l’Algérie
Les États-Unis menacent de sanctions l’Algérie après l’achat d’avions russes, invoquant la loi CAATSA et des risques géopolitiques majeurs
À l’heure où les équilibres géopolitiques mondiaux sont profondément redessinés par la guerre en Ukraine et la rivalité stratégique entre grandes puissances, l’Algérie se retrouve au cœur d’une nouvelle zone de turbulences diplomatiques. La décision d’Alger de renforcer sa coopération militaire avec la Russie, notamment à travers l’acquisition d’avions de combat de dernière génération, suscite de vives inquiétudes à Washington et pourrait ouvrir la voie à des sanctions américaines aux conséquences potentiellement lourdes.
✈️🌍 Des achats d’armement russes sous surveillance américaine
Le Département d’État américain n’exclut désormais plus ouvertement le recours au levier des sanctions contre l’Algérie en réaction à ses récents contrats d’armement conclus avec la Russie. Cette position a été clairement exprimée lors d’une audition au Sénat américain, où Robert Palladino, chef du Bureau des affaires du Proche-Orient au Département d’État, a évoqué la possibilité d’activer la loi CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act). Cette législation, adoptée en 2017, vise explicitement à dissuader les pays tiers de toute coopération militaire significative avec le secteur de la défense russe, considéré par Washington comme un pilier stratégique de Moscou.
Selon des propos relayés par l’agence russe TASS, le haut diplomate américain a qualifié la transaction algéro-russe de « préoccupante », laissant entendre que ce type d’accord pourrait franchir le seuil déclenchant des mesures punitives. Dans un contexte international marqué par un durcissement progressif de la politique américaine à l’égard des alliés de la Russie, cette déclaration marque une montée d’un cran dans le ton employé à l’égard d’Alger.
⚖️🛑 La loi CAATSA, un instrument de pression stratégique
Au cœur des préoccupations américaines figure la commande confirmée par l’Algérie, en février 2025, de chasseurs Su-57E, version export de l’avion de combat furtif de cinquième génération développé par la Russie. Interrogé par les sénateurs sur cette acquisition, Robert Palladino a rappelé que l’administration américaine restait déterminée à appliquer la loi CAATSA de manière rigoureuse. « Des transactions comme celles que vous avez décrites peuvent déclencher cette détermination », a-t-il averti, soulignant que Washington suivait l’évolution de ce dossier « de très près ».
La loi CAATSA a déjà été utilisée contre plusieurs États ayant acheté du matériel militaire russe, notamment la Turquie, membre de l’OTAN, sanctionnée après l’acquisition des systèmes de défense antiaérienne S-400. Dans ce cadre, l’achat d’avions de combat russes par l’Algérie place le pays dans une zone à haut risque diplomatique, susceptible d’affecter ses relations économiques, financières et sécuritaires avec les États-Unis.
🤝⚠️ Une relation bilatérale sous tension mais encore dialoguante
Malgré la fermeté affichée, Robert Palladino a tenu à nuancer son propos en rappelant que les États-Unis continuent de travailler « en étroite collaboration » avec le gouvernement algérien sur plusieurs dossiers d’intérêt commun. Washington et Alger coopèrent notamment sur certaines questions régionales liées à la stabilité du Sahel, à la lutte contre le terrorisme et à la sécurité énergétique.
Cependant, le diplomate américain a reconnu que le volet militaire constitue aujourd’hui un point de friction majeur dans la relation bilatérale. « C’est un exemple de situation où les États-Unis auraient un problème », a-t-il déclaré, expliquant que l’administration américaine tente, souvent par des canaux discrets et diplomatiques, d’user de son influence pour décourager ces acquisitions jugées incompatibles avec les objectifs stratégiques de Washington.
🛩️🇷🇺 L’Algérie, pilier historique du complexe militaro-industriel russe
L’Algérie entretient depuis des décennies une relation privilégiée avec l’industrie de défense russe, héritée de la période de la guerre froide. Ce partenariat a fait d’Alger l’un des principaux clients de Moscou en Afrique et dans le monde arabe. En 2024, le pays est même devenu le premier client à l’exportation du Su-57E, un symbole fort de la confiance accordée par les autorités algériennes à la technologie militaire russe.
Pour Alger, ces acquisitions répondent avant tout à une logique de souveraineté et de modernisation de ses forces armées, dans un environnement régional perçu comme instable. Néanmoins, ce choix stratégique se heurte désormais à la volonté américaine d’isoler économiquement et militairement la Russie, plaçant l’Algérie face à un dilemme diplomatique de plus en plus complexe.
🌐🔍 Un équilibre délicat entre souveraineté et pressions internationales
Alors que les États-Unis accentuent leur pression sur les partenaires de Moscou, l’Algérie devra composer avec un environnement international de plus en plus polarisé. La menace de sanctions américaines, si elle venait à se concrétiser, pourrait avoir des répercussions bien au-delà du seul secteur militaire, touchant les investissements, les échanges commerciaux et l’accès aux marchés financiers internationaux.
Dans ce contexte, la question reste ouverte : Alger maintiendra-t-elle sa ligne stratégique historique, au risque de s’exposer à des mesures coercitives, ou cherchera-t-elle à rééquilibrer progressivement ses partenariats militaires pour préserver ses marges de manœuvre diplomatiques ? L’évolution de ce dossier sera scrutée de près, tant à Washington qu’à Moscou, dans un monde où chaque contrat d’armement est devenu un acte hautement politique.
