samedi, janvier 31, 2026
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Maroc : le repos biologique des sardines fait grimper leur prix

La sardine, poisson emblématique de l’alimentation marocaine et pilier de la sécurité alimentaire nationale, se fait aujourd’hui rare sur les étals. Cette pénurie inhabituelle, qui se traduit par une flambée spectaculaire des prix, résulte du prolongement du repos biologique décidé par les autorités. Mais derrière cette tension conjoncturelle se dessine une problématique bien plus profonde, liée à la préservation de la ressource halieutique, fragilisée par la surexploitation des stocks de sardines, le changement climatique et la transformation rapide des écosystèmes marins.

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🐟 Pénurie de sardines au Maroc : une crise des marchés révélatrice d’un déséquilibre durable

Les marchés aux poissons du Royaume traversent une période de forte instabilité, marquée par une rareté inédite de la sardine au Maroc. Ce poisson populaire, longtemps considéré comme l’un des plus accessibles, voit désormais son prix atteindre, voire dépasser, les 30 dirhams le kilo, un seuil inhabituel qui suscite incompréhension et inquiétude chez les consommateurs. Cette envolée tarifaire reflète avant tout une contraction sévère de l’offre, observée aussi bien sur les marchés de gros que dans les circuits de distribution de détail.

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📉 Une offre en chute libre et une flambée mécanique des prix

Selon les informations rapportées par le quotidien Al Akhbar dans son édition du week-end des 31 janvier et 1er février, les quantités de sardines mises en vente ont fortement diminué ces dernières semaines. Cette pénurie alimente une concurrence accrue entre commerçants sur les marchés de gros, où les lots disponibles font l’objet de surenchères successives. Ce mécanisme inflationniste se répercute directement sur le consommateur final, confronté à une hausse rapide et continue des prix du poisson.

Cette tension sur les marchés n’est toutefois pas le fruit d’un dysfonctionnement logistique ou d’un aléa ponctuel. Elle découle d’une décision réglementaire assumée, inscrite dans une stratégie de gestion durable des ressources halieutiques.

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🌊 Le repos biologique, un levier de protection devenu incontournable

Depuis le 1er janvier 2026, la sardine est officiellement entrée en période de repos biologique, interdisant sa pêche dans plusieurs zones côtières du pays. Cette mesure vise à permettre aux stocks de se reconstituer durant une phase cruciale du cycle de reproduction. Initialement instaurée pour une durée de 30 à 45 jours selon les régions, cette trêve concernait l’ensemble des petits pélagiques, dont la sardine constitue l’espèce phare.

Face à l’état préoccupant des ressources, le secrétariat d’État chargé de la Pêche maritime au Maroc a toutefois décidé de renforcer le dispositif. Une décision prise le jeudi 29 janvier a prolongé le moratoire jusqu’à la mi-février dans l’une des principales zones de concentration de ces espèces. Présentée comme une mesure proactive, cette prolongation vise à enrayer l’épuisement critique des stocks de sardines, régulièrement signalé par les scientifiques et les professionnels du secteur.

🧬 Des signaux biologiques alarmants dans les zones de reproduction

La rigueur de ces décisions s’explique par plusieurs indicateurs biologiques préoccupants. Les zones de reproduction peinent à se régénérer, tandis que les débarquements observés avant l’instauration du repos biologique faisaient apparaître une proportion importante de juvéniles n’ayant pas atteint la taille légale de commercialisation. Cette situation menace directement le renouvellement naturel de l’espèce et compromet la viabilité future de la pêche à la sardine.

Les professionnels de la filière évoquent également une dégradation structurelle des pêcheries, soulignant que la situation se détériore d’année en année. Cette tendance lourde alimente un climat d’incertitude durable sur la disponibilité future de ce poisson pourtant central dans le régime alimentaire national.

🌡️ Changement climatique et réchauffement marin : une pression supplémentaire

Au-delà des pratiques de pêche, les experts pointent l’impact croissant du changement climatique sur les ressources halieutiques. Le réchauffement significatif des eaux marines perturbe les habitats traditionnels de la sardine, modifie ses zones de concentration et affecte la stabilité de la biomasse. Cette instabilité complique davantage la gestion des stocks et réduit la prévisibilité des campagnes de pêche.

Dans ce contexte, la rareté actuelle de la sardine apparaît moins comme un épisode isolé que comme le symptôme d’un déséquilibre écologique profond, appelant à une adaptation durable des politiques publiques et des pratiques professionnelles.

🕯️ Des inquiétudes croissantes à l’approche du Ramadan

À l’approche du mois de Ramadan, période traditionnellement marquée par une forte consommation de sardines au Maroc, les craintes s’intensifient quant à la persistance de cette pénurie sur les étals. La combinaison d’une demande saisonnière élevée et d’une offre volontairement restreinte pourrait accentuer la pression sur les prix et raviver les débats sur l’accessibilité des produits de la mer.

Entre impératif écologique et contraintes sociales, la crise actuelle de la sardine met en lumière l’urgence de concilier préservation des ressources marines, stabilité des marchés et protection du pouvoir d’achat, dans un environnement marin de plus en plus vulnérable.