samedi, janvier 24, 2026
NationalSociété

Écoles françaises au Maroc : vers une hausse des frais de scolarité

Frais en hausse dans les établissements français au Maroc : une charge injuste et une dégradation progressive de la qualité éducative

🎓💸 Établissements français au Maroc : la flambée des frais qui fracture la confiance 

À l’approche de la prochaine rentrée scolaire, les familles dont les enfants sont inscrits dans les établissements français au Maroc font face à une mutation financière sans précédent. Au-delà des augmentations régulières des frais de scolarité, une nouveauté cristallise les tensions : l’instauration de frais annuels d’inscription, une mesure inédite dans ce réseau. Pour de nombreux parents, ce tournant marque non seulement un alourdissement budgétaire significatif, mais aussi une remise en cause du modèle économique et de la gouvernance de l’enseignement français à l’étranger dans le Royaume.

La décision intervient dans un contexte où le réseau éducatif français est confronté à une pression financière croissante. Les autorités françaises invoquent un désengagement progressif de l’État et la nécessité de combler un déficit structurel devenu difficilement soutenable. Mais pour les familles, cette justification ne suffit pas à apaiser un sentiment grandissant d’injustice et de déséquilibre.

💶⚖️ Un transfert de charges vers les familles marocaines 

Le cœur de la contestation repose sur la nature même de ces hausses. Une part toujours plus importante du financement des écoles françaises au Maroc est désormais supportée directement par les parents. Ces contributions servent principalement à financer les pensions de retraite et les avantages sociaux des enseignants expatriés. En d’autres termes, les familles deviennent un pilier central de l’équilibre budgétaire d’un système dont la gestion échappe largement à leur contrôle.

Le point de crispation majeur réside dans l’utilisation de ces fonds. Les sommes collectées sont intégralement transférées vers la France et ne sont pas réinvesties dans les infrastructures locales, l’amélioration des équipements, le renforcement des équipes pédagogiques ou la modernisation des établissements. Des pôles importants comme Rabat–Kénitra ne tirent ainsi aucun bénéfice direct de l’effort financier consenti par les parents, ce qui nourrit un profond sentiment d’incompréhension.

🌍📚 Des frais inédits dans le paysage éducatif français 

L’instauration de frais annuels d’inscription apparaît d’autant plus choquante qu’elle ne trouve aucun équivalent ni dans l’enseignement public français, ni dans l’enseignement privé en France, ni même dans d’autres réseaux français à l’étranger comme celui de l’Office scolaire et universitaire international (OSUI). Pour beaucoup de familles, cette singularité alimente l’idée que les parents d’élèves au Maroc sont devenus une variable d’ajustement budgétaire.

À cela s’ajoute un glissement progressif de certaines charges autrefois assumées par l’État français. Des fonctions relevant de l’ambassade de France, telles que la gestion du bureau des examens ou la rémunération d’agents administratifs diplomatiques, sont désormais intégrées dans les frais de scolarité. Cette évolution renforce la perception d’un désengagement public compensé directement par les contributions parentales.

🏛️🌐 Une gouvernance perçue comme déconnectée du terrain 

Le mode de gouvernance du réseau éducatif est également vivement critiqué. Les décisions sont jugées excessivement centralisées et prises depuis Paris, sans réelle concertation avec les communautés locales. Cette gestion verticale donne l’impression que les réalités marocaines sont insuffisamment prises en compte dans les arbitrages financiers et stratégiques.

Le cas du collège Saint-Exupéry à Rabat est régulièrement cité comme emblématique de ce décalage. Initialement estimé à 6 millions d’euros, le projet de reconstruction a vu son budget tripler pour atteindre 18 millions d’euros, sans que les travaux n’aient commencé. Pendant ce temps, les élèves continuent d’évoluer dans des locaux provisoires jugés inadaptés. Pour les parents, cet exemple illustre une gestion comptable éloignée des priorités pédagogiques et du bien-être des élèves.

📉🏫 Des conséquences visibles sur la qualité de l’enseignement 

Cette politique financière commence à produire des effets concrets et préoccupants. Les établissements enregistrent une baisse progressive des effectifs, estimée à environ 3 % par an, signe que certaines familles ne parviennent plus à assumer la charge financière. Des fermetures sont annoncées, comme celle de l’école Ronsard à Rabat, ainsi que la suppression de certaines classes.

Parallèlement, des filières stratégiques disparaissent, notamment les classes préparatoires, ce qui affaiblit l’attractivité académique du réseau. La taille des classes augmente, dépassant désormais fréquemment les 28 élèves, au détriment de la qualité de l’encadrement pédagogique et du suivi individualisé.

Les parents dénoncent également une dégradation du service éducatif au quotidien. Les absences d’enseignants ne sont pas toujours remplacées, les mouvements de grève perturbent régulièrement la continuité pédagogique, et aucune compensation financière n’est prévue malgré les perturbations subies par les élèves.

🔍🤝 Une rupture du contrat de confiance avec les familles 

Pour de nombreux parents, la situation actuelle traduit une rupture profonde du contrat de confiance qui liait historiquement les familles à l’institution. Ils ont le sentiment d’être sollicités pour combler les déficits d’un système dont ils ne maîtrisent ni la stratégie, ni la gouvernance, ni la transparence financière.

Ce malaise est souvent résumé par l’idée d’une « justice à deux vitesses ». Les familles au Maroc contribuent massivement au financement d’un dispositif global, tout en subissant localement une dégradation tangible de la qualité du service. Cette combinaison nourrit un sentiment d’inéquité et fragilise l’image d’excellence traditionnellement associée à l’enseignement français à l’étranger.

🌱📈 Un modèle à repenser pour préserver l’attractivité du réseau 

Au-delà de la polémique, cette crise pose la question de la soutenabilité du modèle économique des établissements français au Maroc. Si les hausses de frais de scolarité se poursuivent sans amélioration visible des infrastructures et des conditions d’enseignement, le risque est réel de voir ce réseau perdre progressivement son attractivité auprès des familles marocaines et étrangères.

Pour de nombreux observateurs, une réforme de fond apparaît indispensable. Elle devrait reposer sur davantage de transparence financière, une meilleure concertation avec les parents et une réorientation partielle des ressources vers les établissements locaux. Sans cela, la dynamique actuelle pourrait transformer un réseau historiquement prestigieux en un système perçu comme coûteux, inéquitable et déconnecté des réalités de terrain.