Maroc : vers une amélioration modérée du niveau de vie en 2026
Dans un contexte international encore marqué par les incertitudes géopolitiques, la volatilité des marchés et les tensions inflationnistes résiduelles, l’année 2026 pourrait néanmoins ouvrir une parenthèse légèrement plus favorable pour l’économie marocaine. Selon plusieurs indicateurs macroéconomiques et les projections d’analystes nationaux, le Royaume pourrait renouer avec une dynamique de croissance plus soutenue, susceptible d’améliorer, de manière graduelle, les conditions de vie d’une partie de la population. Un optimisme prudent domine toutefois les analyses, tant les fragilités structurelles demeurent présentes.
📈 Une croissance au-dessus de 5 % pour relancer l’économie marocaine
L’économiste Abdelghani Youmni anticipe pour 2026 une croissance économique avoisinant 5,1 %, un niveau qui marquerait une nette accélération par rapport aux exercices précédents. Dans un entretien accordé au magazine Challenge, il souligne que cette progression serait portée par une reprise sectorielle plus large, combinant agriculture, exportations dynamiques et investissements publics massifs. Cette trajectoire positive pourrait se traduire par une amélioration modérée du pouvoir d’achat et un reflux progressif du chômage, même si les effets ne seront ni immédiats ni uniformément répartis.
Dans ce scénario, le déficit budgétaire devrait rester contenu autour de 3,9 % du PIB, soutenu par une meilleure discipline des finances publiques et par la stabilisation des prix de l’énergie. Une performance notable dans un environnement mondial encore fragile, où les équilibres macroéconomiques restent sous pression.
🌾 L’agriculture, pilier central du scénario optimiste
Le facteur agricole s’impose une nouvelle fois comme un levier déterminant. Une campagne agricole favorable, soutenue par une pluviométrie adéquate, pourrait à elle seule ajouter 1,5 point de croissance, soit près de 24 milliards de dirhams de valeur supplémentaire. Cet apport bénéficierait en priorité aux zones rurales, où l’agriculture reste un moteur essentiel des revenus et de la consommation locale.
Cette dynamique serait renforcée par la bonne tenue de filières exportatrices stratégiques, notamment les engrais, l’industrie automobile, l’aéronautique, ainsi que par la montée en puissance du tourisme, stimulé par les grands chantiers d’infrastructures engagés en perspective de la Coupe du monde 2030. À cela s’ajoutent des investissements publics estimés à 380 milliards de dirhams, capables de générer près d’un point de croissance supplémentaire par effet d’entraînement sur l’ensemble de l’économie.
⚖️ Des fragilités persistantes malgré la reprise
Derrière ces perspectives encourageantes, plusieurs vulnérabilités continuent de peser lourdement. Le marché immobilier résidentiel, par exemple, demeure contraint par le coût élevé du foncier et par des niveaux de revenus encore insuffisants pour une large frange des ménages urbains. La dette publique, qui pourrait dépasser 70 % du PIB, limite par ailleurs les marges de manœuvre budgétaires et renchérit le coût de son financement sur les marchés.
Abdelghani Youmni rappelle que la croissance attendue ne profitera pas immédiatement à l’ensemble des Marocains. Toutefois, il estime que l’effet de ruissellement, bien que progressif, finira par toucher une part significative de la population, notamment dans le monde rural, où une bonne saison agricole agit directement sur les revenus, la consommation et la stabilité des prix alimentaires.
🏥📚 Réformes sociales : entre ambitions budgétaires et risques d’inégalités
Sur le plan social, les budgets alloués à la santé et à l’éducation poursuivent leur trajectoire haussière, atteignant respectivement 42,4 milliards et 97,1 milliards de dirhams. Ces enveloppes traduisent une volonté politique de renforcer l’État social, mais leur financement reste fragile. « Il repose encore largement sur les cotisations des salariés formels et sur le budget général », prévient Youmni, soulignant qu’un ralentissement de la croissance ou une dérive de la dette pourrait rapidement fragiliser ces équilibres.
Le risque, selon lui, est l’émergence d’un système à deux vitesses, où un secteur public sous pression cohabiterait avec un privé performant mais accessible principalement aux ménages les plus aisés, accentuant ainsi les inégalités sociales.
🧭 Confiance politique et réformes structurelles, les clés de la durabilité
Au-delà des chiffres, la confiance politique demeure un enjeu central. Pour Abdelghani Youmni, le paysage politique marocain semble davantage orienté vers un réajustement des équilibres internes qu’un véritable saut qualitatif économique. Or, la consolidation de la croissance passe, selon lui, par des réformes structurelles profondes, notamment dans la formation professionnelle et le développement de secteurs à forte valeur ajoutée comme la robotique, les drones ou la data.
Il pointe également une orientation fiscale et bancaire encore trop favorable aux rendements rapides, au détriment de la prise de risque, de l’innovation et de l’investissement productif à long terme, pourtant indispensables pour ancrer durablement la croissance.
🔎 Une embellie possible, mais fragile et inégalement répartie
En définitive, 2026 pourrait marquer une amélioration progressive mais prudente du niveau de vie au Maroc. La croissance attendue est susceptible de soutenir les revenus ruraux et une partie des classes moyennes, tout en renforçant certains secteurs clés de l’économie. Toutefois, la soutenabilité de cette trajectoire dépendra étroitement de la maîtrise de la dette, du financement des réformes sociales et de la capacité des pouvoirs publics à restaurer durablement la confiance économique et politique.
