jeudi, janvier 8, 2026
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Maroc : il faut augmenter la capacité hôtelière de Marrakech

Portée par une conjonction d’événements d’ampleur mondiale, la capitale touristique du Maroc traverse une phase inédite de sur-fréquentation. Entre euphorie économique et signaux d’alerte structurels, Marrakech se retrouve face à un paradoxe : son succès fulgurant met désormais à l’épreuve ses capacités d’accueil.

🌍 Marrakech face à son succès : quand l’attractivité touristique frôle la saturation

La fin d’année 2025 restera comme un tournant pour Marrakech, devenue l’épicentre d’une effervescence touristique sans précédent. La simultanéité des fêtes de fin d’année, de l’ouverture de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) et d’une série d’événements privés de haut niveau a propulsé la ville ocre dans une dynamique d’affluence record. Si les professionnels du tourisme saluent une performance exceptionnelle en termes de fréquentation et de recettes, les acteurs du secteur alertent désormais sur une réalité plus préoccupante : la capacité hôtelière de Marrakech atteint ses limites.

🏨 Une ville pleine à craquer, des hôtels saturés

En l’absence de statistiques officielles définitives, les indicateurs de terrain convergent tous vers le même constat. Durant le mois de décembre, Marrakech a affiché complet. Les 275 hôtels classés que compte la ville ont enregistré des taux d’occupation proches, voire égaux, à 100 %, sur plusieurs semaines consécutives. À cette pression structurelle se sont ajoutés des facteurs conjoncturels puissants, comme la présence de célébrités internationales, à l’image de Madonna, et l’arrivée massive de supporters africains venus accompagner leurs sélections nationales dans le cadre de la CAN.

La ville, habituée aux pics saisonniers, s’est retrouvée confrontée à une demande excédant largement son offre d’hébergement traditionnelle, révélant les fragilités d’un modèle longtemps considéré comme robuste.

📈 2025, une année historique pour le tourisme marrakchi

Selon les projections du Conseil régional du tourisme (CRT), Marrakech devrait clôturer l’année 2025 avec un total dépassant les 5 millions de visiteurs, un seuil symbolique qui confirme son statut de locomotive du tourisme marocain. Cette progression spectaculaire, soutenue par le retour en force des marchés européens, l’essor du tourisme africain et la montée en gamme de la destination, exerce néanmoins une pression inédite sur les infrastructures existantes.

Face à cet afflux massif, de nombreux voyageurs ont dû composer avec une réalité frustrante : l’indisponibilité de chambres d’hôtel, y compris dans des établissements haut de gamme habituellement plus flexibles en matière de capacité.

🏠 Hébergement informel : un amortisseur inattendu

Dans ce contexte tendu, un acteur longtemps décrié s’est imposé comme une solution de secours déterminante. Les locations de courte durée, notamment via des plateformes de type Airbnb, ont permis d’absorber une part importante de la demande excédentaire. Appartements, riads non classés et résidences privées ont accueilli touristes et supporters, évitant à la destination un engorgement total.

Souvent accusé de concurrence déloyale par les hôteliers, l’hébergement informel a, cette fois-ci, joué un rôle d’amortisseur conjoncturel, sans lequel Marrakech aurait été contrainte de refuser des milliers de visiteurs. Un paradoxe qui relance le débat sur la régulation, mais aussi sur la complémentarité entre les différentes formes d’hébergement.

🚨 L’alerte des professionnels : investir ou perdre du terrain

Pour la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH), cet épisode agit comme un révélateur. La saturation observée en décembre 2025 n’est pas un accident isolé, mais le signe avant-coureur d’un déséquilibre structurel entre l’offre et une demande mondiale en constante augmentation. Marrakech, estiment les professionnels, ne peut plus se contenter de son parc hôtelier actuel si elle ambitionne de maintenir son rang sur la scène touristique internationale.

La comparaison avec des destinations concurrentes comme Dubaï revient régulièrement dans les discussions. Sans un effort massif en matière de création de nouveaux hôtels, aussi bien dans le luxe que dans le milieu de gamme, la ville ocre risque de voir son attractivité se retourner contre elle.

🏗️ Un enjeu stratégique pour l’avenir de la destination

Au-delà de l’euphorie des chiffres, Marrakech se trouve aujourd’hui à un carrefour stratégique. Continuer à séduire sans saturer suppose une vision claire, des investissements soutenus et une planification urbaine capable d’accompagner la croissance touristique. À défaut, la destination pourrait être confrontée à un scénario redouté : refuser des visiteurs, dégrader l’expérience client et, à terme, céder des parts de marché à des villes mieux préparées.

Le message des professionnels est sans ambiguïté : le succès de Marrakech appelle désormais une réponse structurelle. Construire, moderniser et diversifier l’offre d’hébergement n’est plus une option, mais une condition essentielle pour que la ville ocre continue de briller sans se consumer sous le poids de son propre rayonnement.