mercredi, janvier 7, 2026
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(Vidéo) Cyberattaques: le Maroc 3ème pays le plus ciblé en Afrique

Face à la montée en puissance des menaces numériques sur le continent africain, le Maroc se retrouve désormais en première ligne. Classé troisième pays le plus ciblé par les cyberattaques en Afrique, le Royaume accélère la mise en place d’un cadre juridique et institutionnel inédit pour protéger ses infrastructures, ses données sensibles et ses citoyens, dans un contexte mondial marqué par l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle et des attaques coordonnées à grande échelle.

🔐 Cyberattaques en Afrique : le Maroc sous pression numérique croissante

🌍 Le Maroc parmi les pays africains les plus visés

Après l’Égypte et l’Afrique du Sud, le Maroc figure aujourd’hui parmi les États africains les plus ciblés par les cyberattaques, selon plusieurs rapports internationaux, dont le très suivi Microsoft Digital Defense Report 2025. Cette position préoccupante reflète à la fois le niveau de digitalisation du pays et son exposition accrue aux menaces cybernétiques mondiales.

Avec 26 cyberattaques recensées en une seule année, le Maroc devance plusieurs économies africaines majeures comme l’Éthiopie, l’Angola ou encore le Nigeria. Ces attaques, souvent sophistiquées et transnationales, visent en priorité les données sensibles, les systèmes publics et les infrastructures numériques stratégiques, révélant la vulnérabilité croissante des États engagés dans une transition digitale accélérée.

🏛️ Une réponse institutionnelle coordonnée face à la menace

Invitée sur les ondes de Radio 2M, dans l’émission Faites entrer l’invité, la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, a dressé un état des lieux sans détour. Elle a souligné que la lutte contre les cyberattaques ne peut plus se limiter à des réponses techniques ponctuelles, mais nécessite une approche globale, intégrant sécurité, gouvernance et législation.

Dans ce contexte, l’élaboration de la loi-cadre Digital X.0, annoncée en octobre 2025, s’impose comme un tournant stratégique. Ce texte vise à structurer la souveraineté numérique du Maroc, à encadrer les usages de l’intelligence artificielle et à renforcer la protection des données à caractère personnel, en parfaite cohérence avec la stratégie Maroc Digital 2030.

⚖️ Digital X.0 : vers un bouclier juridique et technologique

La loi Digital X.0 se distingue par son approche transversale. Elle ne se contente pas de renforcer la cybersécurité, mais ambitionne aussi de mettre en conformité l’ensemble des services numériques publics et privés avec des normes strictes de protection des données et de prévention des intrusions.

Selon la ministre, ce cadre législatif a été co-construit avec plusieurs institutions clés, dont la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI) relevant de l’Administration de la défense nationale, la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP) et l’Agence de développement du digital (ADD). Cette coordination interinstitutionnelle illustre la volonté de l’État de bâtir une défense numérique intégrée et réactive.

🚨 Le choc CNSS et l’urgence de la protection des données

Les débats autour de la cybersécurité ont été ravivés par les fuites de données ayant touché la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) en avril 2025. Cet épisode a mis en lumière la vulnérabilité de certaines plateformes publiques face aux cybermenaces et a servi d’électrochoc pour accélérer les réformes en cours.

Depuis cet incident, aucune attaque d’ampleur comparable n’a été enregistrée, un résultat que la ministre attribue au travail de fond mené par la DGSSI, saluée pour son efficacité dans la détection et la neutralisation des tentatives d’intrusion. Mais dans un environnement numérique en constante évolution, la vigilance reste de mise.

🤖 Intelligence artificielle : entre opportunités et menaces

Au cœur des préoccupations figure désormais l’usage détourné de l’intelligence artificielle générative. Amal El Fallah Seghrouchni distingue clairement entre une IA éthique, qu’elle qualifie d’« IA bleue », au service de l’innovation et de la sécurité, et une IA rouge, exploitée pour amplifier les cyberattaques, la désinformation et les intrusions coordonnées.

Les cybercriminels utilisent désormais l’IA pour produire des contenus trompeurs d’un réalisme saisissant, capables d’influencer l’opinion publique, de piéger les utilisateurs et même de perturber les modèles d’IA eux-mêmes. Un phénomène que le rapport de Microsoft confirme, en indiquant que 37 % des attaques visaient des données sensibles, tandis que 33 % relevaient de tentatives d’extorsion et 19 % cherchaient à perturber les systèmes informatiques.

🧠 Désinformation et cyberattaques : un risque pour les démocraties

Au-delà de l’impact économique et technologique, la ministre alerte sur le danger démocratique que représentent les cyberattaques coordonnées et les campagnes de fake news pilotées à l’échelle mondiale. « Elles viennent de partout dans le monde et sont encore plus dangereuses pour les démocraties aujourd’hui », a-t-elle averti.

Cette analyse rejoint celle des experts internationaux, qui considèrent désormais la cybersécurité comme un pilier essentiel de la sécurité nationale. Pour le Maroc, l’enjeu est double : protéger ses systèmes numériques tout en garantissant la confiance des citoyens dans les services en ligne et les institutions publiques.

Dans ce contexte tendu, le Royaume semble avoir pris la mesure du défi. Entre arsenal juridique renforcé, coopération institutionnelle et stratégie numérique ambitieuse, le Maroc tente de transformer une exposition accrue aux cybermenaces en levier de résilience et de souveraineté numérique durable.