La question de la construction du tunnel du Tichka se pose encore
À chaque hiver, le col du Tichka rappelle brutalement sa vulnérabilité structurelle et son statut de maillon fragile dans l’architecture routière du Royaume. Unique passage reliant le centre du Maroc aux régions du Sud-Est, cet axe stratégique devient, au fil des intempéries, un symbole d’isolement, de précarité économique et d’abandon ressenti par les populations locales. Les coupures répétées, causées par les éboulements rocheux et les fortes chutes de neige, ravivent une revendication devenue centrale : la construction urgente du tunnel du Tichka, présenté comme la seule solution durable pour sécuriser la mobilité, désenclaver les territoires et garantir la continuité territoriale.
🏔️ Le col du Tichka, une artère vitale devenue talon d’Achille
Le col du Tichka constitue depuis des décennies la principale voie de communication entre Marrakech et Ouarzazate, et au-delà, vers Zagora, Tinghir et l’ensemble du Sud-Est marocain. Cette route nationale numéro 9 n’est pas seulement un axe de transit ; elle est un pilier de l’activité économique, touristique, commerciale et sociale de toute une région. Chaque interruption de trafic entraîne des répercussions directes sur l’approvisionnement des marchés, la circulation des personnes, la logistique des entreprises et même l’accès aux soins et aux services publics.
Pourtant, cette artère stratégique demeure exposée à une fragilité chronique. Les reliefs escarpés, l’instabilité géologique et les conditions climatiques rigoureuses transforment la route en zone à risque permanent. Les éboulements de roches, parfois massifs, et les accumulations de neige rendent régulièrement la circulation impossible, soulignant l’urgence d’une alternative structurelle à ce corridor montagneux.
🌨️ Des perturbations hivernales qui ravivent la colère
Les derniers épisodes d’intempéries ont une nouvelle fois mis en lumière l’ampleur du problème. De violentes chutes de neige et d’importants glissements de terrain ont provoqué des coupures prolongées de la circulation, paralysant totalement l’axe Marrakech–Ouarzazate. Des barrières mobiles ont dû être installées dans plusieurs points stratégiques, notamment à Taddart, Touama et Aït Ourir, en coordination avec les autorités des provinces d’El Haouz et de Ouarzazate, afin de sécuriser les usagers.
Sur les réseaux sociaux et dans les médias régionaux, les images de véhicules immobilisés, de routes bloquées par des amas de pierres et de files d’attente interminables ont suscité une vague d’indignation. Pour de nombreux habitants du Sud-Est, ces scènes ne sont plus perçues comme des incidents exceptionnels, mais comme une fatalité répétitive, symbole d’une gestion provisoire incapable de répondre à un problème structurel ancien.
📢 Une mobilisation citoyenne numérique sans précédent
Face à cette situation, la mobilisation s’est amplifiée dans l’espace numérique. Les communautés originaires de Zagora, Ouarzazate, Tinghir et Errachidia ont investi massivement les réseaux sociaux pour réclamer la concrétisation rapide du projet du tunnel du Tichka. Vidéos, témoignages et messages d’alerte circulent largement, dénonçant l’inefficacité des réparations temporaires et appelant à une réponse stratégique à long terme.
Ce mouvement citoyen traduit un ras-le-bol généralisé. Les populations locales estiment que l’isolement routier répété entrave leur développement économique, freine l’investissement, affaiblit l’attractivité touristique et compromet l’égalité territoriale. Le tunnel apparaît dès lors comme une infrastructure de justice spatiale, capable de rééquilibrer les chances de développement entre le centre du Royaume et ses régions intérieures.
🏗️ Le tunnel du Tichka, une solution structurelle attendue
Le tunnel du Tichka est perçu comme un projet structurant majeur, capable de sécuriser durablement la liaison entre Marrakech et le Sud-Est. En contournant les zones les plus instables du col, cette infrastructure permettrait d’assurer une circulation continue toute l’année, indépendamment des conditions climatiques. Elle réduirait les risques d’accidents, raccourcirait les délais de transport et renforcerait la compétitivité logistique de l’ensemble de la région.
Au-delà de sa dimension technique, le tunnel porte une forte charge symbolique. Il incarne l’engagement de l’État à rompre avec la logique de l’urgence permanente pour entrer dans celle de l’anticipation et de la planification stratégique des infrastructures.
🏛️ Des engagements officiels encore insuffisants aux yeux des citoyens
Intervenant récemment devant le Parlement, le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a confirmé que le projet du tunnel reliant Ourika à Ouarzazate existe bel et bien et qu’il s’inscrit dans le cadre des Hautes Orientations Royales. Il a annoncé que des études géophysiques approfondies seront prochainement confiées à une entreprise spécialisée, après le retrait de plusieurs sociétés précédemment pressenties.
Cette déclaration, bien qu’importante sur le plan institutionnel, n’a toutefois pas dissipé l’impatience des citoyens. Pour beaucoup, elle reste insuffisante tant que les travaux n’ont pas été concrètement lancés. Les annonces d’études successives sont perçues comme un prolongement de l’attentisme, alors que la situation sur le terrain continue de se dégrader.
⚖️ La pression politique s’intensifie au Parlement
La question du tunnel du Tichka a également pris une dimension politique croissante. Lors de la séance parlementaire du 26 janvier, le député de la circonscription de Zagora, Abderrahim Chahid, a exprimé une vive critique face aux retards accumulés. Il a qualifié la situation d’« inadmissible », soulignant que les populations du Sud-Est subissent depuis trop longtemps les conséquences d’un enclavement chronique.
Selon lui, invoquer la nécessité permanente d’études techniques ne saurait justifier l’absence d’avancées concrètes, alors que l’impact économique, social et humain des fermetures répétées est déjà largement documenté. Cette prise de position illustre la montée de la pression politique autour de ce dossier devenu emblématique de la problématique de l’équité territoriale au Maroc.
🌍 Un enjeu de développement et de cohésion territoriale
La construction du tunnel du Tichka dépasse largement la simple question de la sécurité routière. Elle touche au cœur du modèle de développement régional. Un Sud-Est mieux connecté signifie une agriculture plus compétitive, un tourisme plus résilient, une circulation fluide des investissements et une meilleure intégration économique au reste du pays.
Dans cette perspective, le tunnel est perçu comme une infrastructure de transformation, capable de modifier durablement la géographie économique du Royaume. Son absence prolongée, à l’inverse, entretient une vulnérabilité structurelle qui fragilise l’ensemble de l’écosystème régional.
🔎 Entre urgence sociale et responsabilité stratégique
Le débat autour du col du Tichka révèle une tension de fond entre la gestion de l’urgence et la planification stratégique. Chaque fermeture de la route rappelle l’insuffisance des solutions provisoires et renforce l’idée que seule une décision politique forte permettra de sortir de ce cycle répétitif de crise.
Dans l’opinion publique, la construction du tunnel est désormais perçue non comme une option, mais comme une nécessité nationale. Elle est devenue un indicateur de la capacité de l’État à répondre aux attentes légitimes des territoires éloignés des grands centres urbains.
