mercredi, janvier 14, 2026
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CAN 2025 : le Maroc accusé par l’Algérie après son élimination

L’élimination de l’Algérie en quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 face au Nigeria n’a pas seulement mis fin au parcours des Fennecs. Elle a surtout ravivé une tension politico-médiatique persistante avec le Maroc, accusé par plusieurs médias et responsables algériens d’avoir influencé les coulisses du tournoi. Une narration complotiste qui s’installe malgré une réalité sportive difficilement contestable sur le terrain.

⚽ Une défaite sportive transformée en polémique politique

Dès le coup de sifflet final scellant la victoire du Nigeria (2-0), la lecture sportive du match a rapidement laissé place à une lecture géopolitique sur plusieurs plateaux de télévision algériens. Dans un scénario désormais familier, le Maroc a été désigné comme le responsable indirect de l’élimination algérienne, accusé de peser sur les décisions de la Confédération africaine de football (CAF) et sur l’arbitrage.

Selon cette rhétorique, l’arbitre sénégalais Issa Sy aurait été l’un des rouages d’un dispositif destiné à empêcher l’Algérie d’accéder au dernier carré afin de ne pas contrarier la trajectoire supposée du Maroc, présenté par certains commentateurs comme « programmé pour remporter la CAN 2025 ». Une théorie qui s’est propagée à grande vitesse, relayée par des émissions de débat et amplifiée sur les réseaux sociaux.

📺 Médias algériens et récits de conspiration

Dans l’espace médiatique algérien, l’élimination a souvent été analysée moins sous l’angle du jeu que sous celui des arrangements en coulisses. La thèse d’une « CAN verrouillée » a ainsi émergé, nourrie par une défiance structurelle envers les instances africaines et par une rivalité régionale ancienne avec le Maroc.

Ce discours s’inscrit dans une continuité. Déjà lors de l’échec de l’Algérie dans la course à la Coupe du monde 2022, certains médias avaient accusé le Royaume d’avoir influencé l’arbitrage du match décisif contre le Cameroun. À chaque revers majeur, le même schéma narratif refait surface, installant l’idée d’un adversaire invisible mais omniprésent.

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🏛️ Quand la classe politique s’en mêle

La polémique a rapidement quitté les studios de télévision pour atteindre la sphère politique. Le ministre algérien de la Communication, Zoheir Bouamama, a publié un message ambigu sur les réseaux sociaux, appelant au soutien de l’équipe nationale tout en évoquant des pratiques « honteuses » ayant, selon lui, terni le football africain et ses valeurs.

Dans le même registre, Mounir Boudin, chef du Rassemblement national démocratique, a évoqué publiquement de « graves violations » dans l’arbitrage et l’organisation de la CAN au Maroc. Il a affirmé que ces dérives avaient suscité une indignation dans plusieurs pays africains, citant des vidéos de supporters étrangers dénonçant une compétition jugée inéquitable.

Ces prises de position contribuent à institutionnaliser le soupçon, transformant un débat sportif en enjeu diplomatique implicite, au risque d’envenimer davantage les relations entre Alger et Rabat.

📊 La réalité du terrain contredit le discours

Pourtant, les faits sportifs sont sans appel. Le Nigeria a très largement dominé la rencontre, tant sur le plan tactique que physique. Les Super Eagles ont monopolisé le ballon avec 68 % de possession, imposant leur rythme et neutralisant les initiatives algériennes. L’Algérie, de son côté, n’a cadré aucune frappe, ne tentant que trois tirs au total hors cadre, dont le premier très tardivement à la 80ᵉ minute.

Ces statistiques illustrent un déséquilibre clair, difficilement compatible avec l’idée d’un match volé ou manipulé. Une analyse que plusieurs joueurs algériens eux-mêmes n’ont pas contestée.

🧠 Les joueurs algériens privilégient l’autocritique

À rebours du discours dominant dans certains cercles politiques et médiatiques, le capitaine Riyad Mahrez a adopté une posture mesurée. Refusant de faire de l’arbitre un bouc émissaire, il a rappelé que le résultat était avant tout la conséquence de ce qui s’était passé sur le terrain, reconnaissant implicitement la supériorité nigériane.

Le milieu Ramiz Zerrouki a également admis que l’équipe n’avait pas livré la prestation attendue, tandis que le défenseur Rayan Aït-Nouri a souligné la difficulté du match face à un adversaire solide et mieux préparé. Des déclarations qui contrastent fortement avec la virulence des accusations politiques.

🌍 Une rivalité régionale qui dépasse le football

Cette séquence illustre une nouvelle fois comment le football, en Afrique du Nord, dépasse le cadre sportif pour devenir un révélateur des tensions régionales. Le Maroc, pays hôte de la CAN 2025 et candidat affirmé à la victoire finale, cristallise frustrations et soupçons, souvent au détriment d’une analyse objective des performances.

Les propos passés du président algérien Abdelmadjid Tebboune, évoquant des « complots internes et externes » visant l’équipe nationale, ont contribué à ancrer cette perception dans l’opinion publique. Le Maroc y est régulièrement cité en filigrane comme l’acteur central de ces manœuvres supposées.

🔎 Entre sport, émotions et instrumentalisation

Au final, l’élimination de l’Algérie face au Nigeria apparaît comme un cas d’école de politisation du sport. Là où les chiffres, le jeu et les déclarations des joueurs plaident pour une défaite sportive logique, une partie du discours officiel préfère invoquer des forces occultes et des rivalités géopolitiques.

Une stratégie qui, si elle permet de détourner momentanément l’attention des failles sportives, pose la question de l’impact à long terme sur la crédibilité du football africain et sur la capacité des nations du continent à accepter la loi du terrain et la défaite. Une illustration parfaite de la frustration et du DZarroi.