mercredi, février 11, 2026
Faits diversNationalSociété

Maroc : 50 entreprises non payées pour la rénovation d’un palais

Scandale d’impayés à Tanger : 50 entreprises marocaines privées de 5 millions $ pour la rénovation d’un palais saoudien

Au Maroc, la rénovation d’un palais lié à un prince saoudien à Tanger se transforme en affaire sensible mêlant impayés massifs, sous-traitance internationale et accusations de violations des droits des travailleurs. Selon l’organisation Human Rights Watch, au moins cinquante entreprises marocaines et des centaines de salariés n’auraient pas été rémunérés pour des travaux estimés à plus de 5 millions de dollars. Entre responsabilités floues, paiements partiels et tensions contractuelles, ce dossier soulève des questions majeures sur la protection des sous-traitants et la régulation des grands chantiers transnationaux.

🏗️ Un chantier de prestige au cœur de la controverse
Le projet concerné porte sur la rénovation d’un palais à Tanger appartenant au prince saoudien Turki bin Mohammed bin Fahd bin Abdulaziz Al Saud, ministre d’État et membre du Cabinet saoudien, également parent du prince héritier Mohammed ben Salmane. En 2023, le bureau du prince aurait mandaté deux entreprises saoudiennes, Modern Building Leaders Company et Innovative Facilities and Services Management Company (IFAS), pour conduire les travaux.

Ces deux sociétés auraient ensuite confié l’exécution du chantier à un réseau de sous-traitants locaux. Selon les informations rendues publiques, au moins cinquante entreprises marocaines auraient participé aux travaux de rénovation du palais. La mécanique contractuelle, classique dans les grands projets immobiliers internationaux, repose sur une chaîne de responsabilités qui, dans ce cas précis, semble aujourd’hui au cœur du litige.

💰 Des impayés estimés à plus de 5 millions de dollars
D’après Human Rights Watch, les entreprises marocaines concernées n’auraient reçu aucun règlement depuis octobre 2024 pour des prestations couvrant la main-d’œuvre, les marchandises achetées et les services fournis. Le montant total des impayés liés au chantier du palais à Tanger est estimé à plus de 5 millions de dollars américains.

Les représentants des sociétés marocaines affirment avoir multiplié les démarches pour obtenir le paiement de leurs créances. Malgré des promesses répétées, ni les deux entreprises saoudiennes mandatées, ni les responsables liés au palais n’auraient procédé au règlement intégral des sommes dues. L’identité précise des entités juridiquement responsables de ces dettes demeure toutefois incertaine, ce qui complexifie toute procédure de recouvrement.

Human Rights Watch précise ne pas avoir été en mesure de vérifier de manière indépendante l’exactitude des montants avancés. L’organisation indique néanmoins avoir examiné des documents et mené des entretiens attestant de paiements partiels effectués en janvier, avril et mai à certains sous-traitants. Ces versements fragmentaires n’auraient toutefois pas permis de résorber la totalité des arriérés.

👷‍♂️ Des centaines de travailleurs fragilisés
Au-delà des entreprises concernées, ce sont des centaines de salariés marocains qui se retrouveraient directement affectés. Dans les projets de rénovation immobilière de grande envergure, les flux de trésorerie conditionnent le versement des salaires, le paiement des fournisseurs et la stabilité économique des structures impliquées. L’absence de règlement prolongée peut ainsi entraîner des tensions sociales, des retards de paiement de salaires et, dans certains cas, un risque d’effondrement financier pour les petites et moyennes entreprises.

Michael Page, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch, a dénoncé une situation qu’il qualifie d’« inconcevable ». Selon lui, il est inacceptable que deux entreprises saoudiennes impliquées dans un projet de palais luxueux placent des sociétés marocaines et leurs travailleurs « au bord de l’effondrement économique ». Il évoque un « mépris total des droits de centaines de travailleurs à recevoir leur salaire », pointant également des pratiques contractuelles jugées injustes.

🌍 Une affaire aux implications juridiques et diplomatiques
Le dossier des entreprises marocaines impayées à Tanger dépasse le simple différend commercial. Il met en lumière les fragilités inhérentes aux chaînes de sous-traitance transnationales, en particulier lorsque des acteurs privés de différents pays interviennent dans un projet à forte dimension symbolique et financière.

La question centrale porte sur la détermination des responsabilités juridiques. Dans ce type de configuration, la relation contractuelle directe lie généralement les sous-traitants aux entreprises principales, ici les deux sociétés saoudiennes mandatées. Toutefois, l’intervention d’un bureau princier et l’ampleur du chantier introduisent une dimension politique et diplomatique susceptible d’influencer la gestion du litige.

L’impossibilité, à ce stade, d’identifier clairement l’entité responsable des impayés dans la rénovation du palais du prince saoudien alimente l’incertitude. Cette opacité complique les démarches judiciaires éventuelles et renforce le sentiment d’asymétrie entre les sous-traitants locaux et les donneurs d’ordre internationaux.

⚖️ Droits des travailleurs et pratiques contractuelles
L’intervention de Human Rights Watch confère à l’affaire une portée plus large en la plaçant sur le terrain des droits humains et des normes du travail. L’organisation insiste sur le droit fondamental des travailleurs à percevoir leur rémunération pour le travail accompli. Elle souligne également la nécessité d’examiner les pratiques contractuelles mises en œuvre dans ce chantier, notamment en matière de garanties de paiement et de mécanismes de protection des sous-traitants.

Dans un contexte où les grands projets immobiliers impliquent souvent des montages complexes, la question de la responsabilité en cas de défaut de paiement constitue un enjeu structurant. Les situations d’impayés dans les chantiers internationaux peuvent révéler des failles dans la gouvernance contractuelle, la supervision financière et les mécanismes de règlement des différends.

🔎 Une affaire emblématique des risques de la sous-traitance internationale
Le cas du palais à Tanger illustre les risques auxquels sont exposées les entreprises locales lorsqu’elles interviennent dans des projets financés ou pilotés par des acteurs étrangers. La dépendance à un nombre restreint de donneurs d’ordre, la difficulté d’accès aux voies de recours et l’opacité des circuits décisionnels peuvent transformer un contrat prometteur en crise financière majeure.

À ce stade, les éléments rendus publics reposent essentiellement sur les déclarations des entreprises concernées et sur les investigations de Human Rights Watch, qui reconnaît ne pas avoir pu confirmer de manière indépendante l’ensemble des montants évoqués. Les paiements partiels signalés montrent que des flux financiers ont existé, sans pour autant résoudre le différend principal.

L’évolution de cette affaire sera scrutée tant par les milieux économiques que par les organisations de défense des droits humains. Au-delà du cas spécifique de la rénovation du palais à Tanger, elle pose la question plus large de la sécurisation des paiements, de la transparence contractuelle et de la protection effective des travailleurs dans les grands projets transnationaux impliquant des intérêts privés de haut niveau. Dans un environnement économique mondialisé, la capacité des systèmes juridiques à garantir le respect des engagements financiers demeure un test décisif de crédibilité et d’équité.