Finale CAN : la commission disciplinaire de la CAF va statuer mardi
La finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal, qui devait être l’apothéose d’un tournoi salué pour son organisation et sa qualité sportive, s’est transformée en un dossier disciplinaire majeur pour la Confédération africaine de football (CAF). Entre incidents de terrain, polémiques médiatiques et accusations institutionnelles, l’affaire dépasse désormais le simple cadre sportif. Le report de la réunion de la commission de discipline, à la demande de la Fédération sénégalaise de football, illustre l’extrême sensibilité de ce dossier, dont l’issue pourrait peser durablement sur la crédibilité du football africain et sur l’autorité de ses instances dirigeantes.
⚖️ La commission de discipline de la Confédération africaine de football sous pression maximale
La commission de discipline de la Confédération africaine de football devait initialement se réunir dimanche afin d’examiner les incidents survenus lors de la finale Maroc–Sénégal. Cette rencontre était attendue comme un moment clé pour clarifier les responsabilités et établir un cadre juridique aux événements qui ont marqué la rencontre. Toutefois, selon plusieurs sources internes à l’instance continentale, la réunion a été officiellement reportée à mardi 27 janvier, à la demande expresse de la Fédération sénégalaise de football (FSF), qui souhaitait disposer d’un délai supplémentaire pour consolider son dossier de défense et préparer ses arguments.
Ce report, loin d’être anodin, témoigne de la complexité du dossier et de la volonté de la Confédération africaine de football de respecter scrupuleusement les droits procéduraux de chaque partie. Dans un contexte où la moindre décision sera scrutée à la loupe par les médias, les supporters et les fédérations nationales, l’instance continentale sait qu’elle joue une partie de sa crédibilité institutionnelle.
🧭 Neutralité institutionnelle et gestion du conflit d’intérêts
Parallèlement à ce report, une décision procédurale importante a été actée : Ousmane Kane, président sénégalais de la commission de discipline de la Confédération africaine de football, a été temporairement écarté de l’examen de cette affaire. Cette mesure s’inscrit dans les mécanismes classiques de gouvernance sportive, destinés à éviter toute suspicion de conflit d’intérêts lorsqu’un dossier concerne directement le pays d’origine d’un responsable.
La Confédération africaine de football a tenu à rappeler qu’il ne s’agit en aucun cas d’une sanction personnelle, mais d’une application stricte des protocoles internes visant à garantir la neutralité, l’impartialité et la transparence du processus disciplinaire. Dans un dossier aussi sensible, chaque détail procédural devient un élément central de la crédibilité de la décision finale.
🔥 Une tension médiatique alimentée par les déclarations de la Fédération sénégalaise de football
Le report intervient dans un climat de forte tension médiatique, accentué par les propos du président de la Fédération sénégalaise de football, Abdoulaye Fall. Lors d’un rassemblement public, ce dernier a mis en cause frontalement le Maroc et la Confédération africaine de football, estimant que le Royaume exercerait une influence déterminante sur l’instance continentale.
Ses déclarations, affirmant que « le Maroc tient la CAF » et que « tout se décide entre ses mains », ont rapidement circulé dans les médias africains et internationaux, nourrissant une perception de politisation du dossier. Abdoulaye Fall a également présenté le Sénégal comme une nation ayant osé s’opposer à cette supposée hégémonie, construisant ainsi un récit de confrontation institutionnelle qui dépasse largement le cadre sportif.
Cette stratégie de communication, volontairement ou non, a contribué à déplacer le débat du terrain vers l’arène politique et symbolique, rendant la tâche de la commission de discipline encore plus délicate.
🏨 Logistique, sécurité et organisation : la confrontation avec les faits
Les critiques formulées par la Fédération sénégalaise de football ont notamment porté sur l’organisation logistique et sécuritaire autour du séjour de la sélection sénégalaise à Rabat. Abdoulaye Fall a évoqué une prétendue insuffisance de l’encadrement sécuritaire, des problèmes d’hébergement, des difficultés liées à la billetterie et une tentative d’imposition du Complexe Mohammed VI comme base d’entraînement, jugée trop exposée.
Or, l’examen factuel de ces accusations révèle une réalité beaucoup plus nuancée. Durant l’ensemble de la compétition, le Sénégal avait établi son camp de base au Fairmont Tazi Palace de Tanger, un établissement répondant aux standards internationaux les plus élevés, et disputé tous ses matchs au Grand Stade de Tanger dans des conditions validées par la Confédération africaine de football.
Le choix du déplacement en train à grande vitesse (LGV) pour rejoindre Rabat relevait d’une décision propre à la Fédération sénégalaise de football, sans contrainte imposée par l’organisation marocaine. Plus encore, la fédération sénégalaise avait elle-même communiqué publiquement l’horaire et le lieu d’arrivée de sa délégation, provoquant mécaniquement un rassemblement de supporters à la gare, comme cela se produit dans toutes les grandes compétitions internationales.
🛡️ Sécurité à Rabat : un dispositif conforme aux standards internationaux
Sur le plan sécuritaire, les faits sont encore plus explicites. Le dispositif déployé par les autorités marocaines comprenait des éléments de la DGSN, des Forces auxiliaires, des équipes mobiles, des véhicules dédiés et les forces habituelles de la gare.
Aucun incident, aucun trouble à l’ordre public, aucune atteinte à l’intégrité de la délégation sénégalaise n’a été enregistré ou signalé dans les rapports officiels. La scène décrite par certains responsables sénégalais ne correspond donc à aucun fait objectivement établi. Contester une organisation est légitime, mais construire un récit de chaos en l’absence d’incident avéré fragilise la crédibilité de l’argumentation.
🏟️ Hébergement, entraînements et billetterie : des choix souverains de la Fédération sénégalaise de football
À Rabat, comme pour toutes les sélections, deux hôtels de transit étaient proposés : l’Hôtel Rihab en centre-ville et l’Amphitrite Palace à Skhirat. La Fédération sénégalaise de football a librement opté pour l’Amphitrite Palace.
Pour les entraînements, le Complexe Mohammed VI avait été proposé conformément aux standards de la Confédération africaine de football, mais la fédération sénégalaise a préféré le terrain annexe du Complexe Moulay Abdellah, qui lui a été immédiatement attribué.
Concernant la billetterie, le Sénégal a reçu son quota réglementaire de 5 % des places pour la finale, comme le prévoient les règlements de la Confédération africaine de football. Ces éléments montrent une organisation conforme aux procédures, loin des insinuations d’entraves ou de discrimination.
🚨 La soirée de la finale : l’origine réelle du dossier disciplinaire
Le cœur du dossier disciplinaire concerne ce qui s’est produit sur le terrain lors de la finale. Après une décision arbitrale controversée, les joueurs sénégalais auraient quitté la pelouse pour regagner les vestiaires sur instruction de leur sélectionneur, provoquant une interruption prolongée du match.
Cette situation a engendré une tension extrême dans les tribunes, marquée par des tentatives d’envahissement du terrain, des dégradations d’équipements et des affrontements avec les forces de sécurité, faisant plusieurs blessés parmi les agents.
La présence du président de la FIFA, Gianni Infantino, dans les tribunes a donné une dimension mondiale à ces événements. Celui-ci a rapidement condamné les scènes survenues, rappelant la nécessité absolue de respecter l’autorité de l’arbitre et des règlements.
📜 Les textes disciplinaires au cœur de la décision
Le débat juridique se concentre désormais sur l’interprétation des articles 82 et 84 du règlement disciplinaire de la Confédération africaine de football. L’article 82 stipule qu’une équipe refusant de jouer ou quittant le terrain sans autorisation est considérée perdante et éliminée. L’article 84 prévoit des sanctions aggravées, allant jusqu’à l’exclusion définitive et au match perdu sur le score de 3-0.
La commission devra déterminer si l’interruption observée constitue juridiquement un refus de jouer, un abandon de match ou une simple suspension temporaire sous pression émotionnelle. Cette qualification juridique sera décisive pour la nature et l’ampleur des sanctions.
🏛️ Une décision attendue comme un test pour la crédibilité de la Confédération africaine de football
Dans un dossier aussi exposé, la décision de la commission de discipline de la Confédération africaine de football comptera autant que la manière dont elle sera rendue publique. Elle devra être rigoureuse, juridiquement fondée et parfaitement cohérente avec les textes en vigueur.
Au-delà du cas Maroc–Sénégal, c’est l’autorité même de l’institution continentale qui est en jeu. La Confédération africaine de football doit démontrer qu’aucune pression médiatique, politique ou émotionnelle ne peut se substituer à la primauté du règlement.
Seule une décision claire, argumentée et impartiale permettra de clore ce chapitre sans laisser une compétition fragilisée et un sentiment d’injustice durable dans le football africain.
