mardi, janvier 13, 2026
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Abdel-Ilah Benkiran : Ceuta et Melilla redeviendront marocaines

Dans une atmosphère chargée de symboles et de références historiques, Abdel-Ilah Benkiran a choisi la ville de Fès pour raviver un dossier hautement sensible dans les relations maroco-espagnoles. À l’occasion du 82ᵉ anniversaire du Manifeste de l’Indépendance, l’ancien chef du gouvernement marocain a tenu un discours offensif sur le plan politique, en réaffirmant avec vigueur la revendication du Maroc sur Ceuta et Melilla, deux enclaves espagnoles situées sur la façade nord du Royaume.

🇲🇦 Un discours à forte portée symbolique lors d’une date historique

Le choix du cadre et du calendrier n’a rien d’anodin. En commémorant le Manifeste de l’Indépendance, Abdel-Ilah Benkiran a inscrit son intervention dans une continuité historique, reliant la lutte anticoloniale du XXᵉ siècle aux revendications territoriales contemporaines. Devant ses partisans, le secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD) a rappelé que la question de Ceuta et Melilla demeure, selon lui, une cause nationale non résolue, profondément ancrée dans la mémoire collective marocaine.

S’il a pris soin de préciser que ses propos ne constituaient en aucun cas un appel à un affrontement militaire avec l’Espagne, Benkiran n’a pas atténué la fermeté de son message. Le maintien de ces enclaves en dehors de la souveraineté marocaine a été qualifié d’« inacceptable », un terme lourd de sens dans le lexique politique et diplomatique.

🌍 Ceuta et Melilla, un contentieux toujours vif dans le discours national

Pour Abdel-Ilah Benkiran, la question dépasse le cadre d’un simple différend territorial. Elle relève, selon lui, d’un droit historique et légitime que le Maroc ne saurait abandonner. « Les Marocains n’ont pas oublié Ceuta et Melilla », a-t-il martelé, appelant à maintenir vivante cette revendication dans le débat public. Dans sa vision, la restitution de ces territoires n’est pas une hypothèse lointaine mais un dénouement inéluctable, appelé à se produire « que cela plaise ou non ».

Ce discours s’inscrit dans une rhétorique nationaliste assumée, où la patience stratégique se conjugue avec la certitude d’un aboutissement historique. Benkiran a ainsi invité ses partisans à poursuivre les efforts politiques, diplomatiques et symboliques pour que cette revendication reste au cœur des préoccupations nationales.

🇪🇸 Une onde de choc médiatique et politique en Espagne

Sans surprise, les propos tenus à Fès ont rapidement franchi la Méditerranée. La presse espagnole s’est largement fait l’écho de cette sortie, la qualifiant de provocation « dangereuse » dans un contexte régional déjà marqué par des équilibres fragiles. Plusieurs médias et analystes espagnols estiment que ce type de discours fragilise le climat de respect mutuel et de coopération que Madrid et Rabat s’efforcent officiellement de consolider ces dernières années.

La réaction est d’autant plus vive que les déclarations émanent d’une figure politique de premier plan, ancien chef du gouvernement et acteur central de la vie politique marocaine. Pour certains observateurs espagnols, la répétition de ce discours, porté par un responsable ayant exercé les plus hautes fonctions de l’État, entretient une ambiguïté diplomatique préoccupante, susceptible de brouiller les messages officiels de bon voisinage.

🤝 Entre discours politiques et diplomatie d’État, une ligne de crête délicate

Du côté des analystes, ces déclarations illustrent la complexité des relations maroco-espagnoles, oscillant entre coopération stratégique et contentieux historiques non résolus. Si Rabat et Madrid affichent une volonté commune de renforcer leur partenariat économique, sécuritaire et migratoire, la question de Ceuta et Melilla reste un sujet hautement inflammable, régulièrement ravivé dans le débat politique marocain.

Le discours de Benkiran rappelle ainsi que, au-delà des communiqués officiels et des feuilles de route diplomatiques, certaines questions de souveraineté continuent de structurer l’imaginaire politique et national. Un rappel qui, en Espagne, est perçu comme un signal d’alerte, tandis qu’au Maroc, il résonne comme l’expression d’une revendication jugée légitime par une partie de l’opinion.