samedi, février 24, 2024
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Visite d’Emmanuel Macron au Maroc: pas qu’une question de visas

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VISITE D’EMMANUEL MACRON AU MAROC: PAS QU’UNE QUESTION DE VISAS

Alors que s’approche la mi- janvier, date à laquelle le président français Emmanuel Macron devrait effectuer sa visite au Maroc, les supputations vont bon train d’abord sur la réalité de cette visite, ensuite sur son agenda politique.




Sa réalité d’abord . Rien n’indique au jour d’aujourd’hui que cette visite aura lieu en temps annoncé.

Le Maroc ne s’est pas exprimé officiellement sur cette événement.

Ce qu’on l’on sait c’est que la ministre des affaires étrangères française, la célèbre chiraquienne, Catherine Colonna, se rendra au Maroc mi décembre pour préparer le cadre politique d’un tel déplacement.

Et il est important pour les deux pays car il est censé clôturer une longue séquence de crise entre les deux pays où le niveau de dialogue politique a fortement baissé et où l’axe Paris-Rabat, traditionnellement vivace et stratégique, a longtemps souffert de grésillements de malentendus. Ensuite il y a le cadre politique.

Une visite d’Emmanuel Macron ? Pour quoi faire ?

Si le plafond des ambitions affichées par les Français est d’atteindre un consensus pour que l’octroi des visas revienne à son niveau initial, d’avant crise, cette visite de Macron, même si elle est entourée des protocoles les plus grandioses, ne sera qu’un coup épée dans l’eau.




Car aussi bien à Rabat qu’à Paris, la conviction est lourdement installée que cette crise des visas n’est en fait que le symptôme de la maladie et de la tension et non la maladie elle même.

Limiter les percées politiques de ce déplacement à une histoire de laisser-passer consulaire serait passer à côté de l’essentiel qui fait crise entre Français et Marocains.

Dans tous les articles de presse qui traitent de cette visite, on laisse percer la mauvaise humeur, voire l’aigreur présidentielle française sur le possible recours du Maroc au logiciel israélien Pegasus pour espionner des personnalités françaises dont le président de la République Emmanuel Macron.

Le Maroc a nié avec force avoir eu recours à de tels procédés et la justice française et européenne n’a pas trouvé de preuves concrètes qui impliquent le Maroc.

Cette affaire Pegasus est une des grandes questions à purger avant d’envisager quoi que ce soit de dynamisant dans les relations franco-marocaines.

Il y a ensuite l’affaire du Sahara marocain.




Les demandes de Rabat sont limpides.

Il faut que Paris sorte de l’ambiguïté et reconnaisse officiellement la souveraineté du Maroc sur son Sahara.

Sur cette question et sur la nécessité de l’inscrire au top de l’agenda de cette visite, les avis divergent entre ceux qui estiment que la visite de Macron devrait être l’occasion de faire une annonce aussi spectaculaire que la reconnaissance française de la souveraineté marocaine sur son Sahara.

Le cadre et l’opportunité sont idéals pour une telle accélération.

Et ceux qui pensent qu’ils ne faut pas embarrasser, voire coincer la diplomatie française dans le coin et ne lui laisser le choix qu’entre la crise avec le Maroc et la crise avec l’Algérie.

Car il est de notoriété publique que du Paris n’a pas encore franchi ce pas symbolique de la reconnaissance, c’est pour ne pas provoquer l’ire du régime algérien pour lequel la réplique française de l’approche américaine est une ligne rouge extrêmement sensible à ne pas franchir par Paris sous peine de subir les foudres d’Alger.




Mais dans la réalité des relations entre les deux pays, peut-on réellement imaginer qu’une visite du président Macron puisse avoir lieu au Maroc sans qu’il soit question du positionnement de Paris sur cette affaire?

La diplomatie française pourra toujours arguer que depuis 2007, date à laquelle le Maroc a proposé à la communauté internationale l’option de l’autonomie, la France a été un des premiers pays à en louer le sérieux et la crédibilité.

Mais cette même diplomatie aura toutes les difficultés du monde à expliquer à ses interlocuteurs marocains pour quelles raisons elle demeure volontairement en retrait par rapport à la vague mondiale de la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara et que les Nations Unies sont en train d’inscrire dans la légalité internationale.

Si Emmanuel Macron doit venir au Maroc et se contenter en termes de bilan diplomatique d’annoncer des évolutions sur la crise des visas, cela serait une tentative ratée de remettre une nouvelle dynamique dans le partenariat entre Paris et Rabat.

Le plafond des ambitions devrait être nécessairement plus haut.