dimanche, février 1, 2026
International

Iran: l’ayatollah Ali Khamenei avertit d’une « guerre régionale »

La République islamique d’Iran traverse l’une des séquences politiques et sécuritaires les plus tendues de ces dernières années. Entre une contestation intérieure violemment réprimée, une escalade verbale avec Washington et une rupture diplomatique assumée avec l’Union européenne, le pays se retrouve au cœur d’un bras de fer aux implications régionales majeures, sur fond de menaces militaires et de tentatives de reprise du dialogue.

🌍 Ali Khamenei brandit le spectre d’une guerre régionale

Dans une intervention très attendue, la première depuis la mi-janvier, le guide suprême iranien Ali Khamenei a livré un discours au ton particulièrement offensif. Qualifiant les récentes manifestations de « coup d’État », il a mis en garde les États-Unis contre toute nouvelle action militaire, affirmant que toute attaque déclencherait cette fois une guerre régionale aux conséquences incontrôlables. Cette déclaration intervient dans un contexte où Washington multiplie les signaux de fermeté, depuis la répression sanglante du mouvement de contestation en Iran.

Ali Khamenei a rappelé que les États-Unis avaient déjà bombardé l’Iran lors d’une guerre de 12 jours en juin, déclenchée à la suite d’une escalade initiée par Israël. Pour Téhéran, cette séquence reste un traumatisme stratégique, ayant affaibli le pouvoir tout en renforçant sa rhétorique de résistance face à l’Occident.

🔥 Washington, entre menaces militaires et signaux diplomatiques

Depuis l’embrasement social en Iran, Donald Trump a entretenu une ambiguïté calculée, laissant planer la menace d’une nouvelle intervention militaire américaine contre la République islamique. Toutefois, ces dernières heures ont été marquées par des déclarations plus nuancées, suggérant que les deux ennemis historiques pourraient privilégier, au moins temporairement, la voie diplomatique.

Le président américain a affirmé que Téhéran échangeait actuellement avec Washington, sans fournir de détails concrets. Cette ouverture conditionnelle s’inscrit dans un contexte de pression accrue sur l’Iran concernant son programme nucléaire, que les Occidentaux soupçonnent de viser l’arme atomique, une accusation systématiquement rejetée par les autorités iraniennes.

🇪🇺 L’Union européenne durcit le ton contre les Gardiens de la Révolution

La tension ne se limite pas au face-à-face irano-américain. L’Union européenne a franchi un seuil diplomatique majeur en inscrivant les Gardiens de la Révolution islamique sur la liste des organisations terroristes. Cette force, pilier idéologique et sécuritaire du régime, est accusée d’avoir orchestré la répression des manifestations ayant secoué le pays ces derniers mois.

Cette décision aligne Bruxelles sur la position des États-Unis, du Canada et de l’Australie, qui avaient déjà classé les Pasdaran comme organisation terroriste respectivement en 2019, 2024 et 2025. Pour Téhéran, cette mesure constitue une attaque directe contre la souveraineté nationale et une escalade politique sans précédent avec l’Europe.

⚖️ Riposte symbolique du Parlement iranien

En réaction, le Parlement iranien a adopté une mesure hautement symbolique, déclarant les armées européennes comme « groupes terroristes », en s’appuyant sur l’article 7 de la loi nationale. Lors de la séance, retransmise par la télévision d’État, le président de l’Assemblée, Mohammad Bagher Ghalibaf, est apparu vêtu de l’uniforme des Gardiens de la Révolution, incarnant un message de défiance et de solidarité avec cette institution-clé du régime.

Dans l’hémicycle, les députés ont scandé des slogans hostiles tels que « Mort à l’Amérique », « Mort à Israël » et « Honte à l’Europe », dans une atmosphère chargée de symboles, alors que le pays commémorait le 47ᵉ anniversaire du retour d’exil de l’imam Khomeini, fondateur de la République islamique.

🛡️ Les Pasdaran, colonne vertébrale du pouvoir iranien

Créés en 1979 au lendemain de la Révolution islamique, les Gardiens de la Révolution, ou Pasdaran, constituent bien plus qu’une simple force militaire. Extrêmement structurée, cette armée idéologique contrôle aujourd’hui des secteurs stratégiques de l’économie iranienne, de l’énergie aux infrastructures, renforçant son rôle central dans l’appareil d’État.

Si l’annonce du Parlement iranien apparaît avant tout symbolique, ses conséquences diplomatiques et économiquesrestent difficiles à mesurer à court terme, dans un contexte déjà marqué par des sanctions internationales lourdes.

😟 Une population iranienne gagnée par l’angoisse

Au-delà des joutes diplomatiques, le climat est lourd dans les rues de Téhéran. La population, déjà éprouvée par la crise économique et la répression, vit au rythme des annonces anxiogènes. Firouzeh, une Iranienne de 43 ans interrogée par l’AFP, confie vivre dans une peur permanente, suivant l’actualité de manière compulsive, au point de se réveiller la nuit pour consulter les informations.

Cette angoisse est alimentée par les mouvements militaires observés dans la région. Les États-Unis ont déployé une dizaine de navires dans le Golfe, dont le porte-avions Abraham Lincoln, tandis que les forces armées iraniennes affirment être en état d’alerte maximale.

🕊️ Des tentatives de désescalade encore fragiles

Malgré cette montée des tensions, le président iranien Massoud Pezeshkian a tenté d’apaiser les craintes en affirmant qu’une guerre n’était dans l’intérêt ni de l’Iran ni des États-Unis. Il a réitéré la volonté de son gouvernement de privilégier la diplomatie, un message relayé par d’autres responsables évoquant des progrès en vue de négociationsavec Washington.

Ces déclarations contrastent avec la virulence de certains médias ultraconservateurs iraniens. Le quotidien Kayhan titre ainsi sur une rhétorique martiale, tandis que l’agence Mehr affirme que plusieurs milliers de tombes seraient prêtes à Téhéran pour accueillir d’éventuels soldats américains, en cas de conflit.

📉 Une contestation étouffée dans le sang

Affaibli par la guerre de juin 2025 contre Israël et les États-Unis, le pouvoir iranien a violemment réprimé, début janvier, des manifestations initialement déclenchées par le coût de la vie, avant de se transformer en un défi politique direct au régime. Selon l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux États-Unis, 6.713 personnes ont été tuées, dont 137 enfants, tandis que plus de 17.000 décès supplémentaires feraient encore l’objet d’enquêtes.

Les autorités iraniennes reconnaissent un lourd bilan humain, mais soutiennent que la majorité des victimes étaient des membres des forces de sécurité ou des civils tués par des « terroristes ». Ali Khamenei a affirmé que les protestataires avaient attaqué des institutions étatiques, des casernes, des mosquées et profané le Coran, qualifiant ces événements de tentative de coup d’État avortée.

Dans un Moyen-Orient déjà fragilisé par de multiples foyers de crise, l’évolution du bras de fer entre l’Iran, les États-Unis et l’Europe pourrait redessiner les équilibres régionaux, alors que la ligne de crête entre confrontation et négociation n’a jamais semblé aussi étroite.