Maroc : les hooligans sénégalais boycottent le tribunal
Refus de comparaître, pression médiatique et enjeux diplomatiques : le dossier des supporters sénégalais détenus à Rabat s’envenime
Procès sous tension à Rabat
Dans un climat déjà chargé sur les plans judiciaire et diplomatique, le dossier des supporters sénégalais incarcérés à Rabat connaît une nouvelle escalade. En refusant désormais de comparaître devant la justice marocaine, les détenus entendent dénoncer ce qu’ils considèrent comme une atteinte à leurs droits fondamentaux, tout en inscrivant leur action dans une stratégie de pression médiatique et politique soigneusement orchestrée.
⚖️ Un refus collectif qui marque une rupture judiciaire
Le bras de fer entre les ressortissants sénégalais détenus et les autorités judiciaires marocaines a franchi un cap. Sur recommandation de leur défense, les prévenus ont décidé collectivement de ne plus répondre aux convocations des magistrats tant que, selon eux, les conditions d’un procès équitable ne sont pas réunies. Cette décision radicale intervient dans un contexte de défiance croissante envers la procédure en cours devant le tribunal de première instance de Rabat, devenu l’épicentre d’un dossier désormais largement médiatisé.
L’avocat du collectif, Me Patrick Kabou, justifie cette posture par ce qu’il décrit comme de graves manquements procéduraux. Il évoque notamment l’absence d’interprètes qualifiés pour permettre aux détenus de comprendre précisément les charges retenues contre eux, ainsi que des restrictions d’accès imposées aux avocats lors de certaines audiences. Pour la défense, ces éléments constitueraient une violation des standards internationaux en matière de droits de la défense et de justice pénale équitable.
🧭 Une stratégie d’internationalisation assumée
Au-delà du terrain strictement judiciaire, ce refus de comparaître s’inscrit dans une dynamique plus large visant à internationaliser le dossier. La défense sénégalaise semble reprendre une méthode éprouvée, fondée sur la médiatisation intensive et la mise en récit d’une situation perçue comme injuste. Une stratégie de victimisation qui, selon plusieurs observateurs, aurait déjà porté ses fruits par le passé.
Après avoir mené une campagne médiatique intense qui aurait entraîné la clémence des sanctions financières infligées par la Commission disciplinaire de la Confédération Africaine de Football (CAF), les sénégalais semblent appliquer à nouveau cette « recette victorieuse » pour tenter de tordre le bras à la justice marocaine. La même logique de pression semble transposée au champ judiciaire, avec l’objectif d’influer indirectement sur la position des autorités marocaines.
🩺 L’argument humanitaire au cœur du plaidoyer
Pour renforcer leur mobilisation, les avocats des détenus mettent en avant un volet humanitaire jugé préoccupant. Ils alertent sur la dégradation de l’état de santé de l’un des prévenus, qui n’aurait pas bénéficié de son traitement médical malgré des engagements préalablement pris. Cette situation est présentée comme symptomatique d’un dysfonctionnement plus large dans la prise en charge sanitaire des détenus.
La défense réclame un suivi médical immédiat et régulier pour l’ensemble du groupe, invoquant le respect des conventions internationales relatives aux conditions de détention et à la protection de la dignité humaine. Cet angle humanitaire vise à élargir le soutien au-delà des cercles juridiques, en mobilisant l’opinion publique et les organisations de défense des droits de l’homme.
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🕊️ Jeûne, recueillement et pression symbolique
Depuis vendredi, les détenus observent un mouvement qualifié de « jeûne et de recueillement », une initiative que certains interprètent à tort comme une grève de la faim. Cette action symbolique, largement relayée sur les réseaux sociaux et dans certains médias, contribue à maintenir le dossier à un niveau élevé de visibilité.
À Dakar, cette mobilisation trouve un écho politique et diplomatique. Des appels se multiplient en faveur d’une coopération judiciaire plus transparente entre le Maroc et le Sénégal, tandis que les autorités sénégalaises suivent de près l’évolution de la situation. L’objectif affiché est clair : maintenir une pression constante sur Rabat afin d’obtenir des garanties procédurales jugées satisfaisantes.
🌍 Un dossier à forts enjeux diplomatiques
Ce qui n’était à l’origine qu’une affaire judiciaire liée à des violences en marge d’un événement sportif est en train de se transformer en dossier sensible aux répercussions régionales. Entre exigences de souveraineté judiciaire, respect des engagements internationaux et gestion de l’opinion publique, les autorités marocaines se retrouvent face à un équilibre délicat.
L’évolution de ce dossier pourrait ainsi servir de test grandeur nature pour les mécanismes de coopération judiciaire entre États africains, mais aussi pour la capacité des systèmes judiciaires à résister aux pressions médiatiques transnationales. Reste à savoir si le dialogue finira par reprendre le pas sur la confrontation, ou si ce bras de fer continuera de s’enliser dans une logique de durcissement réciproque.
