jeudi, janvier 1, 2026
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Tanger : prison et interdiction de réseaux sociaux pour un tiktokeur

Tanger : le tiktokeur Adam Benchakroun condamné à trois ans de prison ferme et à dix ans d’interdiction des réseaux sociaux. Un verdict inédit qui marque un tournant dans la lutte contre les abus numériques et les dérives des influenceurs au Maroc.

⚖️ Affaire Adam Benchakroun : prison ferme et bannissement numérique, la justice tranche à Tanger

La justice marocaine a rendu une décision lourde de sens dans une affaire qui a largement alimenté le débat public autour des dérives des réseaux sociaux. La chambre correctionnelle du tribunal de première instance de Tanger a condamné, ce mercredi, le tiktokeur Adam Benchakroun à une peine de prison ferme, assortie d’une interdiction exceptionnelle d’accès aux plateformes numériques. Un verdict qui marque un tournant dans la réponse judiciaire face aux abus commis en ligne.

🧑‍⚖️ 3 ans de prison ferme et 10 ans sans réseaux sociaux

Au terme de plusieurs audiences très suivies, le tribunal a prononcé une peine de trois ans de prison ferme à l’encontre du jeune influenceur. Fait notable et particulièrement rare dans ce type de dossiers, cette condamnation est accompagnée d’une interdiction d’utiliser les réseaux sociaux pendant une durée de dix ans. Une mesure qui vise explicitement à couper l’accusé de l’espace numérique ayant servi de vecteur aux faits reprochés.

Conformément à la procédure, Adam Benchakroun dispose d’un délai de dix jours pour faire appel de cette décision de première instance. En attendant, le jugement résonne déjà comme un signal fort adressé aux créateurs de contenus et aux utilisateurs des plateformes numériques au Maroc.

🔥 Une audience sous haute tension et un réquisitoire sévère

L’audience a été marquée par des échanges particulièrement vifs entre le parquet et la défense. Le substitut du procureur du Roi n’a pas mâché ses mots, qualifiant les faits d’« odieux » et insistant sur leur incompatibilité avec les valeurs conservatrices de la société marocaine. Il a mis en cause l’usage incontrôlé des smartphones et des réseaux sociaux, qu’il a présentés comme des catalyseurs de dérives graves lorsqu’ils échappent à tout encadrement.

Estimant que l’accusé n’avait exprimé aucun remords, le représentant du ministère public a plaidé pour une condamnation exemplaire, afin de dissuader toute récidive et d’envoyer un message clair sur les limites à ne pas franchir dans l’espace numérique. La partie civile, représentée par l’avocat d’une association de défense des droits humains, a soutenu cette position, dénonçant la diffusion de contenus portant atteinte à la pudeur, à la dignité et à la vie privée d’autrui.

🛡️ La défense invoque la minorité et des failles de procédure

Face à ces accusations, la défense a tenté de faire valoir des circonstances atténuantes, en plaçant au cœur de son argumentation la minorité de l’accusé au moment des faits. L’avocate d’Adam Benchakroun a décrit un jeune homme vulnérable, issu d’un contexte familial fragile, marqué par la maladie de ses parents et une situation sociale précaire.

Selon la défense, le prévenu aurait été exploité par des adultes, dépassé par un univers numérique dont il ne maîtrisait ni les codes ni les conséquences juridiques. L’avocate a également soulevé plusieurs vices de procédure, pointant notamment l’absence d’une expertise numérique formelle établissant avec certitude que les vidéos incriminées, dont l’une ne dépasse pas trente secondes, étaient effectivement produites ou administrées par l’accusé.

📱 Des chefs d’accusation multiples et lourds

Adam Benchakroun comparaissait pour une série de chefs d’inculpation graves, parmi lesquels figurent l’outrage public à la pudeur, l’insulte, la diffamation envers une femme, l’incitation à commettre un délit, ainsi que l’enregistrement et la diffusion d’images d’une personne sans son consentement. Autant d’infractions qui, selon le tribunal, justifient la sévérité de la peine prononcée.

🔍 Un verdict symbole dans la lutte contre les abus numériques

Au-delà du sort personnel de l’accusé, cette affaire illustre la volonté des autorités judiciaires de resserrer l’étau autour des comportements abusifs sur les réseaux sociaux. Le bannissement numérique de dix ans, inédit par son ampleur, s’inscrit dans une logique de responsabilisation des influenceurs et de protection des citoyens face aux atteintes commises en ligne.

Ce jugement pourrait ainsi faire jurisprudence et ouvrir la voie à une approche plus ferme de la justice marocaine face aux dérives de l’économie de l’attention et à l’usage dévoyé des plateformes numériques.