samedi, février 7, 2026
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Des hauts responsables interdits de quitter le territoire du Maroc

Éducation nationale : l’étau judiciaire se resserre

Le système éducatif marocain est de nouveau secoué par une affaire judiciaire majeure. La justice marocaine a décidé de fermer les frontières à l’encontre de l’ancienne directrice de l’Académie régionale d’éducation et de formation (AREF) de Rabat-Salé, une mesure conservatoire visant également d’autres hauts responsables impliqués dans la gestion du controversé « Programme d’urgence » de l’éducation nationale. Cette décision intervient dans le cadre d’une enquête approfondie sur la dilapidation présumée de fonds publics, soulevant de nouvelles questions sur la gouvernance et la transparence des grands programmes éducatifs au Maroc.

⚖️ Une décision judiciaire ciblée

Le juge d’instruction chargé des crimes financiers près la Cour d’appel de Rabat a pris cette mesure à l’encontre de l’ex-directrice de l’AREF de Rabat-Salé, identifiée par les initiales T.F., ainsi que d’un inspecteur régional de la même académie. Selon des sources judiciaires consultées par Al3omk, cette interdiction de quitter le territoire national fait suite aux instructions du Parquet général, dans le but de sécuriser l’enquête sur des soupçons de détournement et de mauvaise gestion des fonds publics. Les autorités cherchent à établir la responsabilité précise des cadres impliqués dans la gestion des ressources allouées à ce programme stratégique.

📚 Une enquête sur des irrégularités anciennes

L’affaire, qui remonte à plus de cinq ans, trouve son origine dans une plainte interne dénonçant des anomalies dans la gestion des marchés publics d’acquisition de matériel pédagogique. Ces marchés, conclus avant la fusion des académies régionales, sont désormais au centre des investigations portant sur la transparence, la conformité et la régularité des procédures financières. Les enquêteurs examinent en détail les processus de contractualisation, les modalités d’attribution des marchés et l’utilisation effective des fonds, afin de déterminer si des détournements ou dilapidations de deniers publics ont effectivement eu lieu.

💰 Le « Programme d’urgence » sous le feu des critiques

Ce nouveau volet judiciaire s’inscrit dans le cadre plus large du scandale entourant le Programme d’urgence de l’éducation nationale (2009-2012), un plan ambitieux doté d’une enveloppe de 33 milliards de dirhams. Ce programme, conçu pour réformer et moderniser l’école publique marocaine, avait pour objectif de renforcer les infrastructures scolaires, de moderniser les méthodes pédagogiques et d’améliorer les conditions de travail des enseignants. Malgré ces ambitions, plusieurs rapports critiques de la Cour des Comptes avaient mis en lumière des défaillances majeures dans la gouvernance, le fractionnement excessif des marchés et l’absence de résultats tangibles, laissant planer un doute sur l’efficacité réelle de l’investissement public.

📊 Gouvernance et transparence au cœur du débat

Les critiques envers le programme se concentrent sur la manque de contrôle interne, l’absence de suivi rigoureux des projets et la multiplication des marchés fragmentés, qui auraient favorisé des irrégularités. Les fonds alloués à ce programme, censés améliorer l’éducation nationale, semblent avoir été gérés de manière inefficiente, ce qui alimente aujourd’hui l’enquête judiciaire. La fermeture des frontières pour les principaux responsables concernés vise à garantir qu’aucun acteur ne puisse entraver le déroulement de l’enquête ou se soustraire à la justice, tout en assurant une transparence maximale dans le traitement des dossiers.

🌐 Implications pour le secteur éducatif marocain

Cette affaire met en lumière les défis persistants du secteur public marocain en matière de gouvernance, de contrôle des dépenses et de responsabilisation des hauts cadres administratifs. Elle rappelle également l’importance cruciale de transparence financière et de reddition des comptes dans la gestion de programmes publics stratégiques. Pour le Maroc, il s’agit d’un test décisif de sa capacité à faire respecter l’État de droit, à sanctionner les dérives et à restaurer la confiance des citoyens dans l’administration et le système éducatif.

Alors que l’enquête se poursuit, les acteurs du secteur éducatif et les citoyens attendent des réponses concrètes sur l’utilisation des fonds publics et sur les mesures prises pour prévenir de telles dérives à l’avenir. Cette affaire pourrait ouvrir la voie à des réformes structurelles profondes, visant à renforcer la gestion financière et administrative des programmes éducatifs au Maroc et à garantir que l’investissement public serve réellement l’intérêt des élèves et de la société dans son ensemble.