À l’issue de la finale houleuse de la CAN Maroc 2025 à Rabat, la décision de la Confédération africaine de football (CAF) a provoqué une onde de choc dans les cercles sportifs et institutionnels. En rejetant la plainte déposée par la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) et en optant pour des sanctions jugées largement insuffisantes face à la gravité des faits, l’instance continentale a donné le sentiment de normaliser l’inacceptable. Au-delà du simple cadre disciplinaire, ce verdict interroge la crédibilité de la gouvernance du football africain, la solidité de son arsenal réglementaire et sa capacité à imposer l’autorité de la règle dans les moments les plus critiques.
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⚖️ Une décision qui interroge la notion même d’autorité sportive
La CAF avait entre ses mains une occasion rare d’affirmer son rôle de garante de l’ordre sportif sur le continent. En tranchant de manière aussi clémente, elle a semblé privilégier une logique d’équilibre politique et diplomatique au détriment de l’exemplarité juridique. Le rejet pur et simple de la plainte de la FRMF, pourtant fondée sur des articles précis du règlement de la CAN, notamment les articles 82 et 84 relatifs au respect de l’arbitrage et à l’intégrité de la compétition, a donné l’impression d’une justice hésitante, plus soucieuse d’apaiser que de trancher avec fermeté.
Cette posture pose un problème fondamental. Une institution sportive internationale ne peut se permettre de traiter des événements d’une telle ampleur comme de simples écarts émotionnels. Elle engage, à travers ses décisions, l’avenir même de la discipline qu’elle administre. En ce sens, la sanction ne relève pas uniquement de la répression, mais de la construction d’un cadre dissuasif indispensable à la crédibilité de la compétition.
🔥 Une finale marquée par des incidents d’une rare gravité
La confrontation entre le Maroc et le Sénégal n’a pas seulement été un sommet sportif attendu. Elle s’est transformée en un enchaînement d’événements qui, dans n’importe quelle autre grande compétition internationale, auraient entraîné des mesures disciplinaires d’une sévérité bien supérieure. Contestations collectives et agressives à l’encontre du corps arbitral, attroupements hostiles autour de la VAR, intrusion du staff technique sénégalais dans une zone strictement réglementée, et surtout, fait sans précédent à ce niveau, abandon temporaire du terrain par une sélection nationale en pleine finale continentale.
Ces actes constituent une remise en cause directe de l’autorité de l’arbitre, pilier central de l’ordre sportif. Ils portent également atteinte à l’intégrité même de la compétition, car quitter volontairement la pelouse dans une finale revient à suspendre l’autorité de la CAF elle-même. Ce n’est plus une contestation, c’est une forme de pression institutionnelle exercée sur l’organe organisateur.
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🚨 Des débordements sécuritaires qui ont terni l’image de la CAN
En dehors de l’aire de jeu, la situation n’était guère plus rassurante. Dans les tribunes et aux abords du stade, des supporters sénégalais se sont livrés à des actes d’hostilité envers les forces de l’ordre marocaines, générant un climat de tension extrême. Ce qui aurait dû être une célébration du football africain s’est par moments mué en scène de désordre et d’insécurité, nécessitant des interventions fermes pour éviter une escalade incontrôlable.
Dans toute grande compétition internationale, la sécurité constitue un pilier de l’organisation. Lorsque celle-ci est mise en péril, ce n’est pas seulement l’événement sportif qui est fragilisé, mais la réputation même du pays hôte et de l’instance organisatrice. Or, la réponse disciplinaire de la CAF semble avoir minimisé cette dimension pourtant essentielle.
📝 Des sanctions qui paraissent déconnectées de la réalité des faits
Sur le plan strictement disciplinaire, les décisions prises par la CAF ont laissé une impression de décalage avec la gravité objective des incidents. Côté sénégalais, le sélectionneur Pape Bouna Thiaw a été sanctionné de 5 matchs de suspension et d’une amende de 100 000 dollars, tandis qu’Ismaïla Sarr et Iliman Ndiaye ont écopé de 2 matchs de suspension chacun pour comportement inapproprié. La Fédération sénégalaise de football a été condamnée à verser un total de 615 000 dollars pour les débordements impliquant joueurs, staff et supporters.
Le Maroc n’a pas été exempt de sanctions. Achraf Hakimi a reçu 2 matchs de suspension dont un avec sursis, Ismaël Saibari 3 matchs de suspension assortis d’une amende de 100 000 dollars, et la FRMF devra s’acquitter de 315 000 dollars pour diverses infractions (Une sanction financière de 200 000 dollars a été infligée pour l’attitude jugée inappropriée des ramasseurs de balles, 100 000 dollars pour l’irruption de joueurs et de membres du staff dans l’espace réservé à la VAR, ainsi qu’une amende de 15 000 dollars en raison de l’utilisation de lasers par certains supporters.).
Le problème n’est pas tant l’existence de sanctions pour les deux parties que leur mise sur un même plan disciplinaire, comme si des actes de nature radicalement différente relevaient d’une même catégorie de manquements. Assimiler l’abandon du terrain et la pression exercée sur l’arbitrage à des infractions périphériques constitue une confusion grave des responsabilités.
Le Maroc, en tant que pays hôte, se voit pénalisé non seulement pour des incidents directement liés au jeu, mais également pour des facteurs secondaires, souvent complexes à contrôler, d’autant plus dans un contexte déjà déstabilisé par les débordements de la sélection sénégalaise. La notion de responsabilité collective est ainsi poussée à son paroxysme, donnant l’impression que l’instance disciplinaire a davantage cherché à rétablir un équilibre politique dans son verdict qu’à apprécier objectivement la gravité et la nature des faits.
🧭 Une lecture dangereuse du règlement de la CAF
En rejetant la plainte marocaine sur le fond, la CAF a implicitement validé une lecture minimaliste de ses propres règlements. Cela signifie que des comportements qui, ailleurs, seraient qualifiés de ruptures graves de l’ordre sportif deviennent, en Afrique, des excès tolérables tant qu’ils restent contenus dans un certain rapport de force diplomatique.
Cette interprétation est lourde de conséquences. Elle suggère que la norme n’est pas absolue, mais modulable selon le contexte politique ou institutionnel. Elle installe l’idée que l’intimidation peut devenir une arme stratégique, et que la règle ne s’impose que lorsqu’elle ne dérange pas l’équilibre des pouvoirs.
🏛️ Le rôle fondamental d’une commission de discipline
Une commission de discipline n’est pas un organe de médiation. Sa mission n’est pas de réconcilier les parties, mais de protéger l’intégrité de la compétition et l’autorité de la règle. En privilégiant l’apaisement immédiat, la CAF a affaibli son propre socle normatif. À force de modération excessive, elle ne protège plus le football africain, elle l’expose à une banalisation progressive du désordre.
La justice sportive ne peut être crédible que si elle est prévisible, ferme et cohérente. Or, le verdict rendu après la finale de la CAN 2025 donne le sentiment inverse : celui d’une institution qui hésite à assumer pleinement ses responsabilités.
⚖️ Le Tribunal Arbitral du Sport comme ultime recours
Dans ce contexte, le recours au Tribunal Arbitral du Sport (TAS) apparaît comme une option stratégique pour la FRMF. Saisir cette juridiction internationale permettrait de replacer le débat dans un cadre strictement juridique, loin des compromis politiques et des équilibres continentaux. L’enjeu dépasse la simple question des sanctions. Il s’agit de déterminer si les règlements de la CAF ont une véritable force normative ou s’ils sont voués à être interprétés de manière opportuniste.
Une telle démarche permettrait de poser une question fondamentale : le football africain est-il régi par une justice de droit ou par une justice d’arrangement ?
🌍 Une occasion manquée pour l’histoire du football africain
En refusant d’affirmer clairement son autorité, la CAF a manqué une occasion historique de consolider la crédibilité institutionnelle du football africain. Le message envoyé est inquiétant : une finale continentale peut basculer dans la confusion sans entraîner de conséquences sportives réellement dissuasives.
À terme, cette logique risque de transformer l’exception en tentation stratégique. Si la pression collective, l’abandon du terrain ou l’intimidation de l’arbitrage deviennent des outils implicitement tolérés, c’est l’essence même de la compétition qui est menacée.
🏆 Le football africain mérite une gouvernance à la hauteur
Le football africain ne manque ni de talent, ni de passion, ni de potentiel. Ce qui lui fait parfois défaut, c’est une gouvernance capable d’assumer des décisions impopulaires mais nécessaires. La crédibilité d’une institution se mesure dans les moments de crise. Et c’est précisément là que la CAF a failli.
La justice sportive ne peut être une façade. Elle doit être une colonne vertébrale. Sans elle, les règles deviennent des suggestions et la compétition, un terrain de rapports de force. Le football africain mérite mieux qu’une autorité hésitante. Il mérite une gouvernance qui ose sanctionner lorsque l’essentiel est menacé.

