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(Vidéo) Le président de la Fédération sénégalaise accuse le Maroc

Fédération sénégalaise de football

Fédération sénégalaise de football

Le président de la Fédération sénégalaise de football, Abdoulaye Fall, est longuement revenu sur la finale particulièrement tendue de la CAN 2025 face au Maroc à travers un discours soigneusement construit, lors d’un rassemblement organisé samedi 24 janvier. Dans ce récit, le Sénégal se pose en victime d’un système qu’il juge défavorable, tandis que le Maroc est désigné comme le principal responsable, présenté comme un acteur tout-puissant exerçant une influence déterminante sur la Confédération Africaine de Football (CAF). Les propos vont jusqu’à formuler des accusations lourdes de sens contre le pays hôte et les instances continentales. Une prise de parole qui apparaît moins comme un simple retour d’expérience sportive que comme une stratégie de communication mûrement réfléchie, intervenant à un moment clé où la commission disciplinaire de la CAF étudie d’éventuelles sanctions contre le Sénégal, dont le verdict est attendu dans les prochains jours.

🏆 Finale de la CAN : décryptage d’un récit de confrontation et de pouvoir

Le debrief livré par Abdoulaye Fall, président de la Fédération sénégalaise de football (FSF), devant des responsables politiques, militaires et les médias sénégalais, a marqué les esprits par sa tonalité et par la portée de ses accusations. Derrière une narration construite autour de la bravoure sénégalaise et d’un supposé rapport de force défavorable face au Maroc, ce discours dévoile surtout une stratégie de communication soigneusement élaborée. Abdoulaye Fall affirme que le Maroc exerce une influence déterminante, voire de contrôle sur la CAF. Entre posture victimaire, rhétorique de résistance et revendication d’autorité institutionnelle, l’intervention révèle autant les tensions entourant la finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) que la responsabilité directe de la FSF dans l’escalade qui a précédé et accompagné l’événement.

🎭 Une narration binaire : Maroc puissant, Sénégal résistant

Le récit proposé par Abdoulaye Fall s’appuie sur une opposition frontale entre deux figures symboliques. D’un côté, un Maroc présenté comme un acteur dominant, disposant de relais au sein de la CAF, notamment à travers la vice-présidence occupée par Faouzi Lekjaa, et capable d’influencer les décisions stratégiques. De l’autre, un Sénégal dépeint comme un acteur courageux, seul contre tous, refusant de se soumettre à un ordre établi jugé inéquitable.

Cette lecture binaire, séduisante pour une opinion publique souvent sensible aux récits de complot et de domination, confère au conflit sportif une dimension quasi politique. Les propos de Fall, affirmant que « jamais un pays ne s’était autant opposé au Maroc », participent à la construction d’un imaginaire où la finale de la CAN devient un théâtre d’affrontement géopolitique autant qu’un événement sportif.

🧩 Un discours qui se fragilise face aux faits

Pourtant, dès que l’on s’attarde sur les détails concrets livrés par le président de la FSF lui-même, cette narration perd de sa cohérence. Abdoulaye Fall reconnaît avoir été reçu personnellement par Faouzi Lekjaa dans son bureau au ministère des Finances marocain, un symbole fort d’ouverture institutionnelle. Il admet également que l’ensemble de ses revendications ont été satisfaites, qu’il s’agisse du renforcement du dispositif sécuritaire, de la mise à disposition d’un terrain d’entraînement alternatif, de billets en loges VIP et même en loge royale. À ce propos, le Sénégal a bien reçu le quota réglementaire de 5% de billets pour la finale, et ceci conformément aux règles en vigueur.

Ces éléments rendent difficilement soutenable l’idée d’un Maroc inflexible ou d’une CAF totalement acquise aux intérêts de Rabat. Au contraire, ils illustrent une capacité de dialogue et d’adaptation rapide face aux exigences de la délégation sénégalaise, parfois dans des conditions qualifiées par Fall lui-même d’exceptionnelles.

🚓 L’arrivée à Rabat : une polémique contredite par les images

L’un des axes majeurs de la contestation concerne l’arrivée de la sélection sénégalaise à Rabat, décrite comme s’étant déroulée dans un climat de « zéro encadrement » et d’« absence totale de sécurité ». Or, cette affirmation est largement contredite par les images diffusées dans les médias et sur les réseaux sociaux, montrant clairement un convoi encadré par plusieurs véhicules de police et deux camionnettes escortant l’autocar depuis la gare de Rabat-Agdal. Le dispositif mis en place ce jour-là mobilisait en effet des unités de la DGSN, des éléments des Forces auxiliaires, des véhicules spécialement affectés à la mission, ainsi que les équipes de sécurité habituellement déployées au niveau de la gare.

Un communiqué de la Fédération sénégalaise de football a précisé l’heure exacte d’arrivée du TGV afin de mobiliser un maximum de supporters sénégalais. La responsabilité ne peut donc être imputée uniquement aux autorités marocaines, mais relève aussi d’une stratégie de communication interne assumée par la fédération sénégalaise. Aucun incident n’a été constaté, aucun trouble à l’ordre public n’a été enregistré et aucune atteinte à l’intégrité de la délégation n’a été signalée à ce moment-là. Il est possible de critiquer une organisation, mais il est inacceptable d’inventer un désordre qui n’a jamais eu lieu.

🏨 Le choix de l’hôtel : une décision transformée en grief

Autre point sensible : l’hébergement de l’équipe. Abdoulaye Fall reconnaît que l’hôtel réservé par la Fédération sénégalaise de football ne convenait pas, car jugé trop central et trop bruyant, allant jusqu’à affirmer qu’« une équipe qui a la trempe du Sénégal ne peut pas y loger ». Pourtant, cet établissement, un hôtel quatre étoiles homologué par la CAF, avait accueilli plusieurs sélections sans difficulté particulière.

Ce détail met en lumière un point essentiel : le choix initial relevait bien de la Fédération sénégalaise de football, qui avait sélectionné l’hôtel parmi plusieurs options proposées par la CAF. La transformation de cette décision interne en reproche adressé au Maroc illustre un mécanisme de déplacement de responsabilité, fréquent dans les discours de crise.

🏟️ Le terrain d’entraînement : un refus stratégique assumé

La même logique prévaut concernant le terrain d’entraînement. Abdoulaye Fall reconnaît le caractère « ultra moderne » du complexe Mohammed VI, mais explique l’avoir refusé non pour des raisons techniques, mais par crainte d’être trop exposé et visible par les Marocains. Il s’agit donc d’un choix stratégique, pleinement assumé, qui a conduit à une demande de changement de site.

Faouzi Lekjaa ayant validé cette requête sans opposition, cet épisode apparaît davantage comme une concession accordée à la FSF que comme une entrave imposée par le pays hôte. Pourtant, cet ajustement logistique est réinterprété a posteriori comme un élément à charge dans la critique globale de l’organisation marocaine.

🧑‍⚖️ L’arbitrage : glissement vers une rhétorique complotiste

Le seul point sur lequel Abdoulaye Fall affirme être resté « impuissant » concerne la désignation de l’arbitre. Le discours change alors de registre pour entrer dans une dimension plus spéculative. Le retard dans l’annonce de l’arbitre est présenté comme une manœuvre volontaire destinée à empêcher toute contestation réglementaire.

Aucune preuve concrète n’est avancée pour étayer cette hypothèse. La conviction est posée comme une évidence, et la lettre de protestation, rédigée avant même la finale et envoyée pendant le match, s’inscrit dans une logique de pression permanente plus que dans une démarche strictement juridique.

🔥 L’incident majeur et l’aveu de responsabilité

Sur l’incident central de la finale, Abdoulaye Fall adopte une posture plus directe en assumant la responsabilité institutionnelle de l’acte posé par le sélectionneur Pape Thiaw, auquel il apporte un soutien total. Il va plus loin en évoquant l’alignement de certains ministres sénégalais sur la stratégie de la FSF, suggérant une ingérence politique dans la gestion d’un événement sportif.

Cette reconnaissance pose une question fondamentale quant aux sanctions disciplinaires à venir de la part de la CAF. La fédération tiendra-t-elle compte de cet aveu explicite de responsabilité dans l’évaluation des faits et dans la détermination d’éventuelles sanctions ?

⚔️ Une stratégie de pression plus qu’un simple conflit sportif

La séquence du communiqué de la FSF menaçant de ne pas disputer la finale, suivie d’un revirement une fois les exigences satisfaites, éclaire la nature profonde de cette crise. Il s’agit moins d’un différend sportif classique que d’une opération de pression méthodiquement orchestrée, utilisant l’opinion publique sénégalaise comme levier.

Dans cette mise en scène, le Maroc devient l’adversaire idéal, la CAF le complice présumé, la finale le terrain de confrontation et la coupe un enjeu symbolique de pouvoir. La logique est simple et redoutablement efficace : soit le Sénégal obtient gain de cause et apparaît victorieux, soit il perd face à un système présenté comme biaisé, renforçant ainsi sa posture de victime héroïque.

Ces diverses déclarations d’une extrême gravité laissent apparaître une ligne de communication bien précise : construire un récit de domination et de déséquilibre, ériger le Sénégal en victime d’un système supposé verrouillé, et déplacer une controverse sportive vers un affrontement politique. L’objectif semble clair : peser sur l’environnement médiatique et institutionnel au moment exact où la commission disciplinaire de la CAF examine de possibles sanctions. Mais cette stratégie comporte un risque majeur. En cherchant à concentrer toute la responsabilité sur un acteur unique, la fédération sénégalaise s’expose à un effet boomerang. À force d’insister sur l’accusation, elle pourrait fragiliser sa propre crédibilité, précisément au moment où l’instance continentale est appelée à rendre une décision déterminante pour l’avenir sportif et disciplinaire du Sénégal.

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