Sahara marocain : le Maroc affine son initiative d’autonomie
À l’approche d’un rendez-vous diplomatique décisif aux Nations unies, Rabat affine sa stratégie et choisit de reprendre l’initiative sur un dossier aussi ancien que structurant pour sa politique étrangère. Le calendrier onusien, les équilibres géopolitiques et les rapports de force régionaux offrent au Royaume une fenêtre qu’il entend exploiter pleinement.
🌍 Sahara occidental : le Maroc affine son plan d’autonomie à l’heure de vérité onusienne
🧭 Une séquence diplomatique soigneusement préparée
Selon des informations révélées par Africa Intelligence, le Maroc s’apprête à soumettre une version détaillée, enrichie et politiquement structurée de son initiative d’autonomie pour le Sahara occidental. Cette démarche intervient en amont d’une étape clé : la revue stratégique du mandat de la MINURSO, attendue courant avril devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Un timing qui ne doit rien au hasard et qui traduit une volonté claire de peser sur l’orientation future du dispositif onusien dans la région.
Cette initiative marocaine s’inscrit directement dans le cadre de la résolution 2797, adoptée le 31 octobre dernier. Par ce texte, le Conseil de sécurité a demandé au secrétaire général des Nations unies, António Guterres, de présenter, dans un délai de six mois après la prorogation du mandat de la MINURSO, un examen stratégique sur l’avenir de la mission, en tenant explicitement compte de l’état et de l’issue des négociations politiques.
📜 Résolution 2797 : une opportunité politique assumée par Rabat
Pour Rabat, la résolution 2797 marque un tournant. Elle introduit, noir sur blanc, la notion de réflexion stratégique sur le futur de la MINURSO, au-delà de sa simple reconduction technique. Dans ce contexte, le Maroc entend proposer une vision structurée, cohérente et actualisée de sa solution d’autonomie, présentée depuis 2007 comme la seule option réaliste, crédible et durable pour clore le différend.
D’après Africa Intelligence, le document en préparation vise notamment à clarifier la question de la représentation politique des réfugiés sahraouis vivant dans les camps de Tindouf, en Algérie. Ce point, longtemps laissé dans le flou par le processus onusien, constitue l’un des angles morts du dossier et un levier stratégique pour Rabat, qui remet régulièrement en cause la légitimité des porte-parole autoproclamés du Polisario.
🏛️ Tindouf au cœur du débat sur la représentativité
En intégrant explicitement la question de la représentativité politique des populations sahraouies dans les camps algériens, le Maroc cherche à déplacer le centre de gravité du débat. L’objectif est double : souligner l’absence de mécanismes démocratiques transparents dans ces camps et poser la question de la responsabilité politique de l’Algérie, pays hôte, dans la gestion de cette population depuis plusieurs décennies.
Cette approche vise à replacer le différend dans une lecture plus large, mêlant droit international, gouvernance, droits politiques et responsabilité régionale. En mettant en avant ces éléments, Rabat espère convaincre les membres du Conseil de sécurité que le statu quo n’est plus tenable et que l’autonomie sous souveraineté marocaine constitue une issue pragmatique.
🤝 Une concertation nationale et internationale élargie
Cette nouvelle version du plan d’autonomie n’est pas le fruit d’un travail isolé. En novembre dernier, le Palais royalavait officiellement invité les partis politiques marocains à formuler des propositions afin d’enrichir et d’actualiser l’initiative. Cette démarche vise à renforcer la dimension consensuelle et transpartisane du dossier du Sahara, présenté comme une cause nationale dépassant les clivages politiques internes.
Parallèlement, le Maroc a engagé des consultations diplomatiques approfondies avec ses principaux alliés internationaux, notamment la France et les États-Unis. Ces échanges ont pour objectif d’aligner le contenu du document avec les attentes des partenaires clés de Rabat au Conseil de sécurité, tout en consolidant les soutiens déjà acquis à l’initiative marocaine d’autonomie.
🌐 Un contexte international favorable au Maroc
Cette offensive diplomatique intervient dans un environnement international que Rabat juge plus favorable que par le passé. La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara, les positions de plus en plus explicites de plusieurs pays européens et africains, ainsi que l’ouverture de consulats dans les provinces du Sud, ont progressivement redessiné les équilibres autour du dossier.
Dans ce contexte, la présentation d’un plan d’autonomie plus détaillé, plus institutionnalisé et plus lisible pour les acteurs internationaux vise à transformer ces soutiens politiques en leviers concrets au sein du processus onusien. L’enjeu est désormais d’influencer le contenu même de la revue stratégique de la MINURSO.
🔮 Vers un repositionnement du mandat de la MINURSO ?
En filigrane, la démarche marocaine pose une question centrale : celle de l’avenir du mandat de la MINURSO. Créée initialement pour organiser un référendum jamais réalisé, la mission onusienne se retrouve aujourd’hui confrontée à une impasse structurelle. Rabat entend profiter de la revue stratégique demandée par le Conseil de sécurité pour promouvoir une évolution du mandat, davantage orientée vers l’accompagnement d’une solution politique négociée autour de l’autonomie.
Si cette approche venait à s’imposer, elle pourrait marquer un tournant majeur dans un dossier enlisé depuis près de cinquante ans. Pour le Maroc, l’heure n’est plus à la gestion du conflit, mais à sa résolution définitive, dans un cadre qu’il estime conforme à la légalité internationale et aux réalités du terrain.
