Le Maroc va-t-il renoncer à Sebta, à Melilla et aux îles occupées ?
Dans un contexte diplomatique marqué par de profonds réajustements entre Rabat et Madrid, la question sensible de Sebta (Ceuta pour les espagnols) et Melilla refait surface dans le débat médiatique espagnol. Alors que le gouvernement de Pedro Sánchez mise sur une « nouvelle étape » des relations bilatérales avec le Maroc après son soutien au plan d’autonomie pour le Sahara, certains médias ibériques estiment que le Royaume n’aurait nullement renoncé à ses revendications historiques sur les deux villes autonomes espagnoles situées en Afrique du Nord.
🗞️ Un avertissement venu de la presse espagnole
Le quotidien espagnol Ok Diario affirme que le Maroc ne renoncera pas à ses revendications sur Sebta et Melilla, contrairement aux assurances implicites que le gouvernement espagnol pense avoir obtenues après son changement de position sur la question du Sahara marocain. Selon ce journal, l’exécutif dirigé par Pedro Sánchez ferait preuve d’un excès de confiance en supposant que le rapprochement diplomatique avec Rabat suffirait à clore définitivement le dossier de la souveraineté des deux enclaves.
Ok Diario soutient que le Royaume du Maroc n’a fourni aucune garantie explicite de respect de la souveraineté espagnole de Sebta et Melilla, et que les ambitions marocaines sur ces territoires restent intactes, même si elles ne sont pas exprimées publiquement dans le cadre des relations officielles actuelles. Le journal évoque une stratégie de long terme, fondée sur une hiérarchisation des priorités diplomatiques de Rabat.
🧭 La « feuille de route » marocaine remise en lumière
Pour étayer son analyse, le quotidien espagnol se réfère à des déclarations anciennes mais jugées révélatrices de l’ancien chef du gouvernement marocain, Saâd-Eddine El Othmani. Dans un entretien accordé le 19 décembre 2020 au journal marocain Acharq Al Awsat, celui-ci avait clairement indiqué que la question de Sebta et Melilla demeurait ouverte, tout en précisant l’ordre des priorités stratégiques du Royaume.
« Cette question sera ouverte un jour. Nous devons d’abord régler la question du Sahara. C’est la priorité pour le moment », avait déclaré El Othmani. Pour Ok Diario, ces propos constituent la clé de lecture de la politique étrangère marocaine, suggérant que Rabat avancerait par étapes successives, en consolidant d’abord ses positions sur le dossier du Sahara avant d’aborder d’autres contentieux territoriaux.
🌍 Le Sahara, premier objectif atteint selon Ok Diario
En s’appuyant sur cette analyse, le journal estime que le Maroc vient de franchir une étape décisive en obtenant le soutien officiel de l’Espagne au plan d’autonomie marocain pour le Sahara, désormais qualifié par Madrid de solution « la plus crédible, la plus réaliste et la plus durable ». Pour Ok Diario, cette évolution diplomatique majeure conforte la thèse selon laquelle Rabat avance méthodiquement sur ses dossiers stratégiques, sans renoncer à ses revendications historiques à long terme.
Le quotidien espagnol interprète ainsi le recentrage de la position espagnole comme une victoire diplomatique marocaine, susceptible de renforcer la confiance du Royaume dans la poursuite de sa feuille de route régionale, y compris sur les questions sensibles de Sebta et Melilla, régulièrement qualifiées au Maroc de vestiges du passé colonial.
🤝 Madrid mise sur une « nouvelle étape » bilatérale
Face à ces analyses critiques, le gouvernement espagnol défend une lecture radicalement différente. Pour l’exécutif de Pedro Sánchez, l’accord politique conclu avec Rabat ouvre une nouvelle phase des relations maroco-espagnoles, fondée sur des principes clairement énoncés : respect mutuel, respect des engagements signés, rejet des actions unilatérales, transparence et communication permanente.
Selon Madrid, ce nouveau cadre de coopération est précisément destiné à garantir la stabilité régionale, la souveraineté, l’intégrité territoriale et la prospérité partagée des deux pays. Les autorités espagnoles assurent que le rapprochement avec le Maroc vise à prévenir les crises diplomatiques récurrentes qui ont marqué la dernière décennie, notamment autour des questions migratoires, sécuritaires et frontalières.
🚨 Sebta et Melilla au cœur des attentes locales
C’est dans ce climat chargé que le président du gouvernement espagnol est attendu ce mercredi à Sebta et Melilla. Cette visite revêt une forte portée symbolique, alors que les habitants des deux villes autonomes restent particulièrement attentifs aux conséquences concrètes du réchauffement diplomatique avec Rabat.
Selon plusieurs observateurs, Pedro Sánchez pourrait profiter de ce déplacement pour annoncer des mesures destinées à rassurer les populations locales, notamment la réouverture complète des frontières terrestres avec le Maroc, un enjeu économique et social majeur pour Sebta et Melilla après des années de restrictions et de fermetures prolongées.
🔮 Une équation diplomatique encore fragile
Entre discours de confiance officielle et mises en garde médiatiques, la question de Sebta et Melilla continue de cristalliser les interrogations sur l’avenir des relations entre le Maroc et l’Espagne. Si Madrid parie sur une relation apaisée et prévisible, certains médias rappellent que les équilibres géopolitiques en Méditerranée occidentale restent mouvants et que les dossiers territoriaux, même mis en veille, ne disparaissent jamais complètement de l’agenda diplomatique.
Dans cette zone stratégique où se croisent intérêts politiques, sécuritaires et économiques, l’évolution du dialogue maroco-espagnol sera scrutée de près, tant par les acteurs locaux que par les partenaires européens, conscients que la stabilité de Sebta et Melilla dépasse largement le cadre bilatéral.
