Le Maroc et le Sénégal renforcent leur partenariat stratégique à Rabat avec 16 accords, posant les bases d’une coopération économique et politique durable
À Rabat, la 15ᵉ session de la Haute commission mixte de coopération maroco-sénégalaise a marqué une étape décisive dans le raffermissement des relations bilatérales entre le Maroc et le Sénégal. Au-delà de la solennité diplomatique, cette rencontre a consacré un véritable resserrement stratégique, fondé sur une vision partagée du développement, de la stabilité régionale et de l’intégration économique africaine. En actant la signature de seize accords sectoriels, les deux pays affirment leur volonté de transformer une relation historique en un partenariat structurant, capable de résister aux tensions conjoncturelles et de s’inscrire dans une dynamique durable.
🇲🇦🤝🇸🇳 Un partenariat stratégique inscrit dans la continuité historique
Le Maroc et le Sénégal entretiennent des relations séculaires, façonnées par des échanges religieux, culturels, commerciaux et humains qui précèdent largement la construction des États modernes. Cette profondeur historique a été rappelée avec force par les chefs de gouvernement, Aziz Akhannouch et Ousmane Sonko, qui ont insisté sur la singularité de ce lien bilatéral au sein de l’espace africain. À Rabat, cette mémoire partagée s’est traduite par une ambition commune : élever la coopération maroco-sénégalaise à un niveau supérieur, en cohérence avec les orientations stratégiques du roi Mohammed VI et du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye.
L’objectif affiché est de faire de cette relation un modèle de partenariat Sud-Sud, fondé sur la complémentarité économique, la solidarité politique et la convergence diplomatique. Dans un contexte africain marqué par des recompositions géopolitiques rapides, Rabat et Dakar entendent consolider leur alliance comme un pôle de stabilité et de projection stratégique.
📜 Seize accords pour structurer une coopération multisectorielle
La signature de seize accords et instruments juridiques constitue l’ossature concrète de ce rapprochement stratégique. Ces textes couvrent des domaines clés du développement, allant de l’enseignement supérieur à l’industrie, en passant par l’agriculture, la pêche maritime, les infrastructures portuaires, la sécurité sanitaire animale et la formation professionnelle. Ils traduisent une approche globale de la coopération, où l’économie, le capital humain et la souveraineté alimentaire sont considérés comme des leviers indissociables.
À travers ces accords, le partenariat Maroc Sénégal prend une dimension opérationnelle renforcée. Il ne s’agit plus seulement d’une relation politique privilégiée, mais d’un dispositif structuré capable de générer des impacts tangibles sur les économies respectives. L’accent mis sur les PME, l’industrialisation et la formation traduit la volonté commune de stimuler une croissance inclusive et durable.
🌍 Une volonté politique affirmée au plus haut niveau
La rencontre de Rabat a été placée sous la présidence directe des chefs de gouvernement, soulignant l’importance politique accordée à cette relation. Aziz Akhannouch a rappelé que ce partenariat s’inscrit dans la vision africaine du Maroc, portée par le roi Mohammed VI, qui fait de la coopération Sud-Sud un pilier de la diplomatie marocaine. Il a notamment évoqué la centralité de la cause nationale, mettant en avant le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine comme solution politique réaliste, tout en soulignant les initiatives royales en direction du Sahel et de la façade atlantique.
Ce positionnement inscrit la relation avec le Sénégal dans une perspective géostratégique plus large, où Rabat cherche à consolider des alliances africaines structurantes, capables de soutenir ses orientations diplomatiques majeures et de renforcer son ancrage continental.
⚖️ Les attentes sénégalaises : commerce et dimension humaine
De son côté, Ousmane Sonko a formulé des attentes claires, appelant à un rééquilibrage de la balance commerciale en faveur de Dakar. Cette demande reflète la volonté du Sénégal de faire de la coopération économique un échange plus symétrique, où les flux d’investissements et de marchandises bénéficient de manière plus équilibrée aux deux économies.
Le Premier ministre sénégalais a également insisté sur l’importance d’accorder une attention accrue à la communauté sénégalaise établie au Maroc. Cette dimension humaine est au cœur de la relation bilatérale, car elle incarne la réalité quotidienne des liens entre les deux sociétés. La protection, l’intégration et la valorisation de cette diaspora constituent un enjeu central pour consolider une coopération fondée sur la confiance et la réciprocité.
⚽ La CAN-2025 replacée dans son contexte émotionnel
Sans l’éluder, Ousmane Sonko a abordé la question sensible liée à la finale de la CAN-2025, qui avait suscité des tensions ponctuelles dans l’opinion publique. Il a appelé à une lecture apaisée de ces événements, estimant que les dérapages observés ne doivent ni être niés, ni dramatisés. Selon lui, ils relèvent avant tout d’excès émotionnels liés à la ferveur sportive, et non de fractures politiques ou culturelles profondes.
Cette déclaration a contribué à replacer l’incident dans une perspective mesurée, confirmant la volonté des deux gouvernements de préserver l’essentiel : une relation stratégique solide, qui dépasse les aléas de l’actualité sportive ou médiatique.
🏭 L’OCP et la coopération économique comme leviers d’avenir
Dans le cadre de sa visite officielle, Ousmane Sonko s’est rendu au complexe de l’OCP à Benguérir, symbole de la puissance industrielle marocaine dans le secteur des phosphates et des engrais. Cette étape illustre l’importance accordée à la coopération économique concrète, notamment dans des domaines stratégiques comme l’agriculture et la sécurité alimentaire, où les deux pays partagent des intérêts convergents.
La tenue programmée d’une réunion d’hommes d’affaires marocains et sénégalais à Casablanca confirme cette orientation pragmatique. L’objectif est d’identifier de nouvelles opportunités d’investissement croisé, capables de dynamiser les échanges commerciaux et de favoriser l’émergence de partenariats industriels structurants.
🌐 Une relation transformée en levier stratégique africain
Au-delà des signatures et des discours, la 15ᵉ session de la Haute commission mixte de coopération consacre une trajectoire politique claire : Rabat et Dakar entendent faire de leur relation un levier stratégique durable. L’économie, la diplomatie et les liens humains sont pensés comme des dimensions complémentaires d’un même projet, celui de construire une alliance africaine forte, stable et tournée vers l’avenir.
Le rapprochement Maroc Sénégal s’inscrit ainsi dans une logique de long terme, où la coopération bilatérale devient un instrument d’influence régionale, de stabilité politique et de prospérité partagée. Dans un continent en quête de nouveaux équilibres, cette dynamique illustre la montée en puissance d’un modèle de partenariat africain fondé sur la responsabilité, la souveraineté et la solidarité.

