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Corridor atlantique : l’axe Maroc-Sénégal en marche

Maroc Sénégal Morocco

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Le partenariat entre le Maroc et le Sénégal est en train de changer de dimension. Longtemps fondée sur des échanges commerciaux classiques et une coopération diplomatique solide, la relation bilatérale s’oriente désormais vers un projet beaucoup plus structurant : la construction d’un corridor industriel et logistique intégré sur l’Atlantique africain. Pour Zakaria Fahim, analyste économique et président de Hub Africa, il ne s’agit plus seulement de renforcer des flux commerciaux, mais de bâtir une architecture économique régionale fondée sur la co-industrialisation, la souveraineté alimentaire, la transition énergétique et l’intégration des chaînes de valeur africaines.

🌍 🇲🇦🇸🇳 Un axe stratégique atlantique en pleine maturation

Au-delà des enjeux sportifs ou diplomatiques, une compétition plus silencieuse mais infiniment plus décisive se joue aujourd’hui : celle de l’intégration économique maroco-sénégalaise. À l’occasion de la 15ᵉ session de la Haute Commission mixte, le message est clair : l’heure n’est plus aux déclarations d’intention, mais à la consolidation d’un axe stratégique atlantique capable de structurer durablement l’économie de l’Afrique de l’Ouest. Le Maroc et le Sénégal partagent une relation historique qui dépasse largement le cadre du commerce. Selon Zakaria Fahim, le Royaume s’est imposé comme le premier investisseur africain au Sénégal, ce qui témoigne d’un niveau de confiance économique rarement atteint entre deux pays du continent.

Cette dynamique s’appuie sur un écosystème déjà dense, dominé par la banque, les télécommunications, le BTP et l’immobilier. Les groupes marocains financent, construisent et accompagnent la croissance sénégalaise, tandis que Dakar s’affirme comme une porte d’entrée naturelle vers l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. En 2024, les échanges bilatéraux ont dépassé 370 millions de dollars, révélant une relation encore asymétrique mais porteuse d’un potentiel industriel considérable.

📊 🇲🇦🇸🇳 Des échanges asymétriques porteurs de co-industrialisation

Aujourd’hui, la structure des échanges repose sur une logique classique : le Maroc exporte principalement des produits manufacturés, tandis que le Sénégal fournit des ressources halieutiques et agricoles. Pour Zakaria Fahim, ce déséquilibre n’est pas une faiblesse, mais une opportunité stratégique. Il constitue un appel direct à la co-industrialisation, c’est-à-dire à la création d’unités de transformation locales capables de produire davantage de valeur ajoutée sur le sol sénégalais tout en s’insérant dans des chaînes industrielles régionales pilotées conjointement.

Cette approche permettrait de dépasser la simple relation export-import pour entrer dans une logique de production partagée, où chaque pays apporte ses avantages comparatifs. Le Maroc mettrait à disposition son savoir-faire industriel, financier et logistique, tandis que le Sénégal valoriserait son positionnement géographique et ses ressources naturelles.

🚛 🇲🇦🇸🇳 Les freins actuels à lever pour accélérer l’intégration

Trois obstacles majeurs freinent encore la pleine intégration économique entre les deux pays. Le premier est logistique, avec un coût élevé du transport terrestre malgré l’importance stratégique du passage d’El Guerguerat. Le second est commercial, marqué par une asymétrie persistante qui appelle la création d’unités de transformation industrielle locales au Sénégal. Le troisième est normatif, lié à l’absence de reconnaissance mutuelle des certifications et standards, ce qui ralentit artificiellement la circulation des marchandises.

Pour Zakaria Fahim, ces freins ne sont ni structurels ni insurmontables. Ils sont politiques et techniques, donc parfaitement solubles dès lors qu’une volonté stratégique commune se manifeste. Leur résolution ouvrirait la voie à une accélération spectaculaire des flux économiques bilatéraux.

🌐 🇲🇦🇸🇳 La ZLECAF comme catalyseur d’un modèle africain intégré

L’entrée dans la phase opérationnelle de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) constitue une opportunité historique pour le tandem maroco-sénégalais. Elle permet d’imaginer des chaînes de valeur intégrées à l’échelle continentale : produire au Maroc, transformer au Sénégal, exporter sous label africain vers le reste du continent et au-delà. C’est dans cette architecture que se joue la montée en gamme de l’économie africaine.

Ce modèle offre la possibilité de sortir d’une économie fondée sur l’exportation brute de matières premières pour entrer dans une logique industrielle complète, créatrice d’emplois qualifiés, de transfert de compétences et de souveraineté économique.

🌾 🇲🇦🇸🇳 La souveraineté alimentaire comme pilier stratégique

La souveraineté alimentaire représente aujourd’hui l’un des combats économiques majeurs de l’Afrique. Le Maroc, fort de son expertise dans les phosphates et la production d’engrais, et le Sénégal, riche de son potentiel agricole et gazier, disposent de tous les leviers pour bâtir un partenariat agro-industriel de long terme. La mise en place de solutions de blending local, la création de hubs logistiques à Dakhla et l’adaptation des fertilisants aux sols sénégalais pourraient augmenter les rendements agricoles de 30 à 50 %, tout en réduisant les coûts pour les agriculteurs.

Cette coopération permettrait de sécuriser l’approvisionnement alimentaire tout en construisant une véritable industrie agricole africaine compétitive.

🏗️ 🇲🇦🇸🇳 Vers un corridor atlantique industriel intégré

Pour Zakaria Fahim, qualifier le Maroc uniquement de hub est insuffisant. Le Royaume est aujourd’hui un hub logistique avec Tanger Med et Dakhla Atlantique, un hub aérien autour de Casablanca, un hub financier avec Casablanca Finance City et un hub de compétences en ingénierie et formation. L’étape suivante est de bâtir avec le Sénégal un hub miroir. Casablanca deviendrait le cerveau financier, tandis que l’axe Dakhla-Dakar incarnerait le moteur industriel d’un corridor atlantique intégré au service de l’Afrique de l’Ouest.

Ce corridor permettrait de transformer l’Atlantique africain non plus en frontière économique, mais en espace de prospérité partagée.

⚓ 🇲🇦🇸🇳 Dakhla Atlantique, futur pivot logistique régional

Le port de Dakhla Atlantique, en phase avancée de réalisation, est conçu comme un accélérateur majeur de cette intégration. Il réduira drastiquement les délais logistiques entre Casablanca et Dakar et repositionnera Dakhla et Laâyoune comme plateformes avancées vers l’Afrique subsaharienne. Autour de cette infrastructure pourront émerger des zones industrielles partagées dédiées à l’agro-industrie, à la pêche transformée et à la logistique du froid.

Cette dynamique transforme les provinces du Sud en piliers économiques régionaux, parfaitement intégrés dans les circuits commerciaux africains et internationaux.

⚡ 🇲🇦🇸🇳 Énergie verte et souveraineté énergétique régionale

La complémentarité énergétique entre les deux pays renforce encore cette vision. Le Sénégal, nouveau producteur de gaz, et le Maroc, leader africain des énergies renouvelables, disposent ensemble de la capacité de bâtir une véritable souveraineté énergétique régionale. L’économie bleue, l’énergie verte et l’industrialisation durable constituent les piliers d’un modèle de développement moderne, compétitif et résilient.

Pour Zakaria Fahim, l’enjeu dépasse la coopération bilatérale. Il s’agit de créer un modèle africain reproductible, fondé sur la complémentarité, l’intégration régionale et la montée en gamme industrielle.

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