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France : une usine transférée vers le Maroc, Allemagne et Hongrie

Lisi Automotive usine France Maroc Allemagne Hongrie

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La fermeture annoncée de l’usine Lisi Automotive de Puiseux-Pontoise et l’éventualité d’un transfert de la production vers le Maroc ont provoqué une onde de choc d’une rare violence sociale dans le Val-d’Oise. Pour les 170 salariés du site, cette décision brutale sonne comme la fin d’une histoire industrielle vieille de plus de soixante ans et l’effondrement d’un savoir-faire reconnu dans toute la filière automobile européenne.

🏭 Fermeture de Lisi Automotive : un séisme industriel et social dans le Val-d’Oise

L’annonce est tombée sans ménagement, laissant les salariés dans un état de sidération totale. À Puiseux-Pontoise, l’usine Lisi Automotive, pilier discret mais stratégique de la sous-traitance automobile française, se prépare à baisser définitivement le rideau. La perspective d’un transfert d’une partie de la production vers le Maroc, mais aussi vers l’Allemagne et la Hongrie, renforce le sentiment d’injustice chez les ouvriers, qui dénoncent une décision dictée uniquement par la logique des coûts, au détriment de l’humain et du tissu industriel local.

Autour d’un feu de palettes improvisé devant les grilles de l’usine, les salariés en grève tentent de mesurer l’ampleur de ce qui leur arrive. Beaucoup parlent d’une annonce « sauvage », d’une violence sociale qui dépasse l’entendement. Le choc est d’autant plus rude que rien, selon eux, ne laissait présager une telle issue à court terme.

🔥 Une colère ouvrière face à une annonce jugée brutale

Le climat est lourd, chargé d’émotions mêlant incompréhension, colère et tristesse. Les ouvriers évoquent une décision imposée sans véritable concertation, vécue comme une rupture brutale de confiance. Certains décrivent un sentiment d’abandon après des décennies de loyauté envers l’entreprise. « On ne s’y attendait absolument pas, c’est tombé comme un couperet », confient-ils, encore sonnés par la rapidité du processus.

Cette fermeture remet en cause non seulement leur avenir professionnel, mais aussi l’équilibre de leurs vies personnelles et familiales. Pour beaucoup, travailler à Puiseux-Pontoise était synonyme de stabilité, de proximité géographique et de continuité dans une carrière industrielle construite patiemment.

⚙️ Un site historique au cœur de l’industrie automobile française

Depuis 1958, l’usine de Puiseux-Pontoise était une référence dans la fabrication de pièces de fixation automobile, fournissant des constructeurs majeurs comme Renault, Stellantis ou encore Mercedes. Spécialisé dans les pièces à clipper, le site avait développé un savoir-faire technique rare, reconnu pour sa précision et sa capacité d’innovation.

Ce qui nourrit aujourd’hui l’amertume des salariés, c’est que ce même savoir-faire a servi de socle à l’expansion internationale du groupe. Les équipes françaises avaient elles-mêmes participé à la formation des ouvriers de la nouvelle usine de Tanger, au Maroc. Pour beaucoup, la situation actuelle ressemble à un cruel retournement de situation. Ils estiment avoir contribué, par leur expertise, à bâtir les outils de production qui serviront désormais à remplacer leur propre emploi.

🌍 Le Maroc, symbole d’une mondialisation qui inquiète

La perspective d’un transfert partiel de la production vers le Maroc cristallise les tensions. Le royaume chérifien est devenu ces dernières années un hub industriel majeur dans le secteur automobile, grâce à des coûts de production plus faibles, une énergie moins onéreuse et une politique industrielle très offensive. Pour la direction de Lisi Automotive, ce choix s’inscrit dans une logique de compétitivité mondiale.

Pour les salariés français, il est perçu comme l’illustration la plus brutale d’une délocalisation industrielle qui sacrifie l’emploi local sur l’autel de la rentabilité. L’indignation est palpable lorsque certains rappellent que « tout a été pensé ici », que l’intelligence industrielle du site de Puiseux-Pontoise a servi de base à l’implantation marocaine.

📉 Une direction qui invoque la crise structurelle de l’automobile

La direction du groupe justifie sa décision par une crise structurelle du marché automobile, aggravée par la hausse des coûts de l’énergie et la pression constante exercée par les constructeurs pour obtenir des prix toujours plus bas. Selon Vincent Quinaux, directeur général de la branche, le diagnostic est clair : « le site n’est plus compétitif ».

Dans cette logique, la stratégie du groupe consiste à concentrer la production dans des zones géographiques où les coûts sont maîtrisés et la rentabilité assurée. L’Allemagne, la Hongrie et le Maroc apparaissent ainsi comme des relais industriels capables de répondre aux exigences financières imposées par les donneurs d’ordre du secteur.

🧩 Un démantèlement progressif qui scelle la fin du site

La fermeture de l’usine se fera en deux temps. La production de plastique cessera dès l’été, avant l’arrêt définitif de la production de métal prévu pour le mois d’octobre. Cette chronologie donne aux salariés l’impression d’un démantèlement méthodique, inéluctable, qui transforme chaque mois en compte à rebours angoissant.

Même si la direction promet des solutions de reclassement interne, notamment dans la branche aéronautique du groupe, celles-ci impliquent une mobilité géographique vers Bordeaux, Toulouse ou Troyes. Pour beaucoup d’ouvriers du Val-d’Oise, ces propositions sont difficilement envisageables, tant pour des raisons familiales qu’économiques.

🧳 Des perspectives de reclassement jugées irréalistes

Sur les 170 salariés concernés, 135 sont directement touchés par la fermeture. Les solutions de reclassement, bien qu’existantes sur le papier, apparaissent à beaucoup comme une alternative théorique plutôt que réelle. Quitter la région parisienne signifie abandonner un cadre de vie, un logement, une organisation familiale parfois construite depuis plusieurs décennies.

Cette contrainte renforce l’angoisse d’un avenir professionnel incertain et alimente la colère contre une direction perçue comme déconnectée des réalités sociales.

✊ Un bras de fer social qui ne fait que commencer

Les salariés ont décidé de ne pas reprendre le travail avant l’ouverture officielle des négociations prévue pour le 28 janvier. Ils dénoncent ce qu’ils considèrent comme une stratégie de dissimulation, affirmant avoir été incités à maintenir la production pendant les fêtes de fin d’année sous prétexte de commandes urgentes, alors que la décision de fermeture était déjà actée.

Cette situation renforce leur sentiment d’avoir été instrumentalisés jusqu’au bout pour constituer des stocks, avant d’être brutalement mis devant le fait accompli. La grève apparaît désormais comme le seul levier dont ils disposent pour peser dans les discussions à venir.

🕊️ Une lutte pour la dignité et la reconnaissance

Derrière les chiffres et les stratégies industrielles, c’est avant tout une bataille pour la dignité des travailleurs qui se joue à Puiseux-Pontoise. Les salariés réclament une reconnaissance de leur engagement, de leur expertise et de leur contribution à la réussite du groupe. Ils ne veulent pas être réduits à de simples variables d’ajustement dans une équation financière globale.

La fermeture de Lisi Automotive symbolise ainsi les tensions profondes entre mondialisation industrielle, compétitivité économique et justice sociale. Elle rappelle que chaque décision stratégique prise dans les sièges des grandes entreprises se traduit, sur le terrain, par des bouleversements humains majeurs.

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