Les régimes de retraite sont en crise au Maroc

La plupart des retraités vivent dans la précarité. Et, pour ne rien arranger, tous les régimes de retraite sont au bord de la faillite. Le sort de millions de Marocains est donc incertain.




Dans la fonction publique, deux fonctionnaires peuvent avoir suivi des carrières similaires et effectué presque les mêmes tâches.

Mais, une fois à la retraite, leur sort change complètement. Ceux qui sont affiliés à la CMR s’en sortent plutôt bien alors que, pour leurs confrères affilés au RCAR, c’est la galère, constate le quotidien Al Akhbar qui consacre un dossier aux régimes de retraite dans son édition du lundi 3 février.

Ainsi, note le quotidien, les fonctionnaires affiliés au RCAR se retrouvent avec une pension de retraite ne dépassant pas les 4.000 dirhams.

Soit, précisons-le, un peu moins que la pension maximale de 4.200 dirhams servie par la CNSS. Des revenus insuffisants pour subvenir aux besoins des familles, note le quotidien.

Dans la majorité des cas, ces retraités vivent dans des conditions sociales très difficiles et frôlent le plus souvent la dépression. Aujourd’hui, ils ont décidé de se révolter contre ce qu’ils qualifient d’«insouciance du gouvernement».

Ayant constaté que l’accord social, signé en avril de l’année dernière, n’évoque aucunement leur cas, il ont décidé de saisir le chef du gouvernement.




Dans une lettre qu’ils viennent de lui adresser, ils appellent à revaloriser leur pension minimale de manière à la faire coïncider avec le SMIG de la fonction publique, soit 3.000 dirhams.

Ils exigent également une revalorisation de la pension perçue par les veuves, qui reçoivent l’équivalent de la moitié de la pension de leurs défunts maris.

Dans leur lettre adressée au chef du gouvernement, les retraités ont également contesté le régime des impôts appliqué aux pensions de retraites et revendiqué une carte leur permettant l’accès gratuit aux services publics, notamment à la santé, ainsi que la création d’espaces de loisirs pour les retraités et la mise en place d’un système de prêts bancaire sans intérêts pour notamment leur permettre l’accès au logement.

Interrogé sur la question, le dirigeant d’un syndicat des retraités, affilié au MP, affirme que le gouvernement est responsable de la situation dans laquelle se trouvent les caisses de retraite.

Il estime que cette situation reste encore floue, bien que les réserves continuent d’augmenter. Ce qui contraste d’ailleurs, estime-t-il, avec les nombreuses études réalisées sur le sujet. Le gouvernement doit donc tirer cette affaire au clair, note-t-il.

Le syndicaliste a, par ailleurs, relevé que la situation des retraités qui perçoivent une pension de 1.500 dirhams était tout simplement catastrophique, la situation de ceux qui touchent une pension de 6.000 dirhams étant déjà précaire.




Pour le gouvernement, note le quotidien, l’une des causes de la crise des caisses de retraite est la longévité des retraités.

L’allongement de la durée de vie des Marocains engendre, en effet, une pression sur les caisses de retraite au moment où le ratio du nombre des personnes actives sur le nombre des retraités ne cesse de décroître. Ce ratio est passé, en effet, de 10 actifs pour un retraité en 1986 à seulement 2,38 en 2014.

Par ailleurs, le facteur démographique a eu une incidence importante sur la pérennité des caisses de retraite. Ainsi, alors que la durée de vie s’allonge, les jeunes accèdent de plus en plus en tard, et dans un nombre moindre, au marché du travail.

Pour illustrer cette situation, le nombre des retraités a grimpé de 5% entre 2013 et 2014, alors que le nombre des personnes actives n’a connu qu’une évolution de 1,26%.

C’est sans doute pour cela, et pour bien d’autres facteurs que, selon une étude de l’ACAPS citée par le quotidien, tous les régimes de retraite sont actuellement au bord de la faillite.

En conséquence, le sort de millions de Marocains est aujourd’hui incertain.




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