Visas: pourquoi l’Europe refuse de plus en plus de demandes?

Si les demandes de visas pour l’UE sont plus nombreuses depuis 2014, le pourcentage des refus a augmenté de manière plus importante cette année. Pourquoi l’Europe ferme-t-elle de plus en plus ses portes?




Retards de délivrance, hausse des refus, délais très longs de rendez-vous…les Marocains semblent être de moins en moins les bienvenus sur le Vieux continent.

Un dossier de l’hebdomadaire TelQuel met en lumière dans son édition de la semaine les causes du « calvaire » vécu par les Marocains demandeurs de visa pour l’Union européenne.

« Jamais dans l’histoire, la France n’a délivré autant de visas à des Marocains. 400.000 visas ont été délivrés aux Marocains l’année passée, ce qui place le Maroc au deuxième rang derrière la Chine », a déclaré le ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian, en visite au Maroc le 8 juin dernier, expliquant que la France était victime de son « succès », submergée par les demandes de visas.

Pourtant, les témoignages de Marocains n’ayant pas pu obtenir leurs visas pour se rendre en Europe sont de plus en plus nombreux. Depuis plusieurs mois, les sites des prestataires de services des consulats européens, TLS contact et BLS international services, affichent complet pour la France et l’Espagne, relate l’hebdomadaire.




Pour justifier cette attente, les consulats européens avancent l’augmentation des demandes et leur manque de moyens. Mais parallèlement à ce phénomène, on constate l’augmentation des refus de visas.

Pour Mehdi Alioua, le problème n’est ni lié à l’augmentation des demandes, ni au manque de moyens des consulats. « Les statistiques montrent que le nombre de visas accordés a globalement augmenté car on prend en compte toute l’Union Européenne.

Mais ces chiffres masquent une réalité. Si on les détaille, on constate que la France et l’Espagne refusent de plus en plus de visas », dénonce le sociologue et titulaire de la chaire « Migration, globalisation et cosmopolitisme » à l’Université Internationale de Rabat.

En 2018, le nombre de demandes de visas pour la France s’élevait à 362.429 soit une augmentation de 6,9% par rapport à 2017. 15,6% de ces demandes, soit 56.784 ont été refusées, ce qui équivaut à une hausse des refus de 23,6% par rapport à l’année précédente qui en enregistrait 43.377 pour 337.399 demandes, selon le site Schengen Visa Info.

Mehdi Alioua n’est pas le seul à mettre en doute les arguments des consulats.




Elspeth Guild explique que « tous les pays membres de l’Espace Schengen suivent le même règlement européen: le Visa code.

Le fait qu’il y ait de telles variations de traitement d’un consulat d’un pays européen à l’autre montre bien qu’il y a un problème et que tous n’appliquent pas les mêmes règles », soulève la juriste spécialiste du droit européen de la migration.

Dans son étude « Schengen et la politique des visas », coécrit avec Didier Bigo et publié dans la revue Cultures et conflits, la juriste soutient même que « la coopération consulaire locale (…) a tendance à fabriquer des critères ad hoc entre ceux qui méritent le visa et ceux qui ne le méritent pas ».

Autre explication à la hausse des refus: la question des visas serait un « moyen de chantage » de l’UE pour imposer aux pays tiers leur diktat en matière d’immigration et de réadmission de leurs compatriotes, poursuit TelQuel.

C’est l’avis de Mehdi Raïs, docteur en droit public et en sciences politiques, spécialisé dans les relations internationales qui déclare: « Depuis plusieurs années, l’UE utilise la restriction du nombre de visas accordés comme instrument de pression pour pousser le Maroc à signer l’accord communautaire de réadmission (ACR) ».

Une analyse partagée par une source proche de l’ambassade de l’Europe au Maroc: « Comme avec d’autres pays tiers, l’UE utilise la facilitation des visas pour peser dans les négociations diplomatiques des ACR ».




Le Maroc refuse toujours de signer cet accord qui permettrait de renvoyer vers le pays d’origine ou de transit des migrants arrêtés en situation irrégulière sur le territoire du pays d’accueil.

Leader en termes de migration ouverte et humaine aux yeux de l’Union Africaine, le Maroc ne veut surtout pas être perçu comme « le gendarme de l’Afrique », justifie Mehdi Raïs.

Par ailleurs, à l’approche des fêtes de fin d’année, les consulats de France, surtout, et d’Italie ont décidé de réduire le nombre de jours d’attente pour l’obtention du visa après le dépôt des dossiers, informe ce jour Medias24 qui ajoute qu’il n’y a pas encore d’amélioration concernant le délai de prise de rendez-vous.

Le quotidien en ligne informe que le délai de délivrance au niveau français a été réduit à 3 ou 4 jours, selon une source au consulat de France qui a décidé d’accélérer le traitement des dossiers de demandes « pour permettre aux Marocains qui souhaitent se rendre dans l’espace Schengen pour cette fin d’année de le faire selon leurs agendas ».




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