Fès: une lueur d’espoir au bout du sombre tunnel de l’addiction

Ci-après le reportage de Morad Khanchouli qui a remporté ex-aequo jeudi “le prix de l’Agence de presse” de la 16ème édition du Grand prix national de la presse:




Après une longue et douloureuse traversée du désert, ils semblent entrevoir une lueur d’espoir. Eux, ce sont les pensionnaires du Centre d’addictologie de Fès (CAF), ouvert en 2015 pour aider cette catégorie à sortir de l’enfer de l’addiction.

À l’entrée du joli bâtiment peint couleurs gaies, tout est pensé pour encourager le patient -et sa famille- à franchir le pas. Quoique construit dans l’enceinte de l’hôpital psychiatrique Ibn Al Hassan, le centre, devenu en peu de temps une véritable référence, est plutôt une structure de soutien social, un espace de vivre où on prodigue des soins pour le sevrage et l’aide à l’abstinence, où on accompagne les patients dépendants notamment à l’alcool et aux substances psycho-actives.

Avec une capacité de 18 lits, le CAF donne l’impression d’être dans une grande maison familiale, avec en plus un terrain de sport, des salles de culture physique, des espaces pédagogiques et multimédias, un grand salon marocain et un jardin intérieur.

Si au Centre hospitalier universitaire (CHU) Hassan II, dont relève le CAF, on explique que le centre ambitionne de devenir une référence en matière de soins, c’est grâce particulièrement au parcours de soins mis en place par une équipe de spécialistes.

‘’À son arrivée au centre, le patient est reçu par un psychiatre pour un entretien préliminaire, suivi d’une réunion d’une commission regroupant différentes spécialités du centre pour décider de son éventuelle admission’’, explique à la MAP Imane Toufik, psycholo-clinicienne au CAF, spécialiste en psychothérapies cognitivo-comportementales.

Arborant un sourire radieux, qui n’est pas sans effet sur le moral de son interlocuteur, la psychothérapeute précise que les soins varient selon les cas et la substance, mais aussi selon les conditions de prise de la drogue, l’entourage, la situation personnelle et les facteurs à risque.

C’est une fois ces données réunies qu’un protocole correspondant à chaque cas est établi. Mais en général, le traitement passe par deux grandes étapes : la prise de médicaments, dans le cadre d’un traitement psychiatrique, et des séances de psychothérapie.

La journée commence par une séance de relaxation, suivie d’une autre avec le psychiatre pour évaluer l’état de sevrage du patient, puis des séances de psychothérapie.

En parallèle avec le parcours de soins, le patient suit tout un programme d’activités ludiques, artistiques, culturelles et de loisirs pour l’aider à ‘’faire le vide dans sa tête’’ et meubler sa journée.

Jouer au ping-pong, au football, au basket-ball, dessiner, lire, pianoter sur le clavier de l’un des ordinateurs de la salle multimédias, soigner sa condition physique dans la salle de fitness ou s’installer dans le grand salon marocain pour suivre son programme préféré, notamment des matches de football…les responsables veulent mettre toutes les chances aux côtés du patient.

‘’Nous faisons tout pour aider le patient à retrouver une vie normale et adopter les bonnes attitudes une fois sorti du centre’’, assure, l’allure fière, le docteur Jaafari Mounir, médecin résident à l’hôpital Ibn Al Hassan.

‘’Outre la possibilité d’hospitalisation qu’offre le centre, nous traitons tous types d’addictions : cannabis, alcool, drogues dures, extasie, morphine, mais aussi des addictions comportementales qui ne sont pas liées à des produits toxiques’’, détaille-t-il.

Pour des cas où l’addiction est doublée d’une maladie psychologique, la prise en charge se fait aussi bien pour l’addiction que pour la maladie psychique.

Et les résultats sont ‘’encourageants’’, lance docteur Jaafari, relevant que le Centre reçoit un nombre important de demandes de psychologues, d’addictologues et de généralistes pour des patients qui n’arrivent pas s’abstenir malgré une assistance médicale.




Le médecin reste toutefois prudent, estimant que le suivi familial notamment est ‘’déterminant’’ dans l’atteinte des résultats escomptés.

Après la durée d’hospitalisation, qui est d’un mois minimum, les patients, qui sont dans leur majorité âgés de moins de 25 ans et appartenant à toutes les catégories sociales, ne sont pour autant pas livrés à eux-mêmes. Les spécialistes du centre continuent de suivre plus au moins régulièrement chaque patient, qui peut même participer à l’une des séances de groupe de parole, qui a lieu chaque vendredi.

En tous les cas, les patients rencontrés par la MAP sont tous conscients de la chance que leur offre le centre et semblent décidés à tourner la page de l’addiction.

Sous l’œil bienveillant d’Asia Razouk, infirmer chef au centre, mais aussi une grande sœur pour les plus jeunes, une poignée de patients couchent sur un papier leurs sentiments, vécu et espérances, dans le cadre d’un atelier d’expression artistique.

‘’Jamais je ne referai les mêmes erreurs’’, confie l’un d’eux, racontant avoir essayé tous les types de drogues, avant d’atterrir au centre.

À peine 20 ans, il fait preuve d’une maturité étonnante pour son âge. Manifestement, les épreuves que la vie lui a donné à surmonter ont forgé son caractère, mûri sa réflexion.

Son espoir est de ‘’voir toute personne souffrant d’addiction pousser la porte du centre pour apprendre à résister à la tentation et entamer une nouvelle vie’’.

Pour la psychothérapeute Imane Toufik, le centre est porteur d’espoir. Elle cite à cet égard les cas de certains patients passés par le CAF et qui reviennent pour animer avec les psychologues les groupes de parole.

C’est le vœu d’un autre jeune patient, jovial et volubile. Il dit attendre impatiemment le jour où il tournera définitivement la page de l’addiction, où il entamera une nouvelle vie. La première chose qu’il aimerait faire alors, c’est de retourner au centre pour encourager les autres patients à persévérer et leur montrer qu’’’il n’est jamais trop tard pour devenir ce qu’on aurait dû être !’’.

Morad Khanchouli