(Vidéo) « Gilets jaunes » : malgré le « geste » du gouvernement, la contestation se propage à d’autres secteurs

L’exécutif a tenté un « geste » mercredi soir, à trois jours d’une mobilisation à haut risque des « gilets jaunes », en renonçant « pour l’année 2019 » aux augmentations de taxes sur les carburants. Malgré ce geste, la colère des « gilets jaunes » commence à faire tache d’huile dans de nombreux secteurs. Plusieurs professions appellent leur troupe à venir grossir les manifestations de ce week-end.





Les efforts du gouvernement pour calmer la grogne des « gilets jaunes » semblent vains. Malgré l’annonce d’une suppression en 2019 des taxes sur les carburants, les appels à manifester samedi à Paris restent plus que jamais d’actualité. L’Élysée, qui dit craindre « une très grande violence », a exhorté tous les partis politiques, syndicats et patronat à lancer un appel « au calme ». Les dirigeants des grands syndicats nationaux (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC) et de l’Unsa, la FSU et Solidaires se réunissent ce jeudi matin pour faire le point. Mais déjà, certains d’entre eux, dans diverses professions, appellent à se greffer à la mobilisation. Lycées et facultés sont concernés

Les cheminots

La SNCF risque à son tour d’être touchée par les blocages. SUD-Rail, troisième syndicat du groupe ferroviaire, appelle les cheminots à se joindre aux « mobilisations à venir, notamment celle du samedi 8 décembre, et met à disposition son outil syndical et son préavis national reconductible de grève toujours en cours pour permettre, à celles et ceux qui le souhaitent, de se joindre au mouvement, y compris sous cette modalité ». Le syndicat appelle aussi les cheminots à laisser les « gilets jaunes » voyager gratuitement en train. « Donnons la possibilité à l’ensemble des ‘gilets jaunes’ de pouvoir emprunter gratuitement le réseau ferroviaire national qui est la propriété du peuple », écrit SUD-Rail dans un communiqué. Le syndicat veut « permettre aux ‘gilets jaunes’ de pouvoir se rassembler et manifester, à Paris ou en région ». Le «ras-le-bol» exprimé par ces derniers jours est « aussi le nôtre », ainsi « les cheminots doivent de nouveau répondre présents », estime SUD-Rail.




Les salariés de Lafarge-Holcim

Les salariés du cimentier pourraient aussi grossir les rangs des « gilets jaunes ». La CGT du groupe « sera auprès des ‘gilets jaunes’ samedi dès lors qu’il y aura des manifestations », a déclaré Sylvain Moreno, délégué syndical central. « Notre volonté, c’est de défendre la démocratie, le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. On veut faire vivre la démocratie », a-t-il ajouté. « La rue est à tout le monde. Si on n’y va pas, ce sera donner du poids à l’ultra-droite. Parmi les ‘gilets jaunes’, il y a aussi des syndicalistes », a-t-il relevé. La CGT de Lafarge-Holcim ciment participera par ailleurs à la journée d’actions organisée par la confédération CGT le 14 décembre (pour une augmentation « immédiate » des salaires, des pensions et de la protection sociale) mais « on a décidé d’anticiper » cette mobilisation en manifestant samedi avec les « gilets jaunes », a-t-il expliqué.

Les policiers et sapeurs-pompiers

Le syndicat de police Vigi a rejoint le mouvement des « gilets jaunes » en appelant à une grève illimitée des fonctionnaires exerçant des missions supports à partir de ce samedi. « Les revendications portées par le mouvement des ‘gilets jaunes’ nous concernent tous. Il est temps de s’organiser légalement et d’être solidaire avec eux, pour l’avantage de tous », peut-on lire dans un communiqué diffusé par le syndicat Vigi-Ministère de l’Intérieur. Dans la mesure où les services de police « ne fonctionnent que difficilement, voire pas du tout, quand les missions supports ne sont plus assurées », le préavis déposé par ce syndicat minoritaire concerne « les personnels administratifs, techniques, scientifiques et ouvriers d’état/cuisiniers du ministère de l’Intérieur ». Le collectif CGT des agents des Sdis (services départementaux d’incendie et de secours) appelle par ailleurs ses adhérents à « soutenir la grogne populaire et à l’amplifier, à rejoindre les mouvements locaux des ‘gilets jaunes' ».




Les routiers

La CGT et FO ont appelé les routiers à faire grève à partir de 22 heures dimanche soir, pour une durée indéterminée. Manifestations et blocages sont au menu. Les routiers dénoncent une récente décision du Conseil d’État d’annuler les dispositions d’un décret de 2016 fixant des majorations de 25% et 50% aux heures supplémentaires des chauffeurs routiers. Les deux syndicats appellent plus largement à défendre le pouvoir d’achat, qualifiant de «miettes» les mesures annoncées mardi par le premier ministre Édouard Philippe à l’attention des «gilets jaunes». Mais le gouvernement a encore une chance de désamorcer ce conflit. La ministre des Transports, Élisabeth Borne, reçoit ce jeudi matin, les syndicats CFDT, CGT, FO, CFTC et CFE-CGC du transport routier pour tenter de les rassurer. D’après elle, il existe un malentendu. CGT et FO «croient ou semblent croire qu’il y a une remise en cause du taux des heures supplémentaires dans le transport routier. Je le dis très clairement, le taux des heures supplémentaires n’est pas remis en cause», a-t-elle expliqué dès hier matin.

Les agriculteurs

Le premier syndicat agricole, la FNSEA, appelle ses adhérents à se mobiliser la semaine prochaine pour dire «stop au matraquage fiscal». Les agriculteurs se rendront en région et cibleront les symboles de l’État, comme les préfectures. «Notre action se déroulera en département dans le respect des biens et des personnes. Nous ne rejoignons pas les «gilets jaunes»», indique Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, invitée sur France info ce jeudi. «Ce n’est pas aux agriculteurs de payer pour les autres», lance la représentante qui demande au gouvernement de supprimer la taxe sur la transition écologique payée par les agriculteurs. Elle exige aussi de l’État l’application dès le 1e janvier des mesures de la loi Alimentation. Le gouvernement a repoussé les ordonnances attachées à la loi, notamment celle sur le relèvement du seuil de revente à perte et la limitation des promotions car «il y a d’autres sujets», avait lancé Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture. Toutefois, le gouvernement affirme que ce report ne changera rien à leur entrée en vigueur comme prévu en janvier ou février, a assuré Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement. «Le coût sera de 50 centimes par habitant et par mois», répète Christiane Lambert avant d’ajouter «le reste c’est une fake news relayée par Michel Édouard Leclerc».




Les lycéens

La tension monte chez les lycéens qui entendent bien profiter de la grogne générale pour marquer leur opposition aux récentes réformes sur l’éducation. Ils appellent à l’abandon des réformes du lycée, du bac, de la voie professionnelle et de la loi ORE, introduite l’an dernier pour l’entrée à l’université et instituant la controversée plateforme Parcoursup. Depuis lundi, des centaines de lycées sont concernés par des perturbations, blocages et rassemblements. Des syndicats lycéens ont appelé à maintenir la pression avec un appel à la «mobilisation générale» ce jeudi. Hier, le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, les a mis en garde: les incitations à manifester à destination des lycéens sont «une incitation à courir un danger grave». «Je le dis avec une certaine solennité, parce que les prochains jours sont en effet inquiétants», a affirmé le ministre devant les sénateurs. Un lycéen de 16 ans a déjà été grièvement blessé par un tir de lanceur de balle de défense hier matin, devant le lycée Jacques-Monod à Saint-Jean-de-Braye, dans la banlieue d’Orléans, (LBD).

Les facultés

Les étudiants, remontés contre la hausse des frais d’inscription, pourraient se mêler à la danse. Hier, déjà, le campus du centre Pierre Mendès France de l’université Paris I Panthéon-Sorbonne («Tolbiac») a été fermé suite à la venue d’une cinquantaine de bloqueurs. Le mouvement pourrait faire tache d’huile.




>> À lire aussi: