« Oudayen n Taâchourt », cette tradition judéo-amazighe célébrée chaque Achoura à Goulmima

Paisible oasis de l’oued Ghriss dans la province d’Errachidia, Goulmima a une façon typique et particulière de fêter Achoura, cet évènement de portée religieuse célébré le 10 Mouharram de chaque année.

Le contenu et le sens de la fête dépassent l’aspect religieux que l’on donne à cette célébration dans les autres régions. La religion, la culture Judéo-Amazighe, l’héritage historique et l’amour de la fête se rencontrent chaque année, à l’occasion de Achoura pour donner à cette célébration un goût et une richesse particulière. Appelée également « Bu Ukeffus » ou « bou-ihitar », « Oudayen n Taâchourt », la fête est marquée par un carnaval judéo-amazigh organisé chaque année par les habitants de la petite ville qui s’épanouit au coeur des oasis et d’époustouflantes plaines du désert marocain.

Pendant ce jour de fête, toutes les familles préparent un plat de couscous aux légumes assorties de viande séchée du mouton de l’Aid El Kebir, dit Tafaska. Les enfants du ksar parcourent les ruelles en petits groupes déguisés portant des masques, et s’arrêtent devant chaque maison implorant la générosité de la mère de famille sous forme de chants spécifiques pour l’occasion. La mère de famille les reçoit avec joie et leur offre du couscous avec des abats séchés sous forme de « kourdass « , des dattes et des amandes.




Les jeunes et adultes préparent pendant toute la journée la grande soirée typique et connue sous le nom « Oudayen n Taâchourt » qui veut littéralement dire « Les juifs de Achoura » .

Chercheur dans la culture et l’histoire de la vallée de Ghriss et l’oasis de Goulmima, Moha Oustouh a souligné dans une déclaration à la MAP, que cette soirée est célébrée chaque année par des jeunes comédiens et poètes du Ksar Goulmima dit Igoulmimen. C’est une ancienne tradition héritée d’une importante communauté juive qui a longtemps habité dans la région dans sa partie basse qui a gardé toujours le nom d’Elmellah.

« Plusieurs troupes sillonnent le ksar et la grande place où elles se succèdent durant toute la nuit au grand bonheur des habitants, hommes, femmes et enfants » a-t-il fait-savoir.

D’après M. Oustouh, les comédiens sont habillés en rabbins juifs et en vieilles femmes portant des costumes traditionnels, relevant que certains d’entre eux s’expriment selon une tradition inspirée de la culture judéo-berbère, avec des paroles et vers de poésie qui se transmettent de génération en génération. Ils chantent leur joie et leur bonheur et implorent Dieu de les bénir et de rendre l’oasis plus florissante et plus prospère.

Des sketchs en hébreu sont improvisés dans une ambiance bon enfant qui ne manque pas d’enchanter l’assistance, fait observer le chercheur qui souligne que cette atmosphère de liesse et de joie s’explique d’après la tradition juive, par la célébration de l’anniversaire de la date où Dieu Tout-Puissant a sauvé le prophète Moïse de la tyrannie du Pharaon d’Egypte.




S’agissant des rituels observés ce jour, Ali Harcherras, habitant de la ville de Goulmima et acteur associatif, a expliqué que le carnaval a relativement évolué pour ce qui est des costumes, des déguisements et des thèmes abordés par les troupes, mais également la scène et l’éclairage, faisant savoir que ces modifications s’expliquent essentiellement par les changements socio-économiques qui ont marqué la société en général. Le carnaval s’adapte continuellement aux changements qui surviennent dans divers domaines « et c’est ce qui explique sa pérennité », a-t-il ajouté.

Outre l’impact culturel du festival, qui est avant tout une opportunité de divertissement et de défoulement pour la jeunesse de Goulmima, les festivités ont notamment un impact sur le plan économique, a fait observer l’acteur associatif, dans la mesure où l’évènement suscite une importante affluence auprès des habitants des localités voisines.

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