Football: La sorcellerie est-elle une forme de dopage ?

Les pratiques spirituelles chez les footballeurs relèvent-elles du dopage ? Elles sont courantes parmi les équipes ouest-africaines et sont prises très au sérieux en Afrique de l’Ouest, plus même que le dopage chimique.

« Le football est 100 % propre », aurait déclaré Cristiano Ronaldo, des propos rapportés dans une récente enquête de France Info sur les rares cas de dopage dans le monde du foot.

Mais qu’entend-on vraiment par le terme dopage ? L’Agence mondiale antidopage (AMA) – faisant autorité sur le sujet – définit le dopage comme le recours à des méthodes ou prise de substances interdites visant à améliorer les performances athlétiques.




Or, ces substances doivent-elles être uniquement définies par leur composition chimique ? En tout cas pas au sein des équipes ouest-africaines qui considèrent le recours à des pratiques spirituelles tout à fait sérieusement.

Le football en Afrique de l’Ouest est souvent associé à la sorcellerie. Au Nigéria comme au Cameroun, ces pratiques sont connues sous le terme de « juju ».

Les athlètes en font usage afin d’améliorer leurs performances sur le même mode que celui décrit par l’AMA, allant même plus loin car certains les utilisent même afin de saboter le jeu de leurs opposants. Mais, contrairement au dopage « traditionnel » fondé sur les substances chimiques, le cœur de ces pratiques repose sur les pouvoirs spirituels attribués aux juju.

Dopage spirituel

Selon les joueurs camerounais auprès de qui j’ai réalisé mon travail de terrain en 2015, le monde spirituel se superpose au monde matériel, et les actions entreprises dans le premier ont de lourdes conséquences dans le second. Beaucoup ont d’ailleurs aussi recours à des séances de prières collectives avant d’entrer sur le terrain.

En Afrique de l’Ouest, les accusations de recours à des pratiques de sorcellerie pour interférer dans le jeu sont prises très au sérieux, plus même que les pratiques de dopage liées aux drogues ou autres substances chimiques.




Le concept du sort est difficile à expliciter notamment en raison du secret qui l’entoure et de la volatilité des pratiques. Les informations recueillies sont issues de rumeurs, d’accusation. Sont ainsi évoquées différentes pratiques comme la conservation de certaines herbes, d’écorces, ou de cordelettes portées par les joueurs et acquises auprès de guérisseurs qui les auraient auparavant imprégnées de pouvoirs surnaturels.

Les joueurs savent que les arbitres camerounais les sanctionneraient s’ils trouvaient de tels objets sur eux. Ils les cachent donc dans leurs protège-tibias, leurs chaussures ou dans les élastiques de leurs shorts. D’autres utilisent les herbes sous forme de décoctions qu’ils boivent ou dont ils s’aspergent ou lavent le visage, les mains et les pieds.

Si les autorités de la FIFA ont exprimé leur vigilance quant à ces formes supposées de dopage, ils ont surtout concentré leur attention sur la portée chimique des contenus et non sur leurs propriétés spirituelles.

Certains pourraient argumenter que les sorts ne sont que des illusions psychologiques, des placebos, des superstitions. Mais le fait que les joueurs s’observent entre eux pendant le jeu, à l’affût d’éventuelles traces de sorcellerie, démontre l’importance de leur usage et leur impact sur le moral des équipes.

Un joueur m’a ainsi raconté comment, un jour de match, ses adversaires l’ont obligé à se déshabiller pendant la rencontre, au milieu du terrain, ne lui laissant que son caleçon. Ils insistaient sur la présence d’une amulette. Certains joueurs ont aussi expliqué avoir été pointés du doigt en raison de l’odeur qu’ils dégageaient après s’être enduits de potions.

La plupart des footballeurs camerounais sont sévères quant à ces pratiques, tout comme le dopage, et insistent pour qu’elles cessent. D’autres ont recours à des astuces beaucoup plus pragmatiques.




Rééquilibrer les forces

La triche sur l’âge des joueurs est un secret de polichinelle : la plupart des athlètes produisant des documents attestant qu’ils ont moins de 19 ans avant de rejoindre leur futur club ont bien souvent dépassé l’âge requis.

Au Cameroun, obtenir de tels documents en vue de rejoindre un club européen est une pratique courante : si les clubs et les autorités locales cherchent à limiter la triche, la plupart des joueurs ne considèrent pas cette pratique comme méprisable.

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