Rome persiste et signe: pas de place en Italie pour les navires d’ONG

Rome persiste et signe: Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur et nouvel homme fort de la politique italienne, a réitéré samedi l’interdiction aux ONG d’accéder aux ports de la péninsule, au risque d’envenimer encore les tensions européennes autour de la crise migratoire.

Alors que ces tensions, notamment entre Rome et Paris, avaient semblé retomber vendredi avec la visite à Paris du chef du gouvernement italien Giuseppe Conte, M. Salvani a de nouveau enfoncé le clou samedi.




« Alors que le navire Aquarius navigue vers l’Espagne (arrivée prévue dimanche) deux autres navires d’ONG battant pavillon des Pays-Bas (Lifeline et Seefuchs) sont arrivés au large des côtes libyennes, en attente de leur cargaison d’être humains abandonnés par les passeurs », a déclaré sur Facebook M. Salvini, qui est aussi vice-premier ministre.

« Que ces messieurs sachent que l’Italie ne veut plus être complice du business de l’immigration clandestine, et il devront donc chercher d’autres ports (non italiens) vers lesquels se diriger. En ministre et en père, je le fais pour le bien de tous », a ajouté M. Salvini.

Le refus de l’Italie le 10 juin d’accueillir l’Aquarius, navire humanitaire avec plus de six cents migrants à son bord a plongé l’Europe dans une nouvelle crise politique sur la question migratoire.

Chef de file de la Ligue (extrême droite), M. Salvini refuse l’accès des ports italiens aux ONG car, selon lui, certaines de ces organisations seraient les complices des passeurs.

« Que le navire s’appelle Aquarius ou See-Watch 3 ne change pas grand chose, nous voulons mettre fin à ce trafic d’êtres humains et s’il y a d’autres navires, d’autres ONG battant pavillon étranger, nous tiendrons le même raisonnement », a affirmé cette semaine M. Salvini.

Handout – Des marins américains du US Trenton se portent au secours de migrants en détresse, le 15 juin 2018 (photo AFP/Marine américaine)

Une déclaration qui laisse la possibilité à d’autres bateaux, dont ceux de la marine italienne ou des gardes-côtes, de rejoindre les côtes italiennes avec des migrants secourus à leur bord.




Tel sera le cas du navire de la marine américaine US Trenton, qui fait route vers un port italien non encore défini après avoir secouru en début de semaine une quarantaine de migrants dont l’embarcation avait fait naufrage à une vingtaine de milles des côtes libyennes.

Un naufrage qui a coûté la vie « à douze personnes », selon l’ONG See-Watch qui, dans un communiqué, assure que le vaisseau américain lui a demandé assistance mardi « faisant état de 40 survivants à son bord ainsi que 12 corps en cours de récupération ».

« Depuis lors, nous n’avons plus de nouvelles », a souligné l’ONG Sea Watch, qui laisse entendre que les corps auraient pu finalement ne pas être récupérés.

– Crise franco-italienne –

Un autre volet de la crise migratoire en Europe porte le nom d’Aquarius, ce navire affrété par l’ONG française SOS Méditerranée qui s’est vu refuser cette semaine l’accès à un port italien avant que l’Espagne ne propose de l’accueillir à Valence.

Une partie des passagers a été transférée sur deux navires italiens et les trois bateaux font route vers la côte hispanique où ils devraient arriver dimanche.

L’épisode a donné lieu à une crise diplomatique entre la France et l’Italie, le président français Emmanuel Macron dénonçant la « part de cynisme et d’irresponsabilité du gouvernement italien », ce dernier exigeant des excuses de la part de son voisin, estimant qu’il n’a pas respecté ses engagements en matière d’accueil.

LUDOVIC MARIN – Le président français Emmanuel Macron (G) et le Premier ministre italien Giuseppe Conte à Paris, le 15 juin 2018





La tension entre les deux pays a semblé retomber vendredi à l’occasion d’une déjeuner à Paris entre le président Macron et le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte. Une première rencontre bilatérale où les deux hommes sont apparus d’accord sur l’inadéquation de la réponse actuelle de l’Europe à la crise migratoire.

« L’Europe a manqué d’efficacité et de solidarité », a déclaré M. Macron, M. Conte plaidant lui pour « un changement de paradigme en renforçant au plan européen le rapport avec les pays d’origine et de transit des migrants ».

« Nous devons éviter les voyages de la mort en créant des centres européens dans les pays de départs et de transit pour accélérer l’identification des migrants », a proposé le nouveau premier ministre italien, proche du Mouvement 5 Etoiles (M5S, anti-système).

Mais Emmanuel Macron ne s’est pas privé d’adresser une banderille aux ministres de l’Intérieur italien, allemand et autrichien en rejetant l’idée d' »un axe » entre les trois pays en matière d’immigration clandestine. L’idée d’une telle alliance a été avancée mardi par le chancelier conservateur autrichien, Sebastian Kurz.

« C’est une formule qui, dans l’histoire, n’a jamais porté chance », a déclaré M. Macron, le mot « axe » pouvant rappeler l’alliance entre l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste et le Japon.

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