Mondial-2018: la Russie face au défi de l’accueil des supporters

Il n’y a pas que les hooligans dans la vie: plus d’un million de supporters s’apprêtent à prendre le chemin de la Russie pour soutenir leur sélection à la Coupe du monde, un défi entre problématiques logistiques et frontières culturelles pour le pays-hôte.




-Un million attendu-

Il n’y aura pas de marée « Oranje », en l’absence de la sélection néerlandaise, mais quand même les clapping islandais, la passion sud-américaine et peut-être même quelques vuvuzelas: des supporters du monde entier, déguisements bariolés et instruments de musique divers, vont animer les rues des grandes villes russes jusqu’à la mi-juillet.

Un million de personnes sont attendues au total en Russie, selon le président de la Fifa Gianni Infantino. En début de semaine, l’instance helvétique totalisait 2 millions de tickets vendus, dont 872.578 à des Russes. Le trio de tête des achats de tickets: Etats-Unis, Brésil et Colombie, juste devant l’Allemagne et le Mexique. L’objectif du comité d’organisation est clair: montrer aux supporters « une Russie inoubliable et haute en couleur », comme l’a expliqué son directeur général Alexeï Sorokine.

-13 milliards de dollars en infrastructures-

Mladen ANTONOV – Affiche et décoration sur la Coupe du monde de football, organisée en Russie, dans une rue de Moscou, le 6 juin 2018
 La Russie a mis le paquet sur les infrastructures, déboursant au total 13 milliards de dollars. « Les aéroports de six villes ont des terminaux neufs, 21 nouveaux hôtels ont été construits dans les villes organisatrices », avait énuméré M. Sorokine en mai, citant aussi « 14 hôpitaux prééquipés pour le tournoi ». « Rien de superflu » pour la Russie, « nous en avions besoin », avait-il affirmé.

« Cela répond à un objectif d’aménagement du territoire, avec un effet de rattrapage sur les 20 dernières années où les investissements n’avaient pas été fait », abonde Jean-Baptiste Guégan, l’un des auteurs de « Football investigation, les dessous du football en Russie ». L’objectif est aussi de faire du Mondial « un objet de rayonnement et d’attractivité », ce qui implique notamment que l’expérience des visiteurs soit optimale pour qu’ils recommandent la Russie une fois rentrés chez eux.

-Transports gratuits et ‘Fan ID’-

« Je n’ai jamais vu un pays qui a autant fait pour accueillir les fans », a assuré lundi auprès de plusieurs agences de presse, le président de la Fifa Gianni Infantino. Les supporters présents en Russie pourront « pour la première fois dans l’histoire » bénéficier « d’un système de transports gratuits entre ville organisatrices, avec plus de 700 trains supplémentaires » affrétés pour l’occasion, selon Alexeï Sorokine.

« C’est un vrai bon système mais l’offre n’est pas suffisante et l’immense majorité des trains est déjà réservée », note toutefois pour l’AFP Ronan Evain, le responsable de Football supporters Europe (FSE), un réseau rassemblant des supporters de plus de 40 pays.

-Le ‘hic’ des logements-

Une inquiétude: « le logement, où il peut y avoir de gros soucis parce que les propriétaires d’appartement essaient de faire monter les prix, y compris en annulant des appartements déjà loués », poursuit Ronan Evain. Une mésaventure qui a également concerné la capitale de l’Ukraine, Kiev, où se disputait la finale de la Ligue des champions fin mai.

« A Moscou, c’est en train de s’équilibrer parce que l’offre est gigantesque, mais dans les villes où les infrastructures d’accueil sont insuffisantes, comme Saransk ou Nijni Novgorod, les prix s’enflamment », dit encore ce bon connaisseur de la Russie.




-Langue et droits de l’homme-

Dernier écueil possible: l’épineuse question de la tolérance de la société russe. Beaucoup a été fait « pour former les volontaires et les forces de sécurité contre le racisme », note ainsi Sylvia Schenk, de Transparency International et par ailleurs membre du conseil consultatif de la Fifa sur les droits de l’homme. Mais les risques de débordements racistes subsistent.

« La Fifa a aussi négocié avec les autorités russes pour que le drapeau arc-en-ciel », symbole de la cause LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres), « soit autorisé dans les stades », poursuit l’ancienne sportive allemande alors qu’une loi russe punit la « propagande » homosexuelle auprès des mineurs. « Il y aura une +house of pride+ à Moscou mise en place par des ONG russes et par la Fifa, et les autorités ont confirmé que personne ne serait poursuivi ».

Plus anecdotique enfin, « de nombreux volontaires n’ont pas été formés à l’anglais, y compris sur des phrases types comme +le stade est par là+ », regrette Ronan Evain. « Ce n’est pas forcément très grave sauf s’il y a une difficulté », un malaise ou une requête spécifique de la part d’un supporter âgé par exemple, alors que les mesures de sécurité imposeront souvent de marcher plusieurs kilomètres pour atteindre le stade.