Les poissons migrateurs, des espèces menacées en quête de préservation

La journée mondiale des poissons migrateurs constitue une occasion pour sensibiliser à la protection de ces espèces menacées, communiquer autour des obstacles auxquels elles sont confrontées et mettre le point sur un élément important de la biodiversité.

Initiée par World Fish Migration Foundation en 2014, cette journée vise d’une part à sensibiliser l’opinion publique au déclin d’une espèce menacée et à militer, d’autre part, pour une action politique au niveau international en vue de rétablir les routes de migration des poissons.

Appelés les « amphihalins », ces poissons migrateurs ont besoin, pour accomplir leur cycle de vie, de circuler entre le milieu marin et l’eau douce, les zones de reproduction et les milieux de croissance ne se trouvant pas dans les mêmes eaux.

Selon European river network (ERN), une ONG engagée dans la préservation et la gestion durable des fleuves, des rivières et de la ressource en eau, plus de 15.000 espèces de poissons d’eau douce migrent d’une façon ou d’une autre, dont 1.100 d’entre eux sont des poissons migrateurs de longue distance qui dépendent de rivières à écoulement libre pour accomplir leur cycle de vie et maintenir leur population en bonne santé.

Depuis quelques décennies, ces espèces sont en voie de disparition notamment l’anguille, le saumon et les aloses, et ce en raison des obstacles artificiels comme les barrages et les déversoirs, qui perturbent l’écoulement naturel des rivières et empêchent la migration des poissons, ainsi que de la dégradation de la qualité de l’eau, de la surpêche et du braconnage.

Le nombre d’aménagements, tels que les barrages, les seuils, les ponts et les écluses, n’a cessé d’augmenter ces dernières années sur les cours d’eau, constituant ainsi des obstacles à la migration des poissons en les fragilisant, les ralentissant ou en freinant leur déplacement.

La surpêche et le braconnage figurent également parmi les causes principales qui mettent en danger plusieurs espèces des poissons migrateurs. Dans ce sens, un accord a été signé en 1995 sous l’égide de l’ONU sur les stocks de poissons dont les déplacements s’effectuent tant à l’intérieur qu’au-delà de zones économiques exclusives et les stocks de poissons « grands migrateurs ».

Ratifié par plusieurs pays dont le Maroc, cet accord vise à garantir l’exploitation et le développement durables des océans et de leurs ressources et démontre les droits et obligations des États côtiers et des États dont les navires pêchent en haute mer, afin d’assurer la conservation et la gestion des stocks de poissons à travers une coopération internationale.

En dépit de cet accord, le stock de cette population est toujours en situation critique, en raison de l’émergence de réseaux de braconnage et de commercialisation illicite des poissons migrateurs qui mettent ces espèces en danger.

La communauté scientifique n’a de cesse d’alerter sur les menaces que courent ces espèces afin d’inciter les politiques à mettre en place des mesures visant à les protéger et à permettre la continuité écologique des cours d’eau susceptible de faciliter le bon déroulement de leur migration et donc de leur cycle biologique.

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Le Maroc s’est inscrit dans la dynamique visant à préserver certaines espèces en voie de disparition, notamment à travers la signature de plusieurs conventions établissant des règles à respecter pour garantir la préservation des ressources halieutiques sur le long terme avec une exploitation rationnelle des dites ressources, particulièrement les poissons migrateurs traversant les pêcheries dans les eaux territoriales des pays signataires.

A l’échelle internationale, plus de 1.000 associations œuvrent et proposent des actions pour lutter contre le déclin des espèces de poissons migrateurs.

Cette journée mondiale demeure une occasion propice pour faire entendre leur voix et interpeller gouvernements, opinions publiques, et entreprises sur la situation alarmante de ces espèces en danger d’extinction.

Par Mouad El Houari