Le Maroc, un poids et un savoir-faire économiques au service de l’intégration en Afrique

Grace à son progrès économique qui le place dans le panthéon des principales puissances économiques en Afrique, le Maroc a un rôle crucial à jouer pour la concrétisation de la zone de libre échange (ZLE) panafricaine dont l’accord-cadre a été signé lors du sommet africain extraordinaire, tenu en mars dernier à Kigali, Rwanda, a indiqué dans une interview à MAP-Johannesburg Mme Liesl Louw-Vaudran, grande experte sud-africaine des questions africaines.

Plusieurs facteurs plaident en faveur de ce rôle du Royaume, un des premiers investisseurs africains en Afrique, a dit l’experte de l’Institut des études sécuritaires (ISS, basé à Pretoria), un des centres de réflexion les plus influents en Afrique.

Outre ce poids économique, le Maroc peut apporter son expertise reconnue et son savoir-faire établi au processus de négociations ardues devant conduire à la naissance de la ZLE africaine, a-t-elle dit.

Il ne faut pas non plus perdre de vue le soft power dont dispose le Maroc en Afrique, un atout majeur qui renforce l’influence du Royaume et rend primordiale sa contribution pour aider à mener à bien ce projet continental, a poursuivi Mme Louw-Vaudran, auteure de plusieurs livres et analyses sur la situation économique, politique et sécuritaire dans le continent.

Le Maroc a, depuis de longues années, apporté une grande contribution aux efforts de développement économique et humain dans plusieurs régions africaines, a-t-elle dit, soulignant que cette contribution est très précieuse dans la mesure où elle aide à combler les écarts qui existent entre les pays du continent en matière de développement.
Le Maroc, de par la position très forte qu’il a réussi à construire en Afrique à la faveur de ses liens de partenariat avec de nombreux pays, se présente aussi comme un champion de la promotion du commerce intra-africain, a fait observer l’experte.

Avec cette expérience et la volonté politique qui l’anime ainsi que la forte pénétration de ses entreprises publiques et privées dans le continent, le Maroc peut faire avancer le projet de la ZLE africaine, a-t-elle estimé.

Et d’ajouter que le Maroc, à la faveur des accords de libre-échange qu’il a conclus avec de nombreux partenaires importants dont l’Union européenne, les Etats-Unis et les pays du Moyen-Orient, peut servir de passerelle entre l’Afrique et ces régions.

L’expérience acquise par le Maroc dans la négociation de ces accords s’avère précieuse pour une Afrique appelée à mieux gérer la phase de mise en place de sa zone de libre-échange, a souligné l’analyste.

L’apport du Maroc ne manquera pas d’enrichir la réflexion engagée dans le continent sur plusieurs aspects de ce projet, notamment l’impératif de permettre à l’Afrique de parvenir à une zone de libre-échange réellement africaine et répondant au mieux à cette exigence de mieux équiper le continent pour prendre son destin en main.

>> A lire aussi: Tanger Med Zones: les infrastructures ont incité de grands groupes internationaux à s’y implanter

Mme Louw-Vaudran a, d’autre part, souligné que la ZLE africaine «est un projet sérieux», dicté par les besoins urgents du continent en matière de développement économique. La future ZLE est importante pour la survie de plusieurs Etats en Afrique, qui éprouvent de plus en plus de difficultés en raison notamment des problèmes socio-économiques, a-t-elle expliqué.

L’accord-cadre signé lors du sommet de Kigali est une étape importante pour l’aboutissement du projet, a noté l’experte, rappelant que l’Afrique réfléchit depuis les années 1980 à créer un vaste marché continental comme cadre idoine pour promouvoir le commerce intra-africain.

La tâche ne sera pas aisée, l’Afrique étant un continent dont les économies tournent principalement autour de la production des matières premières destinées à l’exportation, a-t-elle concédé, relevant que l’accord de Kigali marque le passage à la vitesse supérieure dans la mise en œuvre de ce grand projet continental, qu’est la création d’une ZLE panafricaine.

Des structures de base sont déjà mises en place, a-t-elle dit, soulignant que le continent fait toujours face à des défis qu’il doit relever avec sagesse et détermination afin de mener à bien ce projet ambitieux. «Sur le plan politique, les pays africains sont, pour la première fois, unanimes quant à la création de cette zone», a indiqué l’analyste, ajoutant que les grandes disparités économiques entre les grandes puissances continentales et les pays les moins avancés représentent un autre défi de taille.

L’Afrique doit parvenir à un juste milieu de façon à harmoniser les priorités des deux groupes et les objectifs qu’ils recherchent à travers la future ZLE, a-t-elle dit, estimant que la tâche sera ardue notamment eu égard au nombre élevé de pays concernés par le projet.

Par Abdelghani AOUIFIA