Meriam Ghandi…Une architecte fascinée par l’être humain !

Entre Meriam Ghandi et l’architecture, c’est une idylle qui est appelée à durer. Ses créations sont, à son image, lumineuses et inspirées, simples mais pleines de caractère, modernes mais authentiques.

La native de Fès un beau jour de 1981 creuse petit à petit son sillon dans l’univers de l’architecture. En peu de temps, la jeune architecte a réussi à se faire un nom, au point de figurer parmi les belles promesses de l’architecture marocaine.

Sa réussite, elle la doit à son talent, mais également à sa devise dans la vie : Plutôt que la géométrie, l’être humain !. ‘’En architecture, la forme est importante mais elle vient après l’être humain. Que le projet soit grand ou petit, mon souci consiste à faire une architecture qui peut rendre heureux, qui fait passer le bien-être avant tout’’, confie-t-elle à la MAP.

Echanger avec Meriam Ghandi, c’est découvrir une architecte atypique. Une artiste avant tout. ‘’Ce ne sont pas les architectes qui m’inspirent le plus, mais plutôt les artistes’’, dit-elle, sans ambages. Les yeux brillants, elle cite Hassan Hajjaj, un artiste marocain reconnu dans le monde entier pour son univers pop joyeux et qui travaille sur la culture marocaine, mais aussi l’artiste chinois Ai Weiwei, célèbre pour son travail sur les petites structures et pour la dimension sociale de ses œuvres.

Il faut dire que c’est cette dimension à la fois artistique et humaine dans le travail de Meriam Ghandi qui fait d’elle une architecte assez distinguée.

En 2012, soit cinq ans après avoir obtenu avec brio son diplôme à l’Ecole d’architecture Paris Malaquais, son projet de réaménagement du village Zaouiat Ifrane, situé au cœur du Moyen Atlas, a été primé lors du concours international ‘’young arab architects’’, une initiative de l’Institut du Monde arabe à Paris. Baptisé ‘’construire avec les habitants’’, le projet a transformé le visage du village tout en gardant intacte son âme.

Quoiqu’elle préfère rester dans l’ombre, cette distinction allait en quelque sorte braquer les feux de la rampe sur son talent. En 2014, elle a été sélectionnée pour représenter la femme architecte du Maroc dans le concours international ‘’Arc Vision Prize-Women and Architecture’’ (Bergame, Italie).

La même année, elle a été retenue pour exposer un de ses projets à Florence, encore en Italie, par le Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS), une association mondiale de professionnels qui se consacre à la conservation et à la protection des monuments. Deux ans plus tard, l’une de ses créations a été exposée à la 15-ème ‘’Biennale d’architecture de Venise’’. Rien que ça !.

En dépit du succès, elle garde la tête sur les épaules. Elle veut réussir certes, mais tout en continuant à être une ‘’femme de cœur’’. ‘’Je veux faire une architecture qui se sent, qui se vit chaque jour’’.

Sa frimousse juvénile, qui respire la douceur, n’empêche point son interlocuteur de sentir la maturité d’une femme forte et exigeante, d’abord envers elle-même. Elle assure que son penchant pour l’art ne prendra jamais le dessus sur la rigueur et l’exigence du métier d’architecte.

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‘’Pour moi, l’architecture est à la fois un art et une science. Un art, parce qu’il faut avoir suffisamment de sensibilité et de vision pour pouvoir se projeter dans le futur. Et une science, car il faut apporter des solutions concrètes et créer des projets’’, explique-t-elle.

Et c’est tout aussi nécessaire pour s’imposer dans un ‘’milieu d’hommes’’. Certains, explique-t-elle, acceptent aisément une femme décoratrice ou architecte d’intérieur, mais dès lors qu’il est question de béton et d’acier, ils éprouvent de la difficulté à comprendre qu’une femme puisse maitriser le métier de construire.

‘’C’est assez fascinant ce contraste, cette dualité entre ce que les gens pensent et ce qu’une femme peut faire réellement’’, dit-elle, espérant que ce genre de questions ne se poseraient plus, car pour la femme, cela continue d’être chaque jour ‘’un challenge mental et physique’’.

A ses yeux, homme ou femme, ce n’est pas là la question, tant qu’on est capable d’écrire ne serait-ce qu’une ligne dans ce grand livre de l’humanité qu’est l’architecture.

Pour y arriver, elle se sent privilégiée de résider et travailler à Fès, dont la médina continue d’inspirer de grands artistes et créateurs de partout dans le monde. A ses yeux, ‘’la médina de Fès est un art qui se vit, se sent et se ressent!’’.

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Pour le futur, Meriam Ghandi veut travailler sur des projets complexes, mais surtout continuer à placer l’humain au cœur de sa démarche architecturale. Elle veut aussi consacrer plus de temps à ses autres talents de peinture et d’écriture. Elle dit à ce titre réfléchir à l’idée de raconter dans un livre sa propre expérience, ses exploits et déceptions, les dits et les non-dits d’un métier, ‘’témoin incorruptible de l’histoire’’.