Ex-espion empoisonné au Royaume-Uni: ce que l’on sait

Moscou clamait mardi son innocence après avoir été désignée par la Première ministre britannique Theresa May « très probable » auteur de l’empoisonnement d’un ex-espion à l’aide d’un agent innervant militaire.

Voici ce que l’on sait sur l’affaire Sergueï Skripal, hospitalisé entre la vie et la mort depuis le 4 mars avec sa fille Ioulia.

Qui est Sergueï Skripal?

Ancien colonel du service de renseignement de l’armée russe (GRU), Sergueï Skripal, 66 ans, avait été accusé par Moscou de « haute trahison » pour avoir vendu des informations au renseignement britannique et condamné en 2006 à treize ans de prison.

En 2010, il avait bénéficié d’un échange d’espions organisé entre Moscou et Washington. Fait inhabituel, la Russie avait ainsi libéré un agent double interpellé sur son territoire. En échange, dix espions russes avaient été libérés par Washington.

Où et comment vivait-il?

L’ex-agent menait dans la petite ville de Salisbury, paisible commune du sud-ouest de l’Angleterre surtout connue pour sa cathédrale, une vie apparemment sans histoires. Il habitait seul un petit pavillon typique en briques rouges, sa femme et son fils étant décédés, fréquentait les pubs locaux et faisait ses courses à l’épicerie du coin où il aimait acheter des jeux à gratter.

Mais un autre exilé russe, Valery Morozov, cité dans les médias britanniques, prétend qu’il n’avait pas arrêté ses activités et travaillait dans la cybersécurité.

Que s’est-il passé le 4 mars?

Sergueï Skripal et sa fille Ioulia, 33 ans, arrivée la veille de Russie pour lui rendre visite, se garent dans le parking du centre commercial The Maltings à 13H30 GMT à bord de la BMW rouge de l’ex-espion. Ils vont prendre un verre au pub The Mill avant d’aller déjeuner au restaurant italien Zizzi qu’ils quittent à 15H45 GMT. A 16H15, la police reçoit un appel d’un passant qui les signale effondrés sur un banc près du centre commercial, se trouvant visiblement mal.

L’un d’eux a vomi, Skripal a les yeux vitreux et agite les mains vers le ciel. Ils sont immédiatement hospitalisés dans un état critique. Le premier policier en contact avec eux est lui aussi pris en charge dans un état grave. La police détecte une substance toxique et effectue des prélèvements après avoir isolé la zone, fermé le restaurant et le pub. Trente-cinq autres personnes seront hospitalisées pour des examens, une seule restant sous observation mardi.

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Quelle substance a été utilisée?

Theresa May révèle lundi qu’il s’agit d’un agent innervant, « de qualité militaire », du groupe « Novitchok » (petit nouveau en russe) mis au point par des scientifiques soviétiques dans les années 1970-1980, dernières décennies de la Guerre froide.

Les experts occidentaux en savent peu sur ces armes chimiques redoutables, notamment sur les antidotes, ce qui rend un rétablissement de Skripal et sa fille plus qu’incertain.

D’autant qu’il semble s’agir en l’occurrence d’une arme inédite.

Qui est derrière l’empoisonnement?

Theresa May affirme « très probable » que la Russie soit à l’origine de l’attaque et lui demande des explications d’ici mardi 13 mai à minuit, faute de quoi elle s’expose à des représailles. Moscou clame son innocence.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov se dit prêt à coopérer dans l’enquête à condition d’avoir accès à la substance responsable de l’empoisonnement.

Les alliés de Londres expriment leur solidarité, jusqu’au président américain Donald Trump qui juge que « ça ressemble à la Russie ».