Monde: Législatives italiennes, Bruxelles face au scénario du pire

Le verdict anti-européen des urnes dimanche en Italie a pris de court l’Union européenne dont les dirigeants ne savent plus à quel saint se vouer face au spectre d’un pays ingouvernable, voire piloté par les extrêmes.

La percée historique des populistes avec un possible retour au pouvoir des partis eurosceptiques et anti-migrants pourrait en effet mettre à mal l’axe franco-allemand soucieux de réformer le bloc communautaire, au lendemain de la conclusion d’un accord de gouvernement à Berlin.

Le feu vert dimanche matin des sociaux-démocrates allemands pour une majorité avec les conservateurs d’Angela Merkel a certes apporté de l’eau au moulin des chantres de la refonte de l’Europe, à leur tête le chef de l’Etat français Emmanuel Macron qui s’est félicité d’ »une bonne nouvelle » pour la construction européenne.

Mais au soir du scrutin, l’espoir laissait la place à l’incertitude, voire à l’angoisse. Le Mouvement antisystème « 5 Etoiles » (M5S) est devenu le premier parti de la péninsule avec 32% des voix, alors que la coalition regroupant la formation de droite Forza Italia de Silvio Berlusconi et la Ligue du nord de Matteo Salvini (extrême droite) ont obtenu ensemble 37%.

A première vue, estiment les analystes, Bruxelles devra rester dans l’expectative quelques mois, tant et si bien que l’absence d’une majorité pour la coalition de droite, mais aussi pour le M5S oblige les principaux acteurs politiques italiens à des tractations qui s’annoncent complexes.

Aucun parti ou coalition n’est en mesure d’obtenir une majorité absolue, risquant de conduire le pays à un blocage politique. La coalition de centre gauche de l’ex-premier ministre Matteo Renzi subit un échec cuisant. Les partis proeuropéens apparaissent minoritaires face aux forces eurosceptiques.

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« Nous avons confiance dans la capacité de l’Italie à former un gouvernement stable », s’est contentée à affirmer lundi un porte-parole de l’exécutif européen qui a tenté de minimiser l’impact potentiel des résultats des élections sur les marchés financiers.

Cela n’empêche pas spécialistes et médias d’explorer les scénarios potentiels de la donne politique italienne : Pour Sébastien Maillard, directeur de l’institut Jacques Delors, « soit on aura un gouvernement très à droite qui bloque, soit un gouvernement faible qui du coup ne pèse pas. Mais dans les deux cas, l’Italie ne sera pas dans le train de l’Europe ».

Une analyse qui a été déjà en partie mise en avant par le chef de la Commission européenne Jean-Claude Juncker qui n’a pas écarté la perspective d’un gouvernement italien qui ne serait pas « opérationnel », faisant part de son inquiétude face à une telle éventualité.

Certains observateurs se montrent plus rassurants en affirmant qu’une sortie italienne de l’euro ou de l’Union semble très improbable en l’état actuel des choses. L’un d’eux, Janis Emmanouilidis, responsable du Centre de politique européenne (EPC), estime en effet qu’une fois au pouvoir, le Mouvement 5 étoiles ou les partis d’extrême « se montreraient plus modérés que ne le laisse croire leur rhétorique puisqu’ils voudront prouver leur statut de partis gouvernementaux crédibles ».

Cet avis est balayé d’un revers de main par Jack Allen dans une analyse pour le cabinet Capital Economics, selon laquelle de nouveaux progrès sur l’intégration européenne pourraient être difficiles à voir le jour. Il redoute surtout que la direction du M5S décide de faire de la tenue d’un vote populaire sur la zone euro son cheval de bataille, l’un des points clés de son programme avant les élections.

Après la proclamation des résultats des législatives, Le Mouvement 5 étoiles et la Ligue, alliée de Forza Italia de Silvio Berlusconi, ont revendiqué chacun le droit de former le prochain gouvernement.

Bien que le M5S dirigé par Luigi di Maio se positionne comme la première formation du pays, avec plus de 32% des voix, la nette poussée de la Ligue cumulée au score de la formation de Berlusconi donnent un avantage comptable à la droite/extrême droite.

« Nous avons le droit et le devoir de gouverner dans les prochaines années », a déclaré M. Salvini lors d’une conférence de presse à Milan, en qualifiant de « victoire extraordinaire » la performance de son parti.

Le leader de la Ligue a précisé qu’il discuterait « dans les prochaines heures » avec ses alliés, en particulier avec Silvio Berlusconi. Il s’est dit « attaché à l’accord » prévoyant que le parti arrivé en tête des votes au sein de la coalition prenne les rênes du prochain gouvernement.

De son côté, le chef du M5S Luigi Di Maio a affirmé que son parti était inévitablement appelé à gouverner l’Italie après la percée sans précédent de dimanche.

En tout cas, si aucune majorité ne se dégage, le président de la République pourrait donner mandat à une formation pour sonder le Parlement et essayer de constituer une majorité.

L’actuel chef du gouvernement, Paolo Gentiloni, pourrait être reconduit le temps de faire voter une nouvelle loi électorale plus efficace. Le gouvernement continuerait de gérer les affaires courantes pendant plusieurs semaines ou mois jusqu’à la tenue de nouvelles élections.