Allemagne: Soraya Moukit, une militante infatigable des droits des femmes migrantes

Soraya Moukit, chercheuse et actrice associative marocaine résidant en Allemagne, s’active sur plusieurs fronts entre recherche scientifique, bénévolat, intégration et développement, mais avec une tendance prononcée pour la défense des droits des femmes migrantes en Allemagne, en général, et tout particulièrement marocaines.

Lorsqu’elle est venue pour la première fois en Allemagne au début des année 90 après avoir obtenu son baccalauréat, Soraya, cette native de Kénitra, espérait faire médecine, mais les circonstances ont voulu qu’elle poursuive ses études en sociologie à l’Université de Trier (ouest) où elle a obtenu un diplôme de troisième cycle en développement international et un doctorat en sociologie.

Son travail remarquable dans le bénévolat qu’elle a entamé dans le cadre du mouvement estudiantin lui a permis de présider le comité des étudiants étrangers au sein du Parlement des étudiants de l’Université. Soraya fut également membre fondateur du Centre universitaire international de l’Université, du centre multiculturel de Trier et du Conseil de l’immigration de la ville.

Son parcours remarquable et son dévouement lui ont valu, en 1998, le prix de l’Académie allemande pour la recherche scientifique et l’échange culturel (DAD) de l’Université de Trier.

« Quand je suis arrivé en Allemagne au début des années 1990, la plupart des partis allemands ne considéraient pas l’Allemagne comme un pays d’immigration, mais au début de l’an 2000, la nationalité allemande était accordée aux personnes nées en Allemagne et en 2005, la loi sur l’immigration a été promulguée et la carte bleue délivrée pour les personnes cherchant un emploi sous la pression des employeurs qui réclamaient la venue d’une main-d’œuvre qualifiée étrangère », a-t-elle déclaré à la MAP, à l’occasion de la journée mondiale de la femme.

Soraya, qui travaille actuellement comme chef de projets au sein de l’Organisation allemande des migrantes et des réfugiées, a ajouté qu’avec la montée de l’extrême droite en Allemagne, les défis se sont multipliés pour les femmes migrantes dans ce pays d’accueil.

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« Je défends toutes les minorités et les femmes victimes de discrimination exception faite de leur appartenance ethnique ou de leur origine. Pour moi, tout individu est un cas unique et la différence ne justifie pas la discrimination dans les droits », a-t-elle assuré.

La discrimination à l’encontre des migrantes se manifeste notamment dans les salaires, sachant que les femmes, en dépit de leur compétence avérée, perçoivent moins que les hommes, a-t-elle souligné, pointant du doigt les souffrances et les injustices endurées par les femmes marocaines dans leur foyer en dépit qu’elles résident dans un pays qui reconnaît l’égalité des sexes.

Après le départ des enfants du foyer familial, la plupart des femmes de la première génération se retrouvent isolées, a-t-elle noté, mettant l’accent sur la nécessité de penser à des projets leur permettant de ne pas se sentir exclues de la société.

Face à la recrudescence des actes discriminatoires et xénophobes, les parlementaires allemands sont appelés plus que jamais à s’atteler aux problèmes des immigrés, a soutenu Soraya qui juge « inconcevable » de voir un migrant qui a travaillé plus de 45 ans en Allemagne, première puissance économique européenne, recourir à des organisations caritatives pour demander assistance.

41 pc des Marocains vivant en Allemagne ne disposent pas d’une qualification professionnelle et sont donc exposés à la pauvreté et à la vulnérabilité sociale, et 34 pc d’entre eux sont menacés de précarité, notamment les femmes qui n’ont pas toujours la chance de terminer leurs études, a-t-elle regretté.

Et pour corriger les idées reçus et lever les stéréotypes sur les Marocains, Soraya œuvre dans le cadre de l’Organisation allemande des migrantes et des réfugiées ou le réseau des compétences marocaines à braquer les projecteurs sur les compétences marocaines qui ont pu tracer avec succès leur parcours professionnel en Allemagne, réussi à s’intégrer dans la société et contribué au développement du pays.

Dans ce contexte, elle a souligné que l’Organisation allemande a publié une revue contenant les portraits de femmes vouées à la défense de la condition féminine, dont l’écrivaine et sociologue marocaine Fatima Mernissi.

Soraya Moukat incarne bien le visage lumineux des Marocaines qui ont brillé de mille feux en Allemagne. Elle est l’unique femme arabe et musulmane qui a été décorée de l’insigne d’honneur par le Président allemand Joachim Gauck Bossam, le 8 Mars 2016, parmi 24 femmes allemandes actives dans l’action humanitaire et sociale, la promotion de la culture du dialogue, la défense des droits des minorités et la lutte contre le racisme.

Elle s’est dite fière de cette consécration qui redonne considération aux Marocains et qui est intervenue dans un contexte marqué par les événements de Cologne. « Cette consécration fut un hommage à l’ensemble des femmes marocaines, car j’étais l’unique qui représente l’état de Saarland (Ouest), qui a reconnu mon travail dans les domaines de l’intégration, de la migration et du dialogue inter-religieux », s’est-t-elle réjouie.

C’était aussi une reconnaissance pour les efforts déployés par les Marocains, durant plus de 50 ans, pour la reconstruction de l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, a-t-elle dit.

Et sur un ton plein d’émotion, elle déclare dédier cette médaille à l’âme de sa défunte mère infirmière de son vivant, qui a été décorée en reconnaissance de son dévouement au travail. « Ma mère est pour moi un exemple à suivre pour aller de l’avant dans le bénévolat et l’action associative », a-t-elle souligné.